À quelques jours de la marche des fiertés parisienne, une délégation de l’Inter-LGBT (de gauche à droite, Nicolas Rividi, Jérôme Beaugé, Vanessa de Castro et Clémence Zamora-Cruz) est venue répondre aux questions des internautes. Voici la retranscription des échanges.

 

Stéphane: Bonjour. Pourquoi avoir légèrement changé le trajet de la marche? Et quitte à changer pourquoi doit-on toujours passer devant Saint Nicolas du Chardonnet [l’église occupée par les intégristes, boulevard Saint Germain]?
Vanessa de Castro
: Nous voulions faire un grand podium place de la République.  Quant au trajet, il y a finalement assez peu de possibilités à Paris pour une manifestation de cette ampleur. Il faut que les boulevards soient assez larges pour la foule et les chars et il faut peu de virages.  Il nous faut 4,5 km et on avait envisagé d’autres trajets mais ce n’était pas possible.

Alex: Pourquoi ne pas avoir continué comme d’habitude? Ça marchait toujours très bien non?
VDC: Le but c’était de faire un podium plus grand sur une place plus grande. Une partie du parcours reste inchangée.

Martial: Qui finance tout cela? A-t-on des chiffres?
VDC: Toute la marche est organisée par des bénévoles.
Jérôme Beaugé: La marche est financée par l’octroi, sur le pont de Sully. Pour le podium, c’est la Région Ile-de-France qui nous verse une subvention. Certains de nos partenaires nous aident aussi, financièrement et autrement pour assurer le bon déroulement de la marche.
VDC: Un exemple: Uber nous fournit gratuitement les T-shirts pour les 250 bénévoles.

Rose: Pourquoi Tara McDonald? Conchita Wurst n’était pas libre?
VDC: Cette année, Conchita Wurst n’était pas disponible pour être marraine. Tara McDonald est très engagée depuis plusieurs années et elle était très enthousiaste.

Zoé: Est-il vrai que Samsung vous a lâchés il y a quelques jours? Si oui, avez-vous pu trouver l’argent nécessaire pour faire face à l’absence de ce sponsor?
JB: Nous n’avions pas prévu de partenariat avec Samsung pour cette année.

Julia: J’habite à Lyon, le mot d’ordre de l’Inter à Lyon était le droit à disposer de son corps, en incluant également la prostitution, la GPA … Cela a lancé le débat. Je voulais savoir quel était le message à Paris et que pensiez-vous de ce regroupement de combat?
Clémence Zamora-Cruz: Le mot d’ordre est: « Nos vies, nos corps, nos familles, des droits pour tout-e-s ». Ce mot d’ordre regroupe la revendication PMA, la revendication familles, la revendication des droits des trans’.
JB: Chaque association organisatrice est libre de choisir son propre mot d’ordre.

Enzo: Bonsoir. Comment se porte le monde Associatif LGBT en cette mi-2014?
JB: Le monde associatif se porte bien, malgré le fait que depuis la bataille du mariage pour tous, les forces militantes restent mobilisées puisque de nouveaux restent à conquérir. Toute âme militante est bienvenue dans les rangs des associations.

Lorenzo: Combien de personnes sont nécessaires pour organiser un tel événement et comment faites vous pour les trouver?
VDC
: Tout au long de l’année, les 60 associations de l’Inter-LGBT travaillent au sein de la commission Marche. Le jour J, nous avons besoin de plus de 250 bénévoles. Pour les trouver, nous lançons des appels sur des réseaux sociaux, pendant le Printemps des Assoces, en tenant des stands dans des soirées, etc. Nous avons des bénévoles qui reviennent chaque année et qui adorent se rendre utiles ce jour-là.  C’est une expérience très enrichissante. D’ailleurs, nous avons encore besoin de bénévoles. Pour s’inscrire, il faut envoyer un mail à marche@inter-lgbt.org. Après vos heures de bénévolat, vous pourrez accéder au backstage VIP.

Alex: Le fait que le parcours soit plus court cette année, est-ce un début de frein sur toutes nos actions depuis que Bertrand Delanoë est parti?
VDC
: Le parcours n’est pas plus court cette année. Ce sont les associations de l’Inter-LGBT qui ont souhaité ce parcours qui a été validé par la préfecture.

jean-rené: La mairie de Paris, va-t-elle pavoiser la façade de l’Hôtel de Ville ou marquer son attachement à la Marche des Fiertés comme d’autres villes en France voire dans le monde le font?
JB
: On espère fortement que ce type de symbole soit montré dans toutes les mairies d’arrondissement.
Nicolas Rividi: Cela avait été fait par la mairie du 3e et du 4e l’an dernier.

[ndlr: Lire aussi: Exclusif: L’Hôtel de Ville de Paris se met aux couleurs de la Marche des Fiertés]

Cath: Le gouvernement a énormément déçu les LGBT, les élus PS seront-ils les bienvenus à la marche?
NR
: Le PS ne participe pas en tant que tel à la Marche des fiertés. Si des personnalités PS veulent venir à la manifestation, ce n’est pas à l’Inter de décider qui doit venir ou qui doit être exclu.

