En créant une troisième catégorie sexuelle en avril dernier, la Cour suprême indienne souhaitait prendre en compte les «traumatismes, la souffrance et la peine que subissent les membres de la communauté transgenre». La justice avait alors estimé que les personnes trans’ devraient bénéficier de mesures de discrimination positive comme c’est déjà le cas pour les personnes issues des castes défavorisées («other backward classes», ou OBC). Mais dans une lettre adressée à la Cour suprême, le gouvernement a demandé à la justice de revoir sa copie.

«DES PROBLÈMES PRATIQUES ET POLITIQUES»
L’exécutif fait valoir que les trans’ proviennent de toutes les castes et parfois des castes non défavorisées. Placer tou.te.s les trans’ parmi les bénéficiaires de mesures de discrimination positive poserait des problèmes «pratiques et politiques», indique le gouvernement dans sa lettre citée par l’Hindustan Times. «Les personnes transgenres peuvent s’être séparées de leur famille et vivre en groupe, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles ont changé de caste», considère le gouvernement. «Au lieu de comprendre l’esprit de la décision et de proposer d’éventuelles réserves pour les trans’, le gouvernement s’est contenté de dire jusqu’où il est prêt à aller dès qu’il est question des droits des minorités», a déploré Shri Kranti du Human Rights Law Network.

«Les castes ont beau être constitutionnellement interdites depuis que l’Inde est indépendante, elles continuent d’avoir une forte influence dans la société, précise Nasha Gagnebin qui a réalisé le documentaire Looking for Gay Bollywood. Pour le gouvernement, il n’est possible de classer les trans’ parmi les OBC que si la Commission nationale chargée des OBC le décide. Certain.e.s trans’ font déjà partie des OBC et il ne serait pas judicieux d’en faire un groupe unique alors qu’il n’y a pas homogénéité des trans’ en termes d’origine sociale. Cela pourrait avoir pour conséquence de rallonger le temps de la procédure légale de reconnaissance des trans’ puisque la décision de les inclure parmi les OBC ne viendrait qu’après la décision de la Commission nationale et que cette dernière est connue pour être bureaucratique et lente dans ses prises de position.»

«MAUVAISE FOI»
Nasha Gagnebin relève par ailleurs une certaine «mauvaise foi» de la part du gouvernement formé par la droite nationaliste actuellement au pouvoir. L’exécutif reproche en effet à la Cour suprême d’être vague et imprécise en parlant de «trans’» pour désigner aussi bien les trans’ que les lesbiennes, les gays et les bi.e.s. Si le terme «trans’» est couramment utilisé pour désigner l’ensemble des LGBT en Inde, la Cour suprême avait toutefois pris soin de préciser dans sa décision que les mesures de discrimination positive ne pourraient bénéficier qu’aux trans’ et pas aux homos et aux bi.e.s. Ce reproche du gouvernement est donc infondé.

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