Lancé en juillet, le site Gynandco est une liste blanche de soignant.e.s pratiquant des actes gynécologiques (gynécologues, mais aussi médecins généralistes ou sages femmes) qui respectent les lesbiennes, les bisexuelles et les personnes trans’. Grâce à cet outil – toujours en construction –, l’équipe de Gynandco entend défendre le droit à une prise en charge de qualité et non discriminatoire pour tou.t.e.s, et faciliter l’accès à ce droit: «Nous avons choisi de promouvoir l’accès à un.e soignant.e qui respecte le/la patient.e, et non pas de dénoncer ceux et celles qui abusent de leurs pouvoir et savoir médical.» À ce jour, plus de 160 professionnel.le.s ont été recensé.e.s sur le site (le module de recherche est en cours d’amélioration).

QUAND LES GYNÉCOLOGUES IMPOSENT UN JUGEMENT SUR LEURS PATIENTES
L’idée couve depuis longtemps et répond à un vrai besoin, comme l’explique à Yagg l’équipe qui gère Gynandco: «Nous entendons autour de nous de nombreuses personnes qui se plaignent d’expériences malheureuses avec leur soignant.e lors de consultations gynécologiques. Le cabinet gynécologique est un endroit où nous nous retrouvons en position de vulnérabilité: on doit se dénuder, écarter les jambes avec les pieds dans les étriers, éventuellement subir un toucher vaginal. Mais c’est surtout l’endroit où se posent des questions centrales concernant nos sexualités (IST, contraception, IVG, procréation).

«Et dans ce contexte, un nombre encore trop important de soignant.e.s imposent un discours moralisateur et rétrograde, se permettant de juger la sexualité d’une personne, de refuser de poser un stérilet sous prétexte que la patiente est nullipare ou a de nombreux partenaires, d’imposer un type de contraception ou un examen gynécologique non justifié.»

Sans oublier que la plupart du temps, personne n’a connaissance de ces abus: «Si certain.e.s témoignent, comme le montre le témoignage publié sur Yagg, la plupart du temps ces situations de maltraitance sont mises sous silence par honte ou parce que les personnes pensent que celles ci sont “normales”.»

UNE LISTE ÉVOLUTIVE FONDÉE SUR LES RETOURS DES PATIENT.E.S
La réflexion autour d’un moyen de recenser les praticien.ne.s friendly a débuté en novembre 2013: «Nous avons contacté l’association Santé Active et Solidaire à Toulouse qui nous a donné des conseils car elle avait déjà mis en place une liste blanche de soignant.e.s du même type. Nous sommes aujourd’hui cinq membres actifs/ves gérant le site, mais nous échangeons avec d’autres personnes qui ont initialement soutenu cette initiative.»

Le projet de Gynandco est participatif et évolutif. En effet, l’équipe a choisi de travailler à partir des recommandations des patient.e.s. Grâce à un questionnaire en ligne, chacun.e peut faire part de son expérience avec un.e professionnel.le de santé afin qu’il ou elle soit présent.e sur le site. Les questionnaires sont traités par l’équipe qui juge en fonction des réponses et des commentaires s’il/elle sera ajouté.e à la liste blanche: «Si oui, nous retransmettons les informations données, à la fois objectives (prix, accessibilité, etc.) et subjectives (lesbian-friendly, pluripartenariat friendly, etc.)».

Après publication, les patient.e.s ayant eu affaire aux soignant.e.s peuvent commenter les fiches de contact à partir de leur expérience: «Dans le cas où une mauvaise expérience avec un.e soignant.e mis.e sur le site nous est rapportée, nous enlevons le/la soignant.e du site».

Enfin, Gynandco revendique et affirme certains partis pris sur la façon dont les médecins sont ajouté.e.s: «Après mûre délibération nous avons décidé de publier le nom des professionnel.le.s de santé sur le site sans demander leur accord, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, notre démarche s’inscrit dans la promotion du droit des patient.e.s, et non dans une volonté de publicité. Légalement un médecin ou une association n’a pas le droit d’en faire et nous ne sommes ni l’un, ni l’autre. Les soignant.e.s ne peuvent donc pas demander à s’intégrer sur la liste. D’autre part, notre liste est positive, elle met en avant les noms de professionnel.le. s de santé que des patient.e.s ont recommandé.e.s, nous avons donc supposé qu’aucun.e professionnel.le. de santé n’y verrait d’inconvénient! Dans le cas contraire, nous réfléchirons à enlever son nom de la liste. Pour l’instant nous n’avons eu que des retours positifs des soignant.e.s qui ont vu leur nom sur le site.»