Marie: Comment se passe la communication au sein de l’interassociative? Vous êtes de très nombreuses assoces, n’y a-t-il pas un côté armée mexicaine qui ralentirait le travail?
JB
: L’Inter-LGBT prend toujours le temps de la réflexion et du dialogue pour prendre ses décisions. Pour assurer ainsi la cohésion entre les associations.

gégé: GPA, prostitution, précarité. À force de vouloir être consensuel, l’Inter-LGBT ne perd-elle pas des forces nécessaires pour faire avancer ces sujets ?
NR: Sur la GPA et la prostitution, c’est vrai que l’Inter-LGBT n’a pas pris position.
CZC: On prend le temps de discuter pour garder une cohésion.
NR: L’Inter-LGBT n’a pas à prendre position sur ces deux sujets. Nous sommes néanmoins attachés à l’accès aux droits pour toutes et tous, à la lutte contre la traite et contre les violences de genre.

MorganeMerteuil: Bonjour, au vu des actualités récentes, notamment la pride de Lyon et l’avis publié par la CNCDH (dont l’Inter est membre), et des luttes initiées il y a déjà plus longtemps par un bon nombre d’association de défense des droits des LGBT, est-il prévu que l’Inter-LGBT prenne prochainement position sur la question des droits des travailleurSEs du sexe, et notamment sur l’enjeu, urgent, de la pénalisation des clients ? Merci.
CZC
: Nous continuons à discuter en interne sur la question de la prostitution, mais ne précipitons pas le débat.
NR: L’avis de la CNCDH reprend les problématiques évoquées dans la réponse précédente et pour lesquelles nous n’avons aucun problème.

Didier: Bravo pour le travail que vous réalisez au quotidien. Trois: questions  Doit on s’attendre à des slogans forts pendant la marche de samedi ? Qu’en est il de la situation des LGBT qui dans l’ensemble montre une certaine précarisation ? Quels sont les grands travaux sur lesquels l’Inter-LGBT planchera ces prochains mois ?
NR
: Cette année, on a décidé d’être incisif, avec des slogans déclinés en stickers et en pancartes qu’on distribuera. Comme par exemple: « Sortez ces juges de nos culottes » ou encore: « Mon corps, mon genre, ta gueule! » Sur la précarisation, on peut l’expliquer en raison des problèmes de santé et la sérophobie.
CZC: Sur la deuxième question, nous continuons à travailler sur les droits de toutes et tous pour les LGBT. Pour les trans’, nous continuons à réclamer une loi pour réduire la précarité dans laquelle se trouve un grand nombre de ces personnes.
JB: Cet été, l’Inter-LGBT va préparer ses grandes orientations pour l’année à venir, qui seront validées en Assemblée générale en septembre.

Francois H: HES est-elle la bienvenue à la marche ?
JB
: HES est une association membre de l’Inter-LGBT qui a toute sa place dans la Marche.

Visiteur: Concrètement, c’est pour quand la fin des discriminations médicales, juridiques et légales à l’égard des personnes trans? Combien de suicidé-es ou de maltraité-es faudra-t-il encore?
CZC
: Nous continuons à réclamer une loi pour lutter contre les discriminations au quotidien. Nous continuons nos discussions avec les groupes parlementaires. Certains travaillent sur la question et nous les encourageons à agir au plus vite. Une autre revendication est l’accès aux soins et que le parcours trans’ soit respecté. Et surtout que ce soit la personne trans’ qui choisisse son parcours médical.

Alexis: je suis gay, je suis handicapé sourd, et j’aime énormément la natation. J’aime nager avec un costume qui est doté d’une monopalme. Est-ce que l’Inter-LGBT peut m’aider auprès des associations comme Paris Aquatique ou AquaHomo pour que je puisse avoir le droit de nager et m’entraîner comme tout le monde? Les piscines ne me font pas confiance. Ils me conseillent tous un club.
VDC
: Vous pouvez nous envoyer un mail à contact@inter-lgbt.org et nous transmettrons aux associations compétentes.

Lise: En parlant de droits, y aura-t-il une évocation de la situation des couples interdits de mariage à cause des traités internationaux durant la marche?
NR
: Il y aura une prise de parole à la banderole en début de marche et sur le podium place de la République. Les associations pourront parler de ce sujet. Quant à la prise de parole de l’Inter-LGBT en début de marche, personne ne sera oublié. Rajoutons que c’est une revendication importante de l’Inter-LGBT.

Yagg: Le chat est maintenant terminé… Le mot de la fin à nos invités!

VDC: Rendez-vous toutes et tous à 14h samedi 28 juin, place Edmond Rostand (Luxembourg). Soyons nombreu-se-s et restons mobilisé-e-s!

VDC, NR, JB, CZC: Merci à Yagg et à tous les internautes qui ont participé à ce chat. À samedi!

Photo Xavier Héraud

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