DISCOURS INTRODUCTIF
Monsieur le Maire du Xe arrondissement,

Mesdames et Messieurs les représentant.e.s du Prix de la Tolérance en Allemagne et en Pologne,

Mesdames et Messieurs les lauréates et lauréats,

Chèr.e.s partenaires,

Chèr.e.s membres et chèr.e.s bénévoles,

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux, très heureux d’être là ce soir pour remettre le Prix de la Tolérance, d’être avec vous qui œuvrez chaque jour pour construire un monde dans lequel chacune et chacun auraient leur place.

Monsieur le Maire, merci de nous accueillir dans votre mairie, dans sa salle des mariages. Quel symbole magnifique! Vous nous accueillez dans la maison du peuple, celle qui abrite et protège les valeurs de notre République. Dans une salle où sont célébrées, depuis le vote de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, les unions de tous les couples, de toutes les personnes quelle que soit leur orientation sexuelle. Une belle victoire de la tolérance, du respect et de l’égalité, sur l’intolérance, la violence et la haine.

Mesdames et Messieurs les représentant.e.s du Prix de la Tolérance en Allemagne et en Pologne, Mesdames et Messieurs les lauréates et lauréats, merci d’être parmi nous ce soir.

Ce Prix de la Tolérance, «Tolerentia Preis», nous rappelle que la lutte contre les LGBTphobies n’est pas qu’un combat national. Partout en Europe et dans le monde, les militant.e.s des droits civiques se battent pour la reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’.

N’oublions pas que dans près de 80 pays, l’homosexualité est encore pénalisée. N’oublions pas que dans une dizaine d’entre eux, les personnes LGBT encourent la peine de mort. N’oublions pas les lois intolérantes, qui même en Europe, privent de leur liberté les homosexuel.le.s et les transsexuel.le.s.

En remettant ce prix européen, nous rappelons la nécessité d’un combat qui abolit les frontières, l’alliance nécessaire qui nous permettra ensemble de faire reculer les LGBTphobies, et donnera à chacune et à chacun le droit de vivre et d’aimer librement.

Ce combat, nous le mènerons sans limites, intensément, passionnément.

En prononçant ces mots, je ne peux que penser à Milán Rózsa, le Harvey Milk hongrois, selon le joli mot du neveu d’Harvey Milk, Stuart. Il avait 26 ans et nous a quitté.e.s il y a quelques jours. Déterminé, Milán Rózsa n’hésitait jamais. Qui d’autre que lui a eu le courage de pénétrer dans l’ambassade de Russie à Budapest pour protester contre les lois homophobes qui sévissent dans ce pays. Son engagement n’avait pas de frontière.

Comme nos ami.e.s hongrois.e.s, qui sont allé.e.s déposer des bougies et des photos devant sa maison, je vous propose d’avoir une pensée ce soir pour Milán Rózsa.

Mon dernier mot, j’aimerais l’avoir pour vous tou.te.s ce soir, nos partenaires, nos soutiens, les militantes et les militants. Ce Prix de la Tolérance est aussi le vôtre. Cette année, SOS homophobie a 20 ans, et nous sommes particulièrement heureux/ses d’organiser la remise de ce prix alors que nous célébrons cet événement si particulier. Depuis 1994, nos bénévoles apportent chaque jour leur soutien aux victimes d’homophobie et de transphobie, et œuvrent pour prévenir les LGBTphobies. Dans les écoles, dans les entreprises, dans les lieux publics, sur Internet, nous sommes présent.e.s.

En France, en Allemagne, en Pologne, en Europe, nous menons les mêmes combats, alors portons ensemble les paroles et les actes qui aboliront la frontière de l’intolérance.

DISCOURS SUR LE «PROJET 17 MAI»
Chèr.e.s ami.e.s,

Avant de remettre le Prix de la Tolérance pour la France, je tiens à mon tour à féliciter chaleureusement les lauréat.e.s polonaise et allemand.

Madame Monika Platek, avec courage et détermination, vous luttez contre l’homophobie; vous luttez pour les droits et les libertés des personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’; votre combat pour les droits civiques est un combat pour la démocratie qui vous honore.

Cornelius Littman, «Corny», vous n’êtes pas là ce soir, mais votre engagement sans faille contre les LGBTphobies nous donne l’impression que vous êtes à nos côtés. À ce titre, votre combat est exemplaire et constitue pour nous tou.te.s un modèle.

Il est maintenant l’heure de saluer les lauréates et lauréats françaises et français.

Au nom de SOS homophobie, j’ai l’honneur de remettre le Prix de la Tolérance au «Projet 17 mai».

