Une résolution sur la protection de la famille, présentée par l’Égypte et la Sierra Leone, a été adoptée hier par Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies à 26 voix contre 14, avec 6 abstentions (photo). Elle provoque cependant l’inquiétude chez les militant.e.s LGBT puisque le texte ne prend pas du tout en compte la diversité des modèles familiaux, et exclut donc toute reconnaissance des familles homoparentales ou monoparentales.

DES PAYS FAROUCHEMENT OPPOSÉS À L’HOMOPARENTALITÉ
Si un amendement a été présenté par l’Uruguay pour inclure la diversité, amendement soutenu par le Chili, l’Irlande et la France, la Russie a alors déposé une motion de non-action. Cette mesure permet à un pays de couper court au débat pour passer directement à un vote. L’amendement qui aurait permis de reconnaître toutes les formes de famille a donc été soumis au suffrage et rejeté par 22 voix contre 20 et quatre abstentions. Un autre amendement a aussi été présenté par l’Arabie Saoudite et le Pakistan, visant cette fois-ci à inscrire une définition du mariage comme étant l’union d’un homme et d’une femme. Il a finalement été retiré. Le Royaume-Uni a alors fait savoir qu’il ne pourrait pas soutenir une résolution qui n’engloberait pas la diversité des familles: «J’ignore comment ceux et celles qui ont voté contre le langage de la diversité peuvent regarder un enfant dans les yeux et lui dire que, parce qu’il ne vient pas d’un modèle de famille imposé, il ne vient pas d’une vraie famille», a argumenté le représentant britannique.

RÉACTIONS
Pour les groupes traditionnalistes, ce vote est une très bonne nouvelle, de même que le rejet de l’amendement de l’Uruguay: «La défaite de formes diverses de famille démontre que l’ONU est las de ce genre de débats, a déclaré Austin Ruse, du Catholic Family and Human Rights Institute, une organisation qui milite pour la «structure naturelle de la famille». La plupart des États membres souhaitent passer à des questions qui concernent le monde entier, et pas que les élites du Nord.» Pour Ulrike Lunacek, co-présidente de l’Intergroupe pour les droits LGBT au Parlement européen, l’utilisation de la motion de non-action «est une manœuvre indigne»: «Je suis choquée par la tactique utilisée par la Russie et les 21 autres gouvernement pour éviter la discussion sur la diversité des formes familiales. (…) Faire référence à la famille sans reconnaître l’existence de plusieurs types de familles, c’est détourner le regard de la réalité où nous trouvons des famille de toutes formes.» Sans oublier que la Russie prévoit de passer une autre résolution lors de la session de septembre prochain, cette fois-ci concernant les «valeurs traditionnelles».

Pays qui ont voté en faveur de la résolution sur la protection de la famille: l’Algérie, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, la Chine, le Congo, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Gabon, l’Inde, l’Indonésie, le Kazakhstan, le Kenya, le Koweit, les Maldives, le Maroc, la Namibie, le Pakistan, les Philippines, la Russie, l’Arabie Saoudite, la Sierra Leone, l’Afrique du Sud, les Emirats Arabes Unis, le Venezuela et le Viet-Nam.

Pays qui ont voté contre la résolution sur la protection de la famille: l’Autriche, le Chili, la République tchèque, l’Estonie, la France, l’Allemagne, l’Irelande, l’Italie, le Japon, le Montenegro, la Corée du Sud, la Roumanie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

L’Argentine, le Brésil, le Costa Rica, le Mexique, le Pérou et la Macédoine se sont abstenu.e.s. Cuba n’a pas voté.

Photo John Fisher