«Puto!», ont scandé en riant les supporters mexicain.e.s lors des matches de la Coupe du monde de football masculin qui se tient actuellement au Brésil (lire aussi Terrains de Jeux: Des propos homophobes à la Coupe du Monde, des super potes, une petite prodige…). À chaque fois, ce mot est prononcé lorsque le gardien de l’équipe adverse prend possession du ballon. En argot, cela signifie «pédé», «prostitué», «lâche», explique OutSports. Pour Andres Aradillas-Lopez, un professeur d’origine mexicaine qui enseigne aux États-Unis, «le mot “puto” a plusieurs sens, mais il n’y a qu’une seule interprétation dans ce cas particulier, qui est de remettre en cause la virilité de la personne concernée. C’est donc une insulte homophobe dans ce cadre, il n’est pas possible de tergiverser à ce sujet. Je suis sûr que si vous posez la question à n’importe quel gay qui a grandi au Mexique, il vous dira à quel point ce mot est profondément offensant et blessant. Même si les fans mexicain.e.s prétendent qu’ils ne l’utilisent pas dans un sens homophobe.»

La Fédération internationale de football (Fifa) refuse toutefois de sévir contre les supporters mexicain.e.s: après une enquête, l’organisation qui supervise la compétition a estimé que ce mot n’est pas spécifiquement homophobe et que dans ce contexte, il faut l’interpréter au sens de «prostitué». Le Conseil national de lutte contre les discriminations du Mexique a pourtant lui-même statué contre l’usage de ce terme dans les stades: «Ce n’est ni une description ni une expression neutre, avait considéré l’organisme. C’est une qualification négative, stigmatisante, destinée à dévaloriser. Elle établit un amalgame entre l’homosexualité et la couardise, sans équivoque. Mais c’est aussi une façon de figurer les adversaires comme des femmes, en cherchant par cette équivalence à les ridiculiser dans cet espace sportif qui a toujours été conçu exclusivement pour les hommes. Le sentiment véhiculé par ce cri collectif dans les stades n’a rien d’innocent. Il reflète l’homophobie, le machisme et la misogynie qui sont toujours à l’œuvre dans notre société.» Le Conseil a d’ailleurs alerté la Fifa à ce sujet, sans succès, rapporte Milenio.

La même insulte a donc été entendue hier, lors du match opposant le Mexique à la Croatie et sera probablement de nouveau utilisée le dimanche 29 juin, lorsque l’équipe mexicaine affrontera les Pays-Bas.

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