«Bonjour j’appelle bien au numéro de Lydia Lunch?» «Vous y êtes bien, bonjour!» A peine a-t-elle décroché, que Lydia Lunch vous râpe délicieusement les oreilles de sa voix si reconnaissable. Tout juste arrivée de New York, on l’imagine volontiers en train de profiter d’une cigarette bien méritée sous le soleil parisien. Avec une bonne humeur communicative, l’artiste revient sur le spectacle K-Barré Apoca-Lipstick de Barbara Mavro Thalassitis dans lequel elle jouera demain soir dans le cadre du festival Jerk Off au Cabaret Sauvage. Entre coups de gueule et divagations mystiques, Lydia Lunch s’énerve et se marre coup sur coup, vous donne du darling de temps en temps, et vous embarque dans sa folie furieuse…

En quoi consiste ce K-Barré Apoca-Lipstick? Il s’agit d’expression féminines de ce qui ne va pas dans le monde et de nouvelles façons de l’exprimer. Ça se base en partie sur mon travail de spoken-word. La chorégraphie est assez unique car elle mélange beaucoup de genres différents, ce n’est pas une chorégraphie classique ou un spectacle de danse. Le résultat est assez inédit. Je n’ai jamais fait de cabaret comme ça, à la base j’ai juste autorisé Barbara à utiliser de la musique et je ne savais pas qu’elle voulait vraiment m’impliquer. C’est une mise en pratique particulièrement intéressante d’un éventail d’énergies de femmes. Je crois que c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans ce cabaret, qui parle de différentes formes d’oppressions. Chaque scénario est différent. Je vais faire différentes sortes de spoken-word, y compris des chansons. Je trouve ça génial car ce sont des femmes complétement inhabituelles, qui poussent les limites de la nudité et s’adressent de différentes manières aux sexes. Nous verrons ce qui se passera demain soir! Ce que je fais pendant le spectacle correspond assez à ce que je fais d’habitude mais dans ce contexte, c’est très différent. Et le travail avec ces femmes, avec Barbara, est fantastique. J’ai hâte d’y être. C’est drôle, ça fait peur, c’est beau, c’est absurde… C’est un putain de spectacle, vous n’avez qu’à venir le voir!

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Comment vous sentez-vous quand vous êtes sur scène? Puissante. Complètement puissante. Et je ne parle pas que pour moi, je pense à la grande énigme universelle, une question que tous les hommes et toutes les femmes subissent de toutes les manières. Un climat de prison maintenu par un complot capitaliste qui n’en a rien à foutre de l’individu. Ainsi va le monde, et ça ne s’améliore pas, on le voit bien. C’est toujours la même chose, ça a toujours été comme ça. Et nous avons de plus en plus d’informations pour voir à quel point ça va mal. Et malgré ça, nous devons créer, nous devons utiliser l’art comme un moyen de retourner le couteau dans cette blessure universelle, nous devons prendre du plaisir car là c’est notre ultime revanche. Et je suis très sérieuse.

Vous croyez que les mots, les chansons peuvent aider à améliorer les choses? Non non non non!!! On peut pas changer le monde, on ne peut que changer les individus! Je ne suis pas là pour changer ce putain de monde, j’adore qu’il aille de cette manière. Je vis déjà l’apocalypse en ce moment. C’est ce qui arrive quand les hommes dirigent la planète. C’est tout à fait prévisible. Est-ce que je peux changer ça? Non, je ne suis qu’une femme avec une grande gueule. Changer le monde, c’est bien au-delà de ce que moi, ou n’importe quel artiste ou mouvement, peut faire. On doit juste lâcher prise. Et moi de mon côté, je vais bien profiter de l’apocalypse, darling!

C’est pour bientôt, à votre avis? Je pense que c’est infini, permanent, que ça arrive de façon chronique. Notre planète est unique dans l’univers, rien ne dure éternellement. C’est pour ça que chaque seconde est importante. C’est pour cela que nous devons avoir du respect pour la vie et embrasser nos amis, créer et nous amuser. La tortue de mer vit plus longtemps qu’un être humain. C’est un fait. Et j’en ris déjà car tout ça m’amuse. Il le faut, ou bien tout cela est pitoyable!

Vous résidez régulièrement en Espagne, et avez sûrement su que le droit à l’avortement a été menacé dernièrement. Cela vous met en colère de voir que les droits des femmes soient encore si fragiles au 21e siècle? C’est ridicule, je crois que nous devons pratiquer une stérilisation de masse, je ne crois pas que quiconque doive tomber enceinte par accident. Il faudrait une meilleure contraception, la base des droits des femmes est qu’elles doivent avoir la possibilité de faire ce qu’elles veulent de leur corps. Nous avons déjà gagné cette bataille auparavant. Ce sont les femmes qui doivent décider. Tout cela est absurde, on se bat pour quelque chose pour lequel on s’est déjà battues. Et il faut continuer à se battre.

Quel est votre avis sur l’hypersexualisation de beaucoup de pop-stars féminines aujourd’hui? Oh oui, Beyoncé, Madonna, Britney Spears, Miley Cyrus… Je trouve ça pathétique! Je crois que c’est de la pop-pornification qui trouve encore des prostituées pour aider les proxénètes! Elles ne font rien évoluer pour les femmes, elles jouent le jeu! Enfilez un pantalon, mesdames! Ce qu’elles font ne sert à rien, car elles sont loin d’être aussi sexuelles qu’elles le disent. Elles prétendent être ce qu’elles ne sont pas et pourquoi? Elles vendent des disques atroces, elles n’ont aucun intérêt, font de la dance à chier. Pitié arrêtez! Arrêtez! C’est pathétique!

Les médias vous décrivent souvent comme une icône punk. Ça vous plait cette qualification? Je crois qu’ils sont surtout très paresseux de dire ça, putain! Parce que d’abord je n’ai jamais fait de punk-rock. Mon attitude est punk. Mon look est punk. Mais je n’ai jamais joué une note de musique punk rock. Je suis une artiste de no-wave, ce qui a bien plus à voir avec le surréalisme. Je suis une artiste conceptuelle, et me réduire au punk qui est pour moi une mode basée sur de la mauvaise musique à peine politique le temps de cinq minutes, c’est ridicule! Mais ils peuvent dire ce qu’ils veulent, puisqu’en fait, je me fous complètement de ce que les médias disent sur moi ou sur ce que je fais. Je fais ça depuis trente-six ans, je suis plus comme la Nostradamus de la no-wave, selon mes termes. Une artiste de la confrontation. Me réduire à une icône punk, c’est un fantasme d’ado. Googlez-moi, bitches! Je me fous complètement de ce qu’on dit! Au départ, le but du punk en Angleterre, c’était une protestation politique, mais le problème du punk, c’est que c’est devenu un mouvement et qu’au bout d’un moment, tout le monde se ressemblait. Tous les groupes sonnaient pareil. C’est ça la différence avec la no-wave. Quand on parle de no-wave, on ne sait pas ce que ça signifie, parce que tous les groupes sonnent différemment et ont l’air différent. Ça veut dire que ce n’est pas pour faire plaisir au public, c’est dissonant, c’est une folie individuelle, pas une folie politique, et honnêtement c’est la différence entre moi et le punk.

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Réservez vos places pour K-barré Apoca-Lipstick, le 17 septembre au Cabaret Sauvage de Paris.

Photo Floriana (Lydia Lunch) / Hichem Dahes (K-Barré Apoca-Lipstick)