Quel crédit donner aux propos de Nicolas Sarkozy ce week-end devant la frange homophobe de l’UMP, réunie sous le nom ô combien ironique de «Sens Commun»? Aucun, bien évidemment. Depuis qu’il a effectué son «retour», l’ancien Président raconte en effet n’importe quoi sur le sujet du mariage pour tous.

Xavier HéraudEn 2007, il promettait une espèce de pacs amélioré – ou de sous-mariage, c’est selon – pour les homosexuel.le.s. En 2012, il reconnaissait dans une interview à Têtu que cette idée n’était pas réalisable d’un point de vue constitutionnel. Changement de version en 2014. Il affirme désormais que s’il n’a pas fait l’union civile, c’était parce qu’en raison de la crise, les Français.es avaient d’autres priorités. Il veut à présent un «mariage pour les homosexuels et un mariage pour les hétérosexuels», celui pour les homosexuel.le.s étant dépouillé de tout droit concernant la filiation. Y croit-il lui-même? Depuis samedi, cette dernière proposition, ridicule, est démontée en règle de tous bords, y compris par son propre camp – qui continue malgré tout, telle Nathalie Kosciuzko-Morizet, à lui apporter son soutien.

«ÇA COÛTE PAS CHER»
À ce stade, c’est moins de la démagogie qu’un cynisme à toute épreuve, assorti d’un culot toujours aussi ahurissant: plus c’est gros plus ça passe et un mensonge chassera l’autre. Les militants de «Sens commun», qu’il aurait qualifié il y a quelques mois en privé de «fascistes en loden», voulaient entendre le mot «abrogation», il a prononcé le mot. «Ça coûte pas cher», a-t-il plaisanté dans un français toujours aussi approximatif. Récemment, il affichait son dégoût, avec force grimaces, pour les «revues pour homosexuels», qu’il n’avait pourtant pas dédaignées lors de ses deux dernières campagnes présidentielles. Bref, Nicolas Sarkozy cherche à remporter la présidence de son parti et pour cela, tous les moyens sont bons: mensonges et homophobie compris. Et si dans deux ans, il faut revenir draguer les homos pour la présidentielle 2017, nul doute qu’il «fera le job», pour reprendre une autre de ses expressions favorites. Là où il y a de la gêne…

Face à lui, on trouve d’un côté Bruno Le Maire, qui ne souhaite pas abroger la loi Taubira (il s’était abstenu au moment du vote), mais qui s’acharne à enfoncer des portes ouvertes en prônant l’interdiction de ce qui est déjà interdit: la PMA pour les couples de femmes et la gestation pour autrui, en amalgamant systématiquement les deux. Une idée pour M. Le Maire: pourquoi ne pas faire campagne sur l’abolition de la peine de mort ou sur la limitation de la vitesse à 130 km/h sur les autoroutes? Ce sont des sujets qui intéressent les Français.es.

De l’autre côté, il y a Hervé Mariton, qui se rêve un destin à la Christine Boutin, le côté grenouille de bénitier en moins. On a les ambitions qu’on peut… Bizarrement, le député de la Drôme tique quand on le qualifie d’homophobe. Comment, sinon, qualifier un tel acharnement contre les droits LGBT? Au moins peut-on lui accorder le mérite de la constance. La loi Taubira, il n’en a jamais voulu et il n’en veut toujours pas. Mais en dehors des zozos de la «Manif pour tous», le sujet fait-il vraiment recette? Rien n’est moins sûr. Lors des élections présidentielles, Christine Boutin n’a jamais dépassé les 1%. Cela devrait donner à Hervé Mariton de quoi réfléchir…

ERREUR SUR LE PACS
Le 29 novembre, les militant.e.s UMP éliront leur nouveau président. Ils et elles auront donc le choix entre un Machiavel en Ray Ban, un enfonceur de portes ouvertes et une Boutin au rabais, le premier ayant toutes les chances de l’emporter. Le principal parti d’opposition ne mérite-t-il pas mieux? Jadis, Nicolas Sarkozy avait expliqué que la droite avait commis une erreur en s’opposant au Pacs avec une outrance qui n’était pas à son honneur. Est-il donc interdit d’apprendre de ses erreurs? Alors que la majorité des Français.es sont favorables au mariage pour tous, la droite se place, une fois de plus, du mauvais côté de l’Histoire. La loi Taubira est la mesure la plus populaire du quinquennat de François Hollande. Pas sûr que mobiliser autour de sa suppression – aussi irréalisable soit-elle – soit la meilleure stratégie.

Au-delà de ces calculs électoraux, on ne peut que s’interroger sur la perpétuelle politique du bouc émissaire de la droite. À la fin du quinquennat Sarkozy, les immigré.e.s et les roms faisaient office d’épouvantails. Ce sont maintenant les homos. Nicolas Sarkozy et l’UMP ont beau ne pas «reconnaître les minorités», comme l’a déclaré l’ancien président récemment, ces dernières sauront peut-être se rappeler à leur bon souvenir le moment venu.

Nota Bene pour la gauche: le dégoût d’un parti ne suffit pas à faire voter pour un autre.

Photos Sébastien Dolidon (Xavier Héraud) / Capture (Nicolas Sarkozy)