Au terme de 90 numéros publiés au cours des huit dernières années, le magazine gratuit Wank, spécialisé dans le porno gay, cesse de paraître, annonce l’équipe de la publication sur la page Facebook du magazine. «L’édition du magazine se heurte à la contraction du marché publicitaire, qui s’accentuera incontestablement dans le domaine du X dans un futur proche», expliquent les membres de l’équipe. «C’est la fin de l’ancien modèle économique», résume pour Yagg le directeur de publication et gérant de Wank, Franck Desbordes.

DÉJÀ VU
Il y a huit ans, l’équipe du magazine recevait entre 20 et 30 DVD chaque mois, chacun d’entre d’eux contenant des photos en très haute résolution en vue d’une publication papier. «Aujourd’hui, on n’en reçoit pas plus de cinq», déplore Franck Desbordes. Pour faire des marges, les grands studios – dont le nombre diminue à chaque fusion – se tournent vers la VOD et la production de scènes indépendantes. Des contenus exclusivement disponibles en ligne mais dont la durée de vie n’excède pas quelques semaines, puisqu’ils sont rapidement remplacés. L’élaboration d’un mensuel, qui s’étale sur plusieurs semaines, n’est pas compatible avec un tel rythme.

Pour produire toujours plus, les studios américains ont renoncé à la créativité et font du «copié-collé», tance Franck Desbordes. On retrouve d’un film à l’autre «les mêmes acteurs, les mêmes décors et les mêmes scènes». Les studios français ont de leur côté ralenti la cadence de production et distribuent dans leurs catalogues des scènes produites ailleurs. «Mais on les a déjà vues», fait remarquer le directeur de publication de Wank. Les nouveaux modes de consommation du X gay ont donc eu raison du magazine.

BONNE SANTÉ ÉCONOMIQUE
Profondément concerné par les questions de prévention, Franck Desbordes – par ailleurs président du 190 – regrette que la culture du sexe sans préservatif l’ait emporté dans les productions. «L’invisibilité de la capote aura des effets sur la santé publique», prédit-il. Il est toutefois moins alarmiste concernant la santé économique de son entreprise. Le site web, e-Wank, survivra au magazine. L’équipe pourra en outre se concentrer sur un autre projet phare, Agenda Q, «qui fonctionne très bien», ajoute le gérant. Son équipe travaille par ailleurs «au développement de produits touristiques gay-friendly», indique Franck Desbordes.

L’arrêt de Wank intervient alors que le titre est «encore à l’équilibre» financier et «à l’apogée de sa qualité», précise le communiqué. Une seule personne, jusqu’ici employée à temps partiel, a été licenciée mais Franck Desbordes précise qu’elle a déjà trouvé un contrat à temps complet dans une autre entreprise.