«Je me bats pour ce que je crois juste et je n’ai rien à gagner», répète Jacky Majda en réponse à celles et ceux qui estiment qu’il agit de façon opportuniste en organisant à Paris un kiss-in le 6 octobre prochain en réponse à la «Manif pour tous». Ouvertement gay, l’enseignant centriste avait brigué la mairie du IIIe arrondissement sur les listes Paris Libéré de Charles Beigbeder. «Je me suis peut-être trompé sur l’homme», reconnaît-il aujourd’hui.

«J’AI SERVI DE FAIRE-VALOIR»
«Il n’y a pas d’homophobes sur les listes de Charles Beigbeder, juste des points de vue différents», indiquait en février Jacky Majda. Il y a quelques jours, le chef d’entreprise n’a pourtant pas hésité à parler de «dénaturation du mariage» pour désigner l’ouverture de l’institution aux couples de même sexe dans une tribune publiée sur Atlantico. «Ses propos sont homophobes mais il est dans une posture, explique Jacky Majda. S’il a dit ça, c’est une honte.» Entre les deux hommes, plus le moindre contact désormais. «Je ne veux plus avoir quoi que ce soit à voir avec lui», précise l’enseignant. D’après lui, Charles Beigbeder s’est aujourd’hui rapproché du Parti chrétien-démocrate et n’avait «rien à faire» des candidat.e.s présent.e.s sur ses listes. «J’ai servi de faire-valoir, admet Jacky Majda. Je ne dis pas que c’est la plus grande idée que j’ai eue. Mais j’assume tout ce que j’ai fait et je ne soutenais pas l’homme mais les grands principes.»

L’enseignant veut tirer un bilan positif de son expérience en tant que candidat à la mairie du IIIe. «Maintenant, je connais les procédures», affirme-t-il, ce qui lui a permis d’obtenir un accord de principe auprès de la préfecture pour que le kiss-in se tienne place de la République. «Pendant la campagne, j’ai aussi rencontré plein de journalistes et c’est l’occasion de les relancer», met en avant Jacky Majda. Pour l’heure, quelque 600 personnes ont indiqué sur Facebook qu’elles assisteraient au kiss-in. L’enseignant veut en faire «un rassemblement ouvert qui répondrait par l’amour pour contraster avec la “Manif pour tous”, violente dans sa forme».

STRATÉGIE
«Il ne faut pas leur laisser la rue et j’ai pris cette initiative parce que je n’ai pas trouvé d’autre contre-manifestation», explique-t-il en invitant associations et collectifs à le rejoindre pour co-organiser le kiss-in. Aucune organisation ne lui a répondu pour l’instant. Peut-être parce qu’elles préfèrent ne pas être dans la réaction face à la «Manif pour tous». Le yaggeur thomaslut se demande d’ailleurs s’il est vraiment utile de répliquer à ce mouvement: «Il n’est un secret pour personne que ce mouvement engendre et propage une idéologie nauséabonde, écrit-il sur son blog. Et si nous laissions ces gens s’essouffler?». Sur Facebook, la militante Gwen Fauchois préconise par exemple de se rendre plutôt à l’Existrans qui aura lieu le 18 octobre pour en faire «une manif gigantesque». «Voilà ce qui serait une vraie réponse à la “Manif pour tous” du 5 octobre», juge-t-elle. «Chacun sa stratégie», répond Jacky Majda.

Celui-ci veut croire que «les gens viendront» au kiss-in, notamment «pour prouver à tous les jeunes homos, en province et ailleurs que tout le monde ne pense pas comme la “Manif pour tous”». Il n’espère aucune retombée politique le concernant et préfère se présenter sur son blog comme «un combattant acharné de l’égalité».

Photo Yagg