Présenté au festival de Cannes parmi les courts-métrages, Until We Could est d’abord le fruit d’une commande de l’organisation Freedom To Marry qui fête ses 10 ans cette année. Fondée après que le Massachusetts a ouvert le mariage – ce fut le premier État américain à le faire, en 2004 – cette association a demandé à Richard Blanco, un poète gay et latino qui a notamment écrit un poème pour la cérémonie d’investiture du deuxième mandat de Barack Obama, de préparer un texte. Celui-ci a ensuite été enrichi avec des images et de la musique pour un résultat qui donne des frissons et qui a été publié par le Daily Beast.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Until We Could – Richard Branco

Il faudrait une plume de poète pour traduire en français avec la même grâce et la même acuité les situations décrites par Richard Blanco. Dans Until We Could, il dépeint ces moments-clé dans les relations amoureuses où l’on prend conscience de toute l’affection que l’on a pour l’autre. Qu’il s’agisse du premier regard, quand le monde ambiant disparaît pour ne laisser place qu’à deux êtres qui s’aiment, ou de la première nuit passée ensemble, quand le soleil vient caresser une joue et que le souffle régulier d’un corps plongé dans le sommeil apaise toutes les peurs. Il évoque ces moments où l’on se rend compte que les souvenirs s’empilent et de tout ce que l’on a accompli ensemble. Il ne passe pas sous silence les disputes, les mensonges, les silences, le pardon, mais aussi les combats, la lutte au sein même des familles pour être reconnu.e et accepté.e. Autant d’instants vécus par des couples de même sexe longtemps empêchés de se marier.

Le poème s’achève sur l’engagement de «dîner devant un verre de vin partagé», de voir «un millier de films au lit». La promesse «que nos yeux deviennent des voix qui se parlent sans parler, que tu sois le dernier visage que je voie, ton souffle mon dernier souffle». Mais aussi que les mots «oui, je le veux» soient prononcés pour tous les couples à travers le monde qui n’en ont pas encore la possibilité quand bien même l’amour qui unit deux femmes ou deux hommes est tout aussi naturel que de voir «les étoiles ouvrir leurs yeux quand vient la nuit» ou «les racines se frayer un chemin dans la terre». Le poème est lu par Robin Wright et son compagnon, le comédien Ben Foster. Quant aux couples, certains sont réels, d’autres fictifs. Mais même si vous ne comprenez pas tous les mots, la réalisation de David Lowery et Yen Tan devrait suffire à chatouiller vos glandes lacrymales.