Jeune réalisateur lituanien, Romas Zabarauskas met en scène une version fictive de lui-même dans You Can’t Escape Lithuania. Avec son petit copain mexicain, il y aide une amie matricide à quitter le pays. En échange, l’amie doit s’engager à figurer dans son film expérimental. Ce film doit être tourné en Lituanie (où il n’est vraiment pas simple d’être LGBT) et le réalisateur et son équipe comptent sur la générosité des internautes pour le financer. Les plus généreux/ses peuvent même recevoir une photographie de Romas Zabrauskas nu.

La nudité fait partie de la démarche artistique du film que vous comptez tourner? Je ne me prends pas au sérieux, je suis nu par provocation, pour attirer l’attention. Il faut voir cela avec humour. Quand on défend les droits des personnes LGBT, on essaie d’être acceptable et de s’adapter aux codes du monde qui nous entoure, mais pourquoi devrait-on faire ça? On doit tou.te.s avoir les mêmes droits sans pour autant se compromettre. On a le droit, homo ou pas, de faire des choses drôles. J’ai essayé d’être moi-même car quand je veux être plus «normal», ça ne marche pas.

On ne doit pas changer qui on est à cause des homophobes. C’est déjà assez dur de changer les lois gouvernementales, on peut au moins être libre d’être soi.

Vous avez grandi en Lituanie, ce film parle d’en partir. Y avez-vous vécu des actes ou des propos homophobes? Je n’ai pas fait personnellement l’expérience de l’homophobie: j’ai grandi dans une famille ouverte, j’ai toujours eu des ami.e.s tolérant.e.s et je travaille avec des gens qui ne me disent rien sur mon orientation sexuelle. Mais je reçois des messages de personnes qui elles, ont des problèmes. Un garçon de 17 ans par exemple, qui s’est suicidé au début de l’année. Nous avions eu une conversation que j’ai publiée. En Lituanie, il n’y a pas de protection légale pour les LGBT. Depuis 2010, une loi de censure prétend protéger les mineur.e.s et elle est similaire à la loi anti-gay en Russie. Elle a été utilisée pour censurer des pubs à la télévision, des contes pour enfants et des associations LGBT. Mais il y a aussi des choses positives: de plus en plus de célébrités soutiennent ouvertement les LGBT, notre ministre des Affaires étrangères a félicité son homologue letton quand celui-ci a fait son coming-out, et dans la région, l’Estonie a ouvert le partenariat civil pour tous les couples. Peut-être que tout cela provoquera des changements en Lituanie. Je n’ai jamais voulu émigrer, même si c’est difficile de vivre en état de résistance.

Vous avez fait une partie de vos études en France. Qu’est-ce que cela vous a apporté? J’y ai reçu des sources d’inspiration, comme Homme au bain de Christophe Honoré. François Sagat ressemble d’ailleurs au Mexicain dans mon film. Mais le cinéma gay n’est pas suffisamment reconnu en France où on le juge avec une certaine distance. La tradition du cinéma d’auteur ignore l’orientation sexuelle et le genre au motif que ce serait trop mondain, mais c’est important pour moi qui ai étudié la question du genre et du cinéma à l’université. Ayant vécu dans ce pays, j’ai le sentiment que tout est toléré, mais il ne faudrait pas en parler. Mais ça, ce n’est pas vraiment de l’acceptation. Il manque un point de vue plus ouvert et le débat sur le mariage a aussi montré la force du côté opposé. En parlant plus de l’homosexualité au lieu de la taire, on pourra créer les conditions d’un dialogue et parvenir à l’acceptation. Il faudrait plus de militantisme.

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