Révélée par La Naissance des pieuvres de Céline Sciamma, puis croisée dans L’Apollonide ou Suzanne (photo), Adèle Haenel, dont le franc-parler enchante, sera à l’affiche du prochaine film de Thomas Cailley Les Combattants, dans lequel sa performance de butch s’annonce déjà jubilatoire. Au-delà de son rôle, le film lui-même remet en question les genres et les stéréotypes, comme l’explique justement Adèle Haenel dans une interview à Têtu, en kiosques aujourd’hui: «C’était au cœur du projet: c’est quoi la féminité ou la virilité et à quel point ils n’appartiennent pas strictement à l’homme ou à la femme mais se mélangent. Dès le départ, il y a une inversion des clichés, mais on sort de ça assez vite. Ça parle de la liberté dans la construction de soi…»

«PAS OBLIGÉS D’ÊTRE CONS»
Interrogée sur le climat de censure qui a touché plusieurs œuvres au cours de l’hiver dernier, notamment Tomboy, l’actrice ne mâche pas ses mots pour défendre les artistes qui souhaitent justement interroger notre rapport au genre et montrer une certaine diversité:

«Comme il y a une micro-vague un peu réactionnaire dont on ne connaît pas l’ampleur, c’est important de dire que c’est bon, on n’est pas tous obligés d’être cons, on peut décider d’autre chose! En plus c’est quoi leur but, à ces gens? En quoi ce discours-là est apte à me rendre heureux? Le bonheur, c’est quand même de s’inventer et de se découvrir.»

PAS À L’AISE AVEC LES DÉCLARATIONS
C’est lorsque le journaliste aborde son coming-out – souvenez-vous du vibrant mais énigmatique «Céline parce que je l’aime» qui avait résonné lors de la dernière cérémonie des César –, que l’actrice semble un peu moins à l’aise. La déclaration était-elle préméditée? «Pas du tout, je me suis surtout dit que je ne voulais pas faire chier les gens. Franchement, je n’ai pas envie d’entrer dans l’intime, ça me saoule. Mais pour moi, il y a juste un endroit où c’est politique et ça s’arrête là, et c’est cet endroit-là. Je ne vais pas faire des déclarations, je ne suis pas à l’aise. Par ailleurs, c’était aussi sincère.»

«COMME SI PERSONNE N’AVAIT ENTENDU»
Même s’il faudrait plus qu’une déclaration d’amour à la femme qu’elle aime (certain.e.s avaient d’ailleurs à l’époque suggéré que la fameuse Céline pouvait être la réalisatrice Céline Sciamma) pour être propulsée figure de proue de la visibilité LGBT en France, Adèle Haenel tient à ce que personne ne se méprenne sur ses intentions:

«Je n’ai pas envie d’être un porte-drapeau, moi, j’ai envie de faire des films et du cinéma plus que de faire de la politique, mais c’est quand même mélangé.»

Difficile de suivre Adèle Haenel dans son raisonnement (politique? pas politique?). Elle se dit néanmoins un peu admirative du coming-out d’Ellen Page: «C’est super. Je sais pas trop quoi en penser… mais il faut quand même le faire. Moi, je fais les choses à mon échelle. Ce qui est drôle, c’est qu’après la cérémonie des César c’est comme si personne n’avait entendu. Je me suis dit tant mieux, je n’ai pas envie d’en parler…»

Qu’Adèle Haenel se rassure, Yagg et ses internautes avaient très bien entendu. Et adoreraient en reparler à l’occasion.

Découvrez la bande annonce du film Les Combattants (sortie prévue le 20 août)

http://www.youtube.com/watch?v=0hmzyhaND4Y&feature=player_detailpage

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur LES COMBATTANTS Bande Annonce

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