Le 15 novembre, Judith Butler a reçu un Doctorat Honoris Causa décerné par la Faculté des Lettres, pour le Jubilé du 125e anniversaire de l’Université de Fribourg en Suisse. L’annonce quelques jours plus tôt de la remise de cette éminente distinction qui vise à souligner l’importance de son travail a déclenché la colère de plusieurs organisations qui estiment que la chercheuse féministe est la source de la fumeuse «théorie du genre» qu’elles tentent de combattre avec force et acharnement. L’université de Fribourg a reçu de nombreux mails de plaintes, mais a tenu bon face aux menaces et aux insultes. «On est là pour honorer une œuvre scientifique, une œuvre philosophique a répondu Guido Vergauwen, recteur de l’Université de Fribourg. Ce n’est pas un sujet de polémique au premier abord.» «Il n’y a pas de provocation ni d’idéologie derrière ce choix», a assuré Marc-Henry Soulet, doyen de la Faculté de lettres.

La veille de la remise du prix, Judith Butler a donné une conférence qui s’est tenue sous haute sécurité. Les Veilleurs Suisses (entre vingt-cinq et quarante personnes) étaient rassemblés aux portes d’un amphithéâtre plein à craquer, leurs petites bougies à la main, pendant que la chercheuse s’exprimait devant plusieurs centaines de personnes. Comme à leur habitude, ils ont tenu une manifestation pacifique, alors que la conférence de l’auteure de Trouble dans le genre portait justement sur ses travaux sur la résistance non-violente et ses limites, et non sur le genre. Le groupe émanant de la «Manif pour tous» a par ailleurs entonné plusieurs chants au début de la conférence. «Je n’ai pas vraiment été interrompue, les protestations étaient pacifiques, et j’ai beaucoup aimé l’hymne qu’ils ont chanté, a déclaré la philosophe au journal Le Matin. Ils ont exprimé leurs vues, j’ai exprimé les miennes. C’est comme ça que ça doit se passer dans une université qui est ouverte à une discussion pacifique.»

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Merci à Luc Lebelge pour l’info.