«Le changement, c’est maintenant», ça vous dit quelque chose? La petite phrase est d’actualité pour Thomas Bach, le président du Comité international olympique (CIO), qui a présenté hier, mardi 18 novembre, ses 40 propositions pour l’avenir du mouvement olympique. Ces propositions seront discutées et votées lors la 127e session du CIO les 8 et 9 décembre à Monaco.

Outre la simplification de la procédure de candidature et des pistes pour en réduire le coût (le CIO pourrait en prendre une part à sa charge), la feuille de route prévoit, à la Recommandation 14, le renforcement du 6e principe fondamental (qui a donné son nom à la campagne «Principle 6», sur les pas de la campagne «Principe 5» de la Fédération des Gay Games, avant le changement de numérotation) avec l’inscription de la non-discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

«Au cours de l’année passée, nombreux sont ceux qui m’ont demandé pourquoi il y avait un désir de changements, a indiqué Thomas Bach. (…) Ma réponse est que nous sommes maintenant en position d’insuffler le changement nous-mêmes plutôt que d’y être contraints. Nous devons prendre les devants avec l’Agenda olympique 2020. Nous avons là l’opportunité de le faire et nous devons saisir ce moment – le temps du changement, c’est maintenant.»

«Je suis extrêmement satisfaite de la recommandation de l’Agenda olympique 2020 qui introduit la mention de la préférence sexuelle dans les principes fondamentaux de la Charte olympique, a commenté Angela Ruggiero, hockeyeuse américaine, membre du CIO, vice-présidente de la commission des athlètes du CIO, médaillée d’or en 1998, médaillée d’argent en 2002 et 2010 et médaillée de bronze en 2006. Cette recommandation du CIO envoie un puissant message à tous les athlètes, et au monde en général, celui du refus total de toute discrimination.

«La mention de l’orientation sexuelle réaffirme l’idée que le sport olympique défend des valeurs fondamentales et garantit, nous l’espérons, que tout athlète assistant aux Jeux Olympiques se sente inclus et accepté. Et cet amendement à la Charte devrait aussi, nous l’espérons, envoyer un message de tolérance et de reconnaissance au reste du monde.»

La modification est sans doute plus symbolique qu’autre chose, puisque le CIO assurait jusqu’ici que l’orientation sexuelle était déjà couverte par le Principe 6. Néanmoins, si la proposition est adoptée, ce sera désormais dit clairement.

Et le plus difficile est à venir pour le CIO, écrit Marc Naimark, ancien vice-président de la Fédération des Gay Games sur son blog: «Comment le respect des droits de l’Homme sera-t-il suivi et mesuré? Comment faire que les engagements pris par la ville hôte soient respectés? Sans des dispositifs idoines, ces engagements ne valent pas grand chose, et peuvent même simplement servir de couverture pour le CIO (et ses sponsors) alors que rien ne change sur le terrain.

«Comment les dizaines de fédérations sportives internationales et les presque 200 comités olympiques nationaux vont-ils mettre en œuvre le nouveau langage de la Charte olympique? Le CIO prétend gouverner l’ensemble du sport mondial, non seulement les Jeux olympiques. Et surtout, la discrimination peut avoir lieu avant les JO. Un sportif emprisonné (ou tué) pour motif d’homosexualité n’est pas vraiment disposé à participer aux épreuves de sélection aux jeux.

«Même moi qui continue à douter, je veux saluer Thomas Bach d’avoir réalisé ce qu’il avait intimé lorsque je l’ai rencontré il y a un an à Paris lors de la toute première rencontre entre un président du CIO et des groupes sportifs LGBT. L’Agenda 2020 sera vote, la Charte sera modifiée. Après? Au CIO de montrer qu’il ne s’agit pas de vaines paroles, et que le sport sera réellement pour tous.»

Photo J. Brilman