Vendredi 7 novembre, Irina Shumilova et Alyona Fursova (à droite) se sont dit oui à Saint Pétersbourg devant leurs proches et leurs ami.e.s, devenant le premier couple de femmes à se marier en Russie. Mais pour l’État, il s’agit pourtant du mariage d’un homme et d’une femme, car Irina Shumilova est une femme trans’ et comme elle n’a pas encore obtenu son changement d’état civil, elle et sa compagne ont pu se marier – en France, un mariage similaire avait été médiatisé en 2011. «C’est un grand pas pour nous tout.e.s, a déclaré une des demoiselles d’honneur, Marina Teodori, la plupart d’entre nous veulent se marier avec une vraie cérémonie, mais en Russie c’est encore impossible. Pour nous, c’est un rêve qui se réalise. Nous espérons que beaucoup auront cette opportunité.»

Mais sans surprise, ce mariage a déclenché la colère de plusieurs politiques dont Vitali Milonov l’un des plus fervents défenseurs des lois criminalisant la «propagande» de l’homosexualité, qui a tenu des propos d’une rare violence à l’encontre des deux mariées, qualifiant leur union d’«hideuse insulte à des millions de familles russes»: «Il y a certaines normes morales qu’il est vital de mettre en œuvre. Ces déviants devraient avoir l’interdiction de se marier.» Il a qualifié de «négligence criminelle» le fait que des personnes aient autorisé cette union.

Le mariage d’Irina et Alyona pourrait-il aider à combattre l’homophobie en Russie? Pour le militant et journaliste russe réfugié aux Etats-Unis Andrew Nasonov, cet événement pourrait avoir un impact: «Malheureusement, la majorité des Russes ne prennent pas cela très au sérieux. Ils et elles croient que ces gens sont des bêtes de foires, alors ils se moquent ou les insultent. Ils et elles soutiennent Milonov. C’est très triste. Mais le fait est qu’avec ce genre de nouvelles, les gens commencent à en parler, cela fait naître un débat public, et ça c’est une bonne chose.» D’autres sont plus critiques vis-à-vis de ce mariage, comme Nikolai Alekseev: «Ce n’est en aucun cas un mariage d’un couple de même sexe. C’est une question de transidentité, pas d’homosexualité. C’est une vieille histoire. Il y a déjà eu des cas de ce genre.»

Photo Alyona Fursova (VKontakte)