«Il faut un message clair qui vienne d’en haut»: voilà pourquoi Pierre Schydlowski a choisi d’adresser sa pétition pour être diplômé de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr au ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Il y a trois ans, ce militaire homosexuel a été exclu de sa formation. L’armée prétend qu’il avait un «mauvais comportement» et de «mauvais résultats», mais d’après lui, c’est le fait qu’il ait été agressé sexuellement et qu’il soit gay qui dérange, comme il en a témoigné sur le Plus.

«LEUR BUT, C’EST QUE J’ÉCHOUE»
«Ils ne veulent pas me reprendre car ils défendent le prestige d’un corps militaire ultra-réactionnaire et conservateur, a-t-il expliqué à Yagg. Ils veulent donner l’image d’une école sans défaut.» Pierre Schydlowski a attaqué la décision d’exclusion en justice et a saisi sans succès le Défenseur des droits. Il attend actuellement la décision de la cour d’appel administrative de Nantes devant laquelle l’armée n’a produit aucun argument, indique-t-il. En première instance, devant le tribunal administratif d’Orléans, il était parvenu à prouver ses bonnes notes. Mais en ce qui concerne son comportement, l’armée avait mis en avant les sanctions disciplinaires prononcées contre lui lors de son exclusion, ce qui a poussé la justice à se prononcer en faveur de celle-ci. Pierre Schydlowski a fait appel et la procédure qu’il a entreprise en parallèle au sein même de l’armée a porté ses fruits: le chef d’état-major de l’armée de terre a annulé les sanctions disciplinaires. D’après Pierre Schydlowski, il s’agissait des seules preuves que l’armée avait avancées pour attester de son «mauvais comportement»..

Avant son exclusion, il ne lui restait plus qu’une année d’études à compléter avant d’être diplômé. «J’ai fait plus des deux tiers du cursus», témoigne-t-il. Il se bat aujourd’hui pour être diplômé de l’école car en dépit de ses années d’études, il ne dispose actuellement d’aucune qualification. Toujours militaire, il a été assigné à «un poste administratif sans responsabilité» et sans aucun rapport avec ses compétences. «Je suis le seul de ma promotion qu’on a mis dans une telle situation, c’est symptomatique du sort qui m’est réservé, confie-t-il. Leur but, c’est que j’échoue pour que les choses abondent en leur sens.»

«ME SOUTENIR, C’EST SE METTRE EN DANGER»
Alors il tient bon malgré les «pressions indirectes» et les «menaces d’expulsion» de la chambre qu’il occupe. «On me met des bâtons dans les roues», déplore-t-il. Le fait que près de 18000 personnes aient déjà signé sa pétition sur Change.org en quelques jours le réconforte. Des militaires lui ont même discrètement fait part de leur soutien, mais toujours en privé. «Ils craignent pour leur avancement, explique-t-il. Me soutenir, c’est se mettre en danger.» Une fois qu’il aura recueilli 25000 signatures, il remettra un courrier au ministère de la Défense. «Et si je n’ai pas de réponse, je les relancerai», se résigne-t-il.

Car en trois ans de procédures, il a fini par anticiper les réponses de la Grande Muette. «On me répond toujours “mauvaises notes” et “mauvais comportement”. J’ai déjà eu une réponse signée du ministre lui-même pour me dire ça. L’argumentaire va rester le même. Ils essaient de ne pas chercher plus loin et ils ne veulent pas remettre en question des décisions qu’ils ont prises eux-mêmes.» Si on lui propose «une négociation honnête» pour finir ses études et obtenir son diplôme, Pierre Schydlowski assure qu’il est prêt à accepter.

«MON COMBAT EST JUSTE»
En attendant, il ne peut que pester contre l’injustice de sa situation. Il a vu des élèves prononcer des propos homophobes publiquement et des sanctions ont été prononcées, mais rien d’aussi grave qu’une exclusion. «En restant silencieux, le ministère est complice de ces pratiques discriminantes, accuse-t-il. Pour l’instant, on ferme les yeux, on ne fait rien et on laisse faire. L’an dernier, un plan a été annoncé pour lutter contre les discriminations dont sont victimes les femmes dans l’armée, mais il faudrait aussi l’appliquer aux discriminations en raison de la religion, de la couleur de peau, de l’orientation sexuelle.»

S’il obtient gain de cause, Pierre Schydlowski imagine-t-il à terme rester dans l’armée? «J’avais un idéal quand je suis entré. Maintenant, je ne saurais pas répondre. Ça me passionnait, mais aujourd’hui, je suis déçu par les pratiques de certaines personnes. Le métier m’intéresse toujours autant. Peut-être qu’en restant, je pourrais faire évoluer les choses de l’intérieur.» Pourra-t-il vraiment changer les choses à lui tout seul? «Même si je suis isolé face à l’institution, mon combat est juste. Et avec toutes les personnes qui me soutiennent, je ne suis pas seul.»

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