«Et puis le mariage pour tous!» Six mots, pas un de plus, c’est tout ce que le Président s’est autorisé à prononcer pour évoquer ce qui reste (et restera) comme une des mesures les plus marquantes de son quinquennat: l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe (aux gays, aux lesbiennes et aux bi.e.s, quoi).

C’est lors de sa quatrième conférence de presse, sous les ors de la salles des fêtes du Palais de l’Élysée, et devant un parterre de 350 journalistes, que le chef de l’Etat, après avoir parlé de la loi sur l’égalité hommes-femmes, a prononcé ces six mots: «Et puis le mariage pour tous». François Hollande aurait-il le réformisme honteux? Il est en tout cas (ou les conseillers qui préparent ses discours) incapable de reconnaître l’impact de cette réforme sur la société.

Passage obligé de tout discours présidentiel à la sauce hollandaise, l’anaphore (on se souvient du «Moi Président» prononcé 15 fois, lors du débat d’entre deux tours en 2012 qui avait laissé coi Nicolas Sarkozy). Pourquoi François Hollande, qui a à nouveau eu recours hier à cette technique (il a répété à sept reprises les formules «pas facile de…», puis «c’est dur…») n’a-t-il pas cru bon d’y inclure, entre la dépense publique et la réforme territoriale une allusion au combat contre les forces homophobes?

PARALLÈLE AVEC JOSPIN
Ce qui est troublant, c’est qu’à 15 ans d’intervalle, les mêmes comportements se reproduisent. L’un des grands reproches que la communauté gay a pu faire au début des années 2000 à Lionel Jospin, c’est de ne pas avoir suffisamment défendu le pacs. Depuis 2012, François Hollande n’a jamais su trouver les mots forts et justes pour expliquer le sens de cette réforme, sa portée, le symbole aussi qu’elle portait.

Attendue depuis des années par la communauté gay et lesbienne, portée par les associations, soutenue par une majorité toujours plus importante de Français.e.s dans les sondages, l’ouverture du mariage était devenue l’emblématique numéro 31 dans sa liste de 60 engagements (dont beaucoup n’ont pas été tenus). Entre son élection comme Président et la promulgation de la loi, il s’est passé à peine plus d’un an. Très bien. Mais ces quelques mois ont été parmi les plus éprouvants pour les LGBT, non seulement en raison du renoncement de la majorité à aller jusqu’au bout de l’égalité (exit la PMA et les droits des trans’ promis par Najat Vallaud Belkacem avant les élections) mais aussi à cause du déchaînement homophobe sous la bannière de la «Manif pour tous». Des centaines de milliers de personnes ont manifesté à plusieurs reprises contre l’égalité des droits et pour défendre un modèle familial et sociétal d’arrière garde.

François Hollande a tenu. C’est suffisamment rare depuis deux ans pour être souligné. Les hollandophiles (oui je sais, il ne doit plus en rester beaucoup) pourraient nous rétorquer que c’était là l’essentiel et que la loi est passée. Mais à aucun moment en deux ans, François Hollande n’a pris le temps de donner son appréciation sur cette loi. Il suffit d’écouter les mots prononcés en 2012 par Barack Obama en faveur du mariage pour apprécier quelle portée la parole présidentielle peut avoir. S’il ne l’a pas fait, est-ce comme l’écrit son ex-compagne Valérie Trierweiler dans Merci pour ce moment parce que «François n’a jamais compris, sinon de manière théorique, la portée de cette réforme emblématique de la gauche»?

PERTES ET PROFITS
On peut essayer une explication: le pouvoir n’ira pas plus loin sur les réformes relatives aux LGBT. L’ouverture de la PMA aux couples de femmes? Maintes fois repoussé, le projet n’a aucune chance de passer. Les droits des trans’? On n’en parle même plus, ils sont passés par pertes et profits. La lutte contre l’homophobie à l’école?  Elle se fait de plus en plus discrète.

On pourrait multiplier les exemples de renoncement… Alors, François Hollande préfère sans doute ne pas se pousser du col sur une réforme pourtant emblématique de la gauche au pouvoir. Au risque, devenu réalité, que les gays et les lesbiennes ne portent même plus cette loi à son crédit.

Au Moyen Âge, certains alchimistes rêvaient de changer le plomb en or. Dommage que François Hollande, en ne revendiquant pas haut et fort la loi sur l’ouverture du mariage, ait réussi à faire exactement l’inverse.

Photo Présidence de la République