L’interview du directeur général de la Fédération française de natation (FFN), Louis-Frédéric Doyez (au centre sur la photo), au site Sports et Société dans laquelle il donnait son avis sur le coming-out chez les sportifs a créé la polémique courant août. Parmi les réactions, celles de la blogueuse Gi Aldri Opp et du sociologue Philippe Liotard, qui ont souligné le problème que pose le positionnement de la FFN. Après ces déclarations, une rencontre a été organisée jeudi 4 septembre entre Louis-Frédéric Doyez d’une part et Christelle Foucault, présidente de la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL)  et Alain Périé, co-directeur des sports de Paris 2018,  d’autre part. L’occasion pour le premier de s’expliquer, mais aussi tenter de comprendre pourquoi ses propos ont été si mal accueillis par la communauté LGBT, et pour la FSGL de lancer des pistes de travail sur la lutte contre l’homophobie dans le sport auprès de la FFN.

En introduction, Louis-Frédéric Doyez est revenu sur les réactions à ses propos: «Comme cela a suscité des réponses et des commentaires, qui n’allaient pas vraiment dans le sens de ce que je croyais avoir dit ou dans le message que je voulais délivrer, je me suis dit qu’il valait mieux voir s’il fallait intervenir ou non, ou bien laisser dire. Je ne connais pas le sujet, du moins pas suffisamment, reconnaît-il humblement. Quand on présente le sport comme homophobe, personnellement je n’ai jamais senti quand j’ai pratiqué la natation ou le waterpolo qu’il y avait une homophobie très forte et qu’il fallait la combattre. Ma réponse au journaliste de Sports et Société était d’une part de dire ne mettons pas l’opprobre sur le sport. D’autre part, j’aimerais bien que Ian Thorpe n’ait pas à revendiquer le fait qu’il est homosexuel.» Il affirme par ailleurs que la lutte contre l’homophobie n’est pas un sujet facile à traiter:

«Ce sont des sujets que l’on ne maîtrise pas bien, et nous avons la même chose avec la féminisation, avec le développement durable, avec toutes les questions sociétales sur lesquelles il y a des positionnements forts à avoir, sur lesquelles on demande aussi au sport d’avoir toutes les vertus et de corriger tous les défauts qu’il y aurait dans la société. L’existence d’organismes comme la FSGL sont à l’évidence nécessaires et légitimes pour nous aider, parce qu’il y a des sensibilités, des expériences et des connaissances que l’on n’a pas.»

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UN PROBLÈME INVISIBLE?
La présidente de la FSGL et le co-directeur des sports de Paris 2018 ont alors tenté d’expliquer pourquoi le coming-out a une valeur et un poids dans une société qui, même si elle a adopté le mariage pour tous, n’est pas épargnée par l’homophobie dans de nombreux domaines. «Quand on est jeune, la peur du regard des autres peut être difficile à supporter, a souligné Alain Périé. Les adolescent.e.s n’ont pas toujours la maturité et la force de dire qu’ils/elles sont homos, de s’affirmer. Aujourd’hui, à partir de 18 ans, c’est plus facile, mais chez les ados, cela peut être compliqué, voire une source de souffrance. Il faut savoir que le taux de suicide chez les jeunes LGBT est largement plus élevé que chez les hétéros, c’est une réalité valable dans le monde, aussi bien qu’en France. Pour lutter contre cela, on peut commencer par communiquer dans les clubs, diffuser des messages comme la brochure conçue par la FSGL et SOS homophobie avec des affiches, des vidéos.»

«C’est aussi pour ça que le coming-out de Ian Thorpe est important, a renchéri Christelle Foucault, il est une figure emblématique de la natation, un grand champion, mais qui a souffert de graves problèmes personnels liées à la dépression. On peut se dire qu’il a quand même mené une double vie: d’un côté, je donne le change avec ma fédé, mes partenaires financiers, mes sponsors, avec une vie pseudo normale, et dans l’intimité, je vis une autre vie, qui n’a rien à voir avec ce que les gens s’imaginent.» Pour la présidente de la FSGL, le coming-out est loin d’être un acte anodin, ou même destiné à exhiber sa vie intime: «C’est super important qu’un gamin s’identifie à un athlète olympique. Et aujourd’hui, il n’y a pas tellement d’exemples de sportifs ou de sportives ouvertement homos. Le fait que des footballeurs, des basketteurs, le gardent pour eux, ça n’aide pas à faire avancer la machine.»

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Les deux parties se sont accordées sur la nécessité d’assurer les jeunes du soutien de la Fédération, mais aussi sur le fait qu’elle doit donner aux entraîneurs/euses et aux dirigeant.e.s les outils pour qu’eux/elles aussi soient en mesure d’adopter les bons réflexes dans les clubs et les associations. Pour appuyer son propos Christelle Foucault a donné plusieurs exemples de clubs sportifs qui ont minimisé des affaires d’homophobie, causant au final l’exclusion de la victime et non celle de l’agresseur, comme ce fut le cas pour le footballeur Yoann Lemaire. «Pour moi, ce genre d’histoires, c’est impossible, a commenté Louis-Frédéric Doyez comme abasourdi. Je n’arrive pas à y croire! J’avais le sentiment que certains caps étaient passés. Je n’ai personnellement pas vécu l’âpreté et la hargne dans la rue l’an dernier, mais j’avais le sentiment, je l’ai encore, mais vous m’avez fait un peu redescendre sur terre, qu’il y a eu des périodes un peu charnières, comme l’élection de Bertrand Delanoë. Très naïvement et sincèrement, je voulais dire qu’il n’y a pas de problèmes. Visiblement, il y en a un, alors il faut le régler.»

Alain Périé et Christelle Foucault ont aussi saisi cette rencontre comme une opportunité d’obtenir le soutien de la FFN en vue des Gay Games qui auront lieu à Paris en 2018 et de communiquer autour du Tournoi International de Paris, organisé chaque année depuis dix ans. Une façon de réunir des clubs et des associations sportives, LGBT ou non, français et étrangers, pour échanger et faire tomber les préjugés. Et si les athlètes de la FFN étaient amené.e.s à soutenir Paris 2018, par exemple à travers un message vidéo, mais aussi à participer à cette grande compétition internationale? Louis-Frédéric Doyez semble très emballé par cette possibilité, et devrait faire part de l’idée très prochainement aux athlètes de haut-niveau de la FFN.

Photo Maëlle Le Corre