Melting Tea, c’est une soirée festive, organisée par l’Ardhis ((Association pour la Reconnaissance des Droits des personnes Homosexuelles et Transexuelles à l’Immigration et au Séjour), dimanche 28 septembre au Tango. Au programme, un grand mix de musiques du monde, des démonstrations de danses, un show multi-ethnique concocté par des membres de l’Ardhis et des artistes de la Boîte à Frissons. Philippe Colomb, président de l’association, nous explique le travail de l’Ardhis auprès des étrange.è.r.e.s LGBT et des couples binationaux.

Pourquoi un tea-dance de l’Ardhis?
L’Ardhis est une association qui s’occupe de situations souvent douloureuses et graves de personnes étrangères qui souhaitent simplement vivre tranquillement leur sexualité ou leur identité de genre en France et font face à de terribles difficultés. Il est donc aussi important de nous offrir un grand moment de convivialité et de montrer aux personnes que nous accompagnons que la France ne se résume pas à un pays de policiers et de fonctionnaires tatillons. Nous sommes une association de solidarité et nous espérons que ce tea-dance sera un beau moment de fraternité et de partage entre les membres de l’Ardhis et tous ceux et toutes celles qui sont sensibles à nos combats.

Vous lancez une souscription pour cette soirée. Qu’en attendez-vous?
Plusieurs choses : d’abord, cette souscription va permettre à celles et à ceux qui le souhaitent de montrer concrètement leur solidarité en finançant les entrées à tea-dance pour une centaine de nos membres. Les étrangers que nous suivons n’ont pas souvent pas les moyens de sortir dans les lieux LGBT alors que nous savons bien que c’est un élément important dans la construction de son identité et dans l’accomplissement de sa sexualité ou de son identité de genre. Ensuite, cette souscription permettra de renforcer l’action de l’Ardhis qui reste une association composée uniquement de bénévoles et sans beaucoup de moyens matériels. Au passage, je souhaite mentionner le soutien que Centre LGBT et de la Mairie du 10e arrondissement, qui nous permettent d’avoir des lieux pour recevoir décemment les personnes que nous accompagnons. Mais nous devons faire face à une très forte augmentation des demandes d’accompagnement aussi bien de demandeurs d’asile que de couple binationaux et nous devons trouver les moyens de continuer à accueillir tous ceux et toutes celles qui pensent avoir besoin de nous.

Comment évolue la situation des étrangers et demandeurs d’asile LGBT. Leur situation s’est-elle améliorée depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir? Globalement, la situation des personnes étrangères qui souhaitent s’établir en France, LGBT ou non, se détériore depuis des années.

Le changement de majorité n’a pas apporté les grands changements que les associations et les ONG attendaient et le discours public général reste toujours aussi hostile à l’accueil de celles et de ceux qui ont pourtant fui leur pays parce que leur vie y était insupportable.

Mais, par ailleurs, il faut reconnaitre que grâce aux décisions prises au niveau de l’Union européenne, la «vulnérabilité» est devenu un sujet de préoccupation des États et que la France avance sur ce sujet. En fait, il s’agit de l’idée que certain.e.s étranger.e.s doivent faire l’objet d’un traitement administratif et policier plus attentif du fait de leur «vulnérabilité» structurelle et sociale. Concrètement, on parle ici des femmes (notamment celles qui ont été victimes de violences sexuelles ou de trafic d’êtres humains), des enfants et des personnes LGBT. Tout n’est pas encore parfait, mais il me semble qu’il y a une vraie réflexion qui est engagée et qui, je l’espère, aboutira à des changements concrets, notamment dans la façon dont les questions en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre sont abordées par les fonctionnaires.

Dernière question: pourquoi faut-il aider l’Ardhis? Il ne faut pas aider l’Ardhis pour aider l’Ardhis. Il faut surtout aider les étrangers qui vivent une terrible déception lorsqu’ils et elles découvrent qu’ils et elles ne sont pas les bienvenu.e.s au «pays des droits de l’Homme». Dans un monde idéal, l’Ardhis n’existerait pas. Mais dans la situation actuelle, il faut nous aider parce qu’en 15 ans nous avons acquis une expertise sans doute unique sur la façon de faire valoir les droits d’une personne LGBT qui demande l’asile en France ou d’un couple binational qui souhaite simplement voir reconnaître son lien et assurer la sécurité des deux partenaires. Face à des dispositions légales et administratives de plus en plus complexes et difficiles à saisir, nous pensons que nous avons encore une mission à accomplir et nous avons besoin de beaucoup de soutien pour pouvoir continuer!

Melting Tea de l’Ardhis, dimanche 28 septembre 2014, à partir de 18 heures (et jusqu’à 23 heures), au Tango, 11 rue Au Maire, 75003 Paris.