Quelques mots sur ce projet. Il est né il y a deux ans de la volonté de deux dessinateurs et blogueurs, Silver et Pochep. Il s’agissait de rassembler les dessins réalisés à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Les éditions Des ailes sur un tracteur ont alors publié un recueil de 40 dessins où «chaque auteur.e, garçon ou fille, hétéro ou homo, aborde à sa manière le thème cruel de l’homophobie et du rejet». Depuis, le projet se poursuit et plus d’une centaine d’auteur.e.s ont publié leurs dessins sur le site projet17mai.com.

Ce prix, nous vous le remettons donc à vous, Pochep et Silver, qui êtes à l’origine de ce beau projet.

À l’ensemble des dessinatrices et dessinateurs qui ont participé et participent encore à cette aventure. Certaines et certains sont là ce soir. Merci à elles et à eux.

À Jérémy Patinier et aux éditions Des ailes sur un tracteur, qui ont permis l’édition du premier album du «Projet 17 mai».

Votre projet est né à la veille d’une bataille, celle qui a conduit au vote de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe, une bataille au cours de laquelle la parole homophobe s’est malheureusement libérée.

Face aux insultes, aux injures et aux coups, face à la violence et à la haine, vous avez choisi des armes, de belles armes, des armes qui parlent à chacune et chacun d’entre nous: l’image, l’illustration, la bande-dessinée, l’art.

L’art qui, comme le disait Kennedy, est «le fruit de la créativité des hommes libres». Dans la période trouble que nous connaissons, en France et en Europe, vous usez avec force et détermination de votre liberté…

Pour lutter contre les stéréotypes et les préjugés qui nourrissent et entretiennent l’homophobie et la transphobie;
Pour faire comprendre à chacune et à chacun que les moqueries, les insultes conduisent au rejet, à l’isolement;
Pour que toutes et tous appréhendent la peur et les craintes que peuvent encore ressentir certain.e.s jeunes LGBT dans leur famille;
Pour que nous nous souvenions que «même dans une grande ville d’Europe, nous devrons toujours rester sur nos gardes jusque dans le geste amoureux le plus simple»;
Pour faire prendre conscience à toutes et tous de la nécessité de la lutte en faveur des libertés et des droits civiques.

Seulement armé.e.s de vos crayons et de votre imagination, vous vous adressez à toutes et à tous.

Quand les opposant.e.s à l’égalité des droits divisent notre société et hiérarchisent les individus selon leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, vous délivrez un message universel de tolérance et de liberté.

Vous racontez des histoires. Avec des filles et des garçons, avec des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons, des filles et des garçons qui aiment des filles et des garçons.

Des histoires tristes ou joyeuses. Des histoires qui nous font sourire; des histoires de monstres qui nous font peur; des histoires qui nous émeuvent et nous font pleurer.

Des histoires d’amour en couleur ou en noir et blanc. Des histoires d’amour arc-en-ciel.

Il y a quelques jours, pour préparer cette intervention, je relisais l’une d’entre elles. Je me suis arrêté avec émotion sur quatre vignettes de Guillaume Penchinat. Que racontent-elles? Un jeune homme arrive en courant à l’hôpital. Son compagnon vient d’être hospitalisé. Il est angoissé et demande des nouvelles. En vain, car l’infirmière lui explique: «Vous n’êtes pas mariés, Monsieur. Vous n’êtes donc pas de sa famille. Je n’ai aucune information à vous donner.» Aujourd’hui, le jeune homme pourrait être marié à Maxime, son compagnon. Nos efforts, vos efforts n’ont pas été vains pour que soient reconnus les couples de personnes de même sexe.

Ces quelques mots, ces quelques traits nous encouragent à poursuivre nos luttes. Nous sommes d’autant plus déterminé.e.s que l’intolérance qui a conduit à vos premiers coups de crayon a malheureusement grandi. La parole homophobe et transphobe s’est libérée. Malgré nos combats, elle s’exprime aujourd’hui sans gêne et avec force.

Qui en effet aurait imaginé qu’aujourd’hui en France, un artiste puisse être frappé et son œuvre vandalisée au nom du respect de la morale? Je pense bien sûr à Paul Mc Carthy et à son œuvre Tree, exposée seulement quelques heures place Vendôme. Qui aurait imaginé qu’une exposition pour enfants fasse l’objet d’un appel à la censure de la part de plusieurs milliers de personnes? Il y a quelques années, l’exposition «Zizi sexuel» de la Cité des sciences se déroulait sans incident. Elle permettait aux jeunes qui la visitaient de trouver des réponses – adaptées à leur âge – aux questions sur la sexualité qu’elles et ils se posaient. Aujourd’hui, cette exposition fait scandale.

Vous, dont les dessins donnent – et je me permettrai de citer Silver et Pochep – «un peu d’oxygène, des bouts de réponses, d’argumentations, des résonances» par rapport à ce que nous vivons, vous qui accompagnez nos luttes, continuez d’user de votre fragile liberté pour lui redonner toute sa force.

Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie

Photo Maëlle Le Corre