Avec M comme mariage pour tous – Abécédaire de l’émancipation, le président de Homosexualités et Socialisme Denis Quinqueton revient sur le débat autour du l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe. Le responsable associatif y exprime quelques réflexions sur des sujets proches, comme la question de la PMA, des études de genre, mais évoque aussi le droit à l’indifférence, les religions, le Code civil, les émeutes de Stonewall et les figures de Magnus Hirschfeld et d’Alan Turing. Autant de thèmes liés, selon lui, à une valeur que la gauche doit promouvoir et mettre en œuvre: l’émancipation des individus.

Quel est le message que vous avez souhaité faire passer avec ce livre? J’y ai mis des choses qui ont été un peu effacées des débats. Ce livre me permet de parler à mes camarades socialistes et aux sympathisant.e.s, à ces personnes qui, sans marquer d’opposition au projet de loi, ont toutefois estimé qu’il était plus important de s’attaquer aux réformes économiques. Mais ouvrir le mariage et l’adoption n’est pas une mesure anecdotique. Les revendications que nous portons ne sont pas catégorielles, elles font partie d’un projet progressiste et prennent place dans une progression historique. Quand on est de gauche, on se bat pour que les individus soient en mesure de maîtriser leur vie. À première vue, l’ouverture du mariage ne concerne pas tout le monde, mais ça fait partie d’une vision de société. J’ai voulu replacer les choses dans un contexte. Et comme les débats ne sont pas achevés, qu’ils continuent sur d’autres sujets liés, ce livre n’est pas tourné vers le passé.

Vous y écrivez que des responsables politiques «en mal de lien avec la société» relaient des rumeurs infondées sur les études de genre, mais aussi que d’autres, «également en mal de lien avec la société réelle, n’osent pas les éteindre». Vous visez le gouvernement? Je ne suis pas obnubilé par le gouvernement, même si le concernant, j’ai été un peu déçu. Mais au-delà de l’exécutif, il y a de nombreuses voix à gauche qui auraient dû être vent debout contre les rumeurs. On est dans une guerre entre celles et ceux qui veulent savoir et celles et ceux qui ne veulent pas savoir. Les études de genre cherchent juste à comprendre les inégalités entre les femmes et les hommes. Ce combat ne se négocie pas, il se mène, c’est tout.

Quelle est aujourd’hui la position de HES à l’égard du gouvernement? Notre position, c’est qu’on se remet au travail pour faire partager nos convictions. On y parviendra, mais en attendant, les vies de plusieurs familles s’en trouvent compliquées et les récentes décisions sur les adoptions intrafamiliales devraient inciter à aller franchement plus loin. Pendant le débat sur le mariage, il a été dit que la PMA n’est pas une fraude, donc maintenant, il faut passer à l’étape d’après. Toutes ces réformes peuvent être assumées et on peut s’adresser aux opposant.e.s sans les craindre, en leur disant: «On va le faire.»

Manuel Valls a indiqué que rien ne sera fait pour l’ouverture de la PMA pendant cette législature. Pourtant, l’ouvrir à toutes les femmes figure dans le programme du Parti socialiste depuis 2011, comme vous l’écrivez vous-même. Quelle crédibilité aura le PS en portant à nouveau cette mesure pour la prochaine élection présidentielle? Je ne sais pas. C’est une vraie question, mais ce n’est pas la première fois qu’un engagement pris par un.e candidat.e n’est pas tenu. Quelqu’un m’a dit qu’il avait le sentiment d’être cocu avec François Hollande. Ce n’est pas mon cas. Je ne me suis pas marié avec lui et je ne suis pas dupe. Il n’y a pas de recette miracle pour que le ou la futur.e candidat.e s’affranchisse du bilan. Mais quel que soit ce bilan, je ne vais pas renoncer pour autant. Les élections et la démocratie ne se résument pas au programme présidentiel. L’Assemblée nationale, c’est presque 600 personnes, le Sénat 300, ce sont aussi des femmes et des hommes, des progrès sont possibles. De nombreux/ses député.e.s sont favorables à nos idées et tant que le mandat est en cours, il est en cours. Je ne dis pas ça pour dédouaner les socialistes, mais je ne tire pas le bilan aujourd’hui.

Avez-vous fait parvenir votre livre à François Hollande? Avez-vous eu un commentaire de sa part? Oui, la Fondation Jean Jaurès le lui a envoyé, mais non, je n’ai pas eu de retour. En revanche, nous, ça nous aide dans les discussions internes au PS, notamment parce qu’une phase de débat va s’ouvrir après les sévères défaites aux élections. Je ne crois pas que François Hollande et Manuel Valls feront de cet essai leur livre de chevet, mais au moins, cela alimentera les conversations avec les militant.e.s. Ces débats internes sont importants car le parti a l’ambition de gouverner le pays. Des valeurs comme l’émancipation restent des valeurs cardinales de la gauche et les droits des personnes LGBT s’inscrivent dans cette perspective. C’est avec des arguments que l’on gagne du terrain, pas avec des injonctions.

Dans quelques jours aura lieu la Marche des fiertés à Paris. En 2011, le char de GayLib avait été bloqué par des militant.e.s. Et il y a quelques jours, la voiture de Flag! a été prise à parti lors du défilé toulousain. Vous attendez-vous à des réactions hostiles? J’ai bien compris que des gens n’ont pas envie de nous voir défiler, mais ce ne sont pas les socialistes qui participent à la Marche qu’il faut engueuler, c’est plutôt celles et ceux qui ne viennent pas. Je reconnais que ce ne sera pas la plus rigolote de toutes celles que j’ai faites, mais je demande à chacun.e de bien réfléchir à la signification de ses actes. Cette année, nous n’aurons pas de char, mais un cortège pour marquer qu’on est dans le revendicatif plutôt que dans le festif. On s’est réjoui.e.s l’an dernier après le vote de la loi sur le mariage, mais il est temps de revendiquer les avancées suivantes. Ce n’est pas parce que des réactionnaires ont relevé la tête que l’on doit s’excuser des progrès accomplis en renonçant à des réformes qu’au fond la société attend.

Photo Xavier Héraud