Chère Adèle,
Je me permets de te tutoyer parce que nous nous sommes croisées en soirée et que je n’ai pas l’habitude de vouvoyer les personnes à côté desquelles j’ai dansé.

Je voudrais tout d’abord te féliciter pour ton coming-out. Ce n’est jamais simple, même si cela devrait l’être. Alors certes tu ne l’as pas fait à la Ellen Page, avec un discours de plusieurs minutes, mais ton «Céline, parce que je l’aime» était touchant par ce qu’il impliquait et par sa sincérité.

Dans Têtu, tu dis que c’est politique. Tu as raison, tout est politique, a fortiori un coming-out à la télévision devant des millions de personnes. Tu t’étonnes aussi, sans vraiment le regretter, que personne ne t’aie entendue. Il faut reconnaître que même la Yagg Team était divisée sur le sens à donner à tes propos. Pour certain.e.s d’entre nous, le coming-out était évident, pour d’autres pas du tout: «Céline, ça peut être sa sœur, ou sa meilleure amie. Pierre Deladonchamps a bien salué sa fille, alors pourquoi pas?» C’était en fait un coming-out pour initié.e.s, pour qui croit savoir à quelle Céline tu t’adressais. Mais cela n’a pas empêché Yagg de t’entendre, et de faire, immédiatement, une demande d’interview, pour approfondir la question. En vain, à ce jour, mais je ne désespère pas que tu changes d’avis.

Car tu dis, aussi, que tu ne veux pas être une porte-drapeau. Ce qui m’étonne, dans cette expression, c’est qu’on ne l’emploie qu’au moment des Jeux olympiques (au sens propre, alors) et de coming-outs plus ou moins médiatiques. Comme l’a écrit sur Yagg Maëlle Le Corre, il faut plus qu’une déclaration d’amour pour devenir porte-drapeau. Il faut en avoir envie, et il faut que nous, communauté LGBT, ayons envie d’être représenté.e.s par vous. Xavier Bongibault, par exemple, aurait sans doute adoré être notre porte-drapeau, mais la majorité des LGBT ne veut pas de lui.

Notre communauté est si diverse qu’une personne ne peut pas la représenter à elle seule. D’ailleurs, nous n’avons pas besoin de porte-drapeau, nous avons besoin de modèles, de coming-outs. De personnalités qui ne se cachent pas, prêtes à évoquer, même superficiellement, leur vie amoureuse. Sans états d’âme. Nous avons besoin qu’elles parlent d’elles, pas forcément qu’elles portent notre parole. Peut-être seras-tu, demain, à la Marche des Fiertés. Si c’est le cas, il y a fort à parier que des fans t’aborderont. Rassure-toi, même si l’on te tend un rainbow flag, ça ne t’engage à rien. Ça voudra juste dire que tu leur auras fait du bien.

Tu dis, enfin, que tu ne veux plus en parler. À Télérama, à Cannes, tu répondais juste, «c’est intime». C’est ton droit, bien sûr. Mais pour que ta déclaration soit politique, comme tu le souhaites, il faudra y revenir. Souvent. Tu verras, ça ne fait pas mal, bien au contraire. Fais-le pour toi. Sans t’en rendre compte, tu aideras les autres. Et là, ça deviendra politique. Même sans drapeau.

Photo Mars Distribution