Qui était Guy Gilles? À cette question, très peu de spectateurs du grand écran, mis à part quelques cinéphiles, peuvent répondre. La Cinémathèque française propose à partir du mercredi 24 septembre une rétrospective de l’œuvre d’un des cinéastes français les plus méconnus. Guy Gilles a pourtant réalisé huit longs métrages, avec de grandes actrices (Jeanne Moreau, Delphine Seyrig, Edwige Feuillère), des courts métrages, des documentaires pour la télévision (pour le cultissime «Dim Dam Dom» notamment). Contemporain de la Nouvelle Vague, Guy Gilles n’a jamais connu la consécration. Selon certains, il aurait beaucoup souffert de l’homophobie du milieu du cinéma des années 60 et 70.

Né en 1938 à Alger, Guy Gilles va beaucoup tourner entre 1964 et 1970, toujours avec son acteur fétiche, Patrick Jouané, puis une série de déboires vont l’éloigner des plateaux. Son dernier film, Nuit docile, (1987) sort dans l’indifférence générale et les critiques sont épouvantables. Il meurt du sida en 1996, à l’âge de 58 ans, et peu de médias lui consacrent un article. Ce n’est que depuis le milieu des années 2000 qu’un public toujours plus important redécouvre son œuvre.

Yann Gonzalez, réalisateur du remarqué Les Rencontres d’après minuit en 2013, aime le cinéma de Guy Gilles et il présentera l’un de ses films à l’occasion de cette rétrospective. Il a accepté de répondre à nos questions.

Guy Gilles reste un cinéaste assez méconnu. A quoi attribuez-vous cela?
En lisant récemment le passionnant livre consacré à Guy Gilles [Guy Gilles, un cinéaste au fil du temps, éd. Yellow Now], j’ai appris que celui-ci aurait rêvé d’être le petit frère de la Nouvelle Vague, dont il était l’exact contemporain. Il tourne son premier court-métrage en 1959, alors qu’il n’a pas 20 ans, puis son premier long en 1962, dans lequel apparaissent notamment Jean-Pierre Léaud et Jean-Claude Brialy. Malgré son talent évident, Guy Gilles reçoit peu de soutien de ses camarades, qui le rejettent même du fait de son homosexualité. Cela rappelle la situation de l’écrivain René Crevel avec le groupe des Surréalistes dont il faisait d’abord partie avant d’en être exclu pour les mêmes raisons que Guy Gilles. Du coup, la carrière du cinéaste sera celle d’un astre solitaire, n’appartenant à aucun mouvement identifiable et réalisant des films à la sensibilité déchirante alors que l’époque privilégie des auteurs plus intellectuels. Malgré quelques articles laudateurs, l’histoire du cinéma passe complètement à côté de Guy Gilles, alors qu’il fait partie selon moi des plus grands réalisateurs français.

Qu’est-ce qui rend selon vous son cinéma attachant?
«Attachant», le mot est faible. Lorsque j’ai découvert les films de Guy Gilles, j’ai été dévasté, bouleversé. Jamais les affects d’un auteur ne m’avaient semblé aussi à vif, comme s’il n’y avait plus de filtre entre la vie et la fiction, entre le ressenti d’un artiste et celui de ses personnages.

Guy Gilles, c’est le cinéma du sensible à l’état pur: chaque plan, chaque visage, chaque objet filmé témoigne d’une émotion à la fois douce et violente.

Douce, parce qu’on y lit la tendresse du cinéaste pour ses acteurs ainsi que son goût de la beauté. Violente, parce que ces images semblent toutes arrachées à un passé lumineux, idyllique, et portent en elle le poison du temps qui passe, de la jeunesse et des souvenirs impossibles à rattraper. Les films de Guy Gilles sont autant des soleils que des tombeaux.

Comment était traitée l’homosexualité dans ses films?
Elle n’était jamais vraiment explicite, mais elle rayonnait dans chacun de ses films.

La sensualité avec laquelle il filmait les jeunes éphèbes et sa passion pour les actrices à la beauté fanée ne laissaient planer aucun doute sur sa sexualité.

Par ailleurs, il faut évoquer son grand amour qui était aussi son acteur fétiche, le magnifique Patrick Jouané, qu’on retrouve de film en film jusqu’à la fin des années 80.

Vous présentez un des films de Guy Gilles, «Le Jardin qui bascule», avec Jeanne Moreau et Delphine Seyrig. Pourriez-vous en dire quelques mots pour les internautes de Yagg?
C’est un film mal aimé de Guy Gilles, et c’est pour cela que j’ai choisi de le défendre, même si ce n’est pas mon préféré. Ce qui me touche ici, ce sont les cicatrices d’un amour tragique  pendant quelque temps, Guy Gilles a une histoire avec Jeanne Moreau, mais celle-ci le quitte alors qu’il en est tombé follement amoureux. Après une tentative de suicide, Guy Gilles se remet au travail sur Le Jardin qui bascule : l’intrigue policière n’y est qu’un prétexte, tandis que Patrick Jouané et Delphine Seyrig rejouent des fragments de cette courte passion entre le cinéaste et l’actrice (Jeanne Moreau y fait d’ailleurs une apparition chantée). C’est ce qu’il y a de plus beau dans ce film, même si je conseillerais à ceux qui ne connaissent pas l’univers de Guy Gilles de commencer par ses trois chefs-d’œuvre absolus : Le Clair de terre, Absences répétées et Au Pan coupé.

Pour mieux connaître la personnalité de Guy Gilles et sa biograpghie, vous pouvez consulter le site qui lui est consacré.

Rétrospective Guy Gilles, du 24 septembre au 5 octobre, à la Cinémathèque Française, 51, rue de Bercy, 75012 Paris.

 

Photo Guy Gilles à la caméra (DR)