[mise à jour, 16h30]: Ajout de la réaction de l’ARS Nord-Pas-de-Calais

Dans une annonce publiée il y a quelques jours, l’Agence régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais a précisé que la lutte contre le VIH et les hépatites ne fera pas cette année l’objet d’un appel à projets. Une absence qui pèsera lourd sur les budgets des association de prévention, comme le souligne Bruno Brive, ancien président de J’en suis, j’y reste – centre LGBTQIF de Lille Nord-Pas de Calais, dans un communiqué.

DES PROJETS UNIQUEMENT POUR LES JEUNES
Selon Bruno Brive, les appels à projets lancés en 2012 et en 2013 avaient notamment permis à des associations d’organiser «des permanences d’accueil et d’écoute, des ateliers de santé sexuelle, des groupes de paroles, des formations, des interventions devant des jeunes ou des adultes». Des actions qui avaient d’après lui touché 1500 personnes chaque année. L’ARS ne prévoit pas l’arrêt pur et simple des financements mais a expliqué dans son annonce que «le champ du VIH/IST/hépatites fera l’objet en 2015 d’un traitement hors appel à projets». Bruno Brive craint que ce «traitement» ne bénéficie qu’à «quelques projets commandés directement par l’ARS, sans aucune visibilité ni possibilité de proposer des actions nouvelles».

L’ARS envisage bien de financer via un appel à projets des actions contre le VIH et les hépatites mais uniquement en direction des jeunes. Un choix que conteste Bruno Brive, pour de telles actions passeraient à côté d’une grande partie de la population pourtant concernée. D’après des chiffres de l’Institut de veille sanitaire pour les années 2012 et 2013, sur 100 personnes découvrant leur séropositivité VIH dans la région Nord-Pas-de-Calais, 31 avaient entre 20 et 29 ans, mais 39 étaient âgées de 30 à 39 ans et 30 avaient entre 40 et 49 ans. Plus des deux-tiers des découvertes de séropositivité concernaient donc des personnes qui ne sont pas considérées comme jeunes.

«DÉSENGAGEMENT»
Pour quelles raisons l’ARS Nord-Pas-de-Calais cesse-t-elle de financer la lutte contre le VIH et les hépatites comme elle le faisait auparavant? L’organisme estime «qu’il n’y a pas de désengagement» puisqu’il y aura «un traitement hors appel à projets» et que des «actions de prévention à destination des jeunes seront incluses dans l’appel à projet 2015». L’ARS n’a toutefois donné plus de précisions sur les raisons qui ont motivé ce choix et sur les modalités d’accompagnement des actions qui seront aidées en-dehors d’une procédure d’appel à projets.

Ce cas régional reflète toutefois une évolution nationale décrite par plusieurs observateurs/trices du secteur. En avril dernier, Eve Plenel du groupe SOS expliquait à Yagg que la baisse des financements a touché de plus en plus de structures: «Le caractère d’exception du VIH a pris fin, les pouvoirs publics estiment qu’il n’y a plus de raisons de financer la lutte contre le sida plus que d’autres pathologies, constatait-elle. Le besoin d’économies partout entraîne un coût social que l’on paiera dans les prochaines années, notamment dans la prévention. Il y a aussi un réel désengagement sur le soutien social parce que les ARS estiment que seule la santé est de leur responsabilité, pas le social. Mais que fait-on pour les personnes malades en situation de précarité? Quand on dort dehors ou qu’on n’a rien à manger, c’est dur de prendre une trithérapie.»

Pour François Berdougo, chargé de mission au Collectif interassociatif sur la santé (CISS) et désormais délégué chargé des questions de santé à l’Inter-LGBT, le fait que les ARS poursuivent des objectifs locaux est aussi un élément d’explication: «Vu que les populations principalement touchées sont spécifiques – gays, migrant.e.s, toxicomanes – il faudrait travailler partout mais les nouvelles logiques régionales ne les prennent pas en compte». En décembre 2012, la ministre de la Santé Marisol Touraine affirmait pourtant que la lutte contre le VIH-sida est une «priorité du gouvernement». Tout dépend de l’endroit où on habite.

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