«LESBIENNES ET TRANS’, NIEES ET DISCRIMINEES PAR LE CORPS MÉDICAL»
Alors qu’il existe un annuaire des médecins gay-friendly, pourquoi la santé des lesbiennes, des bisexuelles et des personnes trans’ ne bénéficie-t-elle qu’aujourd’hui d’un recensement des professionnel.le.s de santé friendly? «Les luttes gays sont, encore aujourd’hui, bien plus visibles que les autres, expliquent l’équipe de Gynandco.

«La sexualité des lesbiennes est invisible, empreinte de tabou et de non-dits, et celle des trans’ l’est encore plus. Et le problème revient souvent au sein des luttes LGBTI: les mecs en premier, puis les lesbiennes, puis les trans’!

«Les lesbiennes et les trans’ sont des populations encore majoritairement négligées, voire carrément niées ou discriminées par le corps médical et par la société en général. Cela découle malheureusement du fait que nous vivons dans une société ou l’hétérosexualité est la norme et qui rejette toutes les personnes qui dérogent à cette norme, notamment les lesbiennes, les personnes trans’ ou intersexes.»

En outre, il semble que certaines certitudes autour du corps médical perdurent: «Notre société est marquée par la croyance selon laquelle la médecine est forcément neutre, bienveillante et altruiste. Le pouvoir symbolique de cette branche professionnelle ne laisse pas (encore) beaucoup de place aux débats et la prise en compte du ressentis de tou.t.e.s. Si une telle liste n’a pas été mise en place auparavant, c’est surtout par peur de se retrouver dans l’illégalité en faisant de la publicité à certains médecins. Mais réaliser une liste blanche, ce qui ne serait pas le cas d’une liste noire, est parfaitement légal à partir du moment où elle n’est pas réalisée par des médecins, entreprises, ou associations.»

LESBIAN, BIE ET TRANS-FRIENDLY… MAIS PAS SEULEMENT
Gynandco ne se contente pas de rassembler les coordonnées de soignant.e.s respectueux/ses de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre des patient.e.s et cherche aussi à recenser ceux et celles qui n’imposeront pas un jugement moral à l’encontre de certains groupes de personnes: «Outre les difficultés qui s’imposent aux femmes bies ou lesbiennes et aux trans’, l’accès à une prise en charge de qualité est plus compliqué pour les personnes migrantes, bénéficiaires de la Couverture maladie universelle (CMU) ou de l’Aide médicale de l’État (AME), racisées, travailleurs/euses du sexe, séropositives, les femmes portant le foulard, etc.

«On s’aperçoit notamment que les femmes handicapées ne sont pas perçues comme des femmes à part entière, ayant une sexualité et confronté.e.s aux mêmes besoins (contraception, maternité, accès à l’IVG) ainsi qu’aux mêmes problèmes de santé (IST, cancers du sein ou de l’utérus).

«La plupart des cabinets de gynécologie ne sont pas aménagés pour les recevoir et, plus choquant encore, beaucoup de soignant.e.s les ignorent ou ne les considèrent pas comme des patient.e.s comme les autres.

«Par ailleurs, il y aussi un fort contrôle des corps des femmes dans notre société, qui doivent correspondre aux canons en vigueur. Les femmes en surpoids sont confrontées à des commentaires moralisants et hors de propos de la part de médecins.

«Elles se sentent souvent très mal à l’aise notamment dans le cadre de la consultation gynécologique où il faut se dénuder, même partiellement et il est donc indispensable de leur proposer une liste de soignant.e.s qui vont les accueillir sans aucun jugement et avec une attitude bienveillante.»

Appel à témoignages: Vous aussi avez connu d’improbables expériences avec un.e gynécologue? Racontez votre histoire à Maëlle (maelle.lecorre@yagg.com) ou Julien (julien.massillon@yagg.com).

Photo Jennifer Morrow