Après le recul du gouvernement sur la PMA, c’est la lutte pour l’égalité femmes-hommes qui connaît à son tour un désaveu de l’exécutif: le ministre de l’Éducation nationale Benoît Hamon va enterrer les ABCD de l’égalité, annonce L’Express. Devant les polémiques et les mensonges véhiculés par Farida Belghoul des Journées de retrait de l’école, la «Manif pour tous» et une traînée de mouvements du même acabit, le gouvernement préfère renoncer à ce programme destiné à déconstruire le sexisme à l’école.

«MIEUX VAUT UTILISER LA MÉDECINE DOUCE»
Pas question de transiger sur «l’éducation à l’égalité», assurent d’une même voix Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem sur Twitter:

Une harmonie parfaite… qui ne mentionne pas explicitement les ABCD de l’égalité. Cela fait plusieurs semaines que l’on tergiverse en hauts lieux: «le gouvernement cherche une issue pour les ABCD de l’égalité», indiquait Le Monde le 6 juin, «les “anti-gender” font monter la pression contre les ABCD», titrait le même quotidien une semaine plus tard. Après réunion avec le Premier ministre, il est apparu nécessaire au gouvernement de faire marche arrière pour ne plus donner prise aux opposant.e.s à l’égalité des droits. «Le sujet reste prioritaire, mais il a suscité un tel climat de nervosité que les écoutilles sont fermées, mieux vaut utiliser la médecine douce, préconise Benoît Hamon dans L’Express. Nous travaillerons sur ce sujet différemment.»

«COLÈRE ET EXASPÉRATION»
Le dispositif qui avait été expérimenté dans 275 écoles primaires ne sera donc pas étendu. Au grand dam de plusieurs organismes dont Osez le féminisme et le collectif contre les LGBTphobies à l’école, qui regroupe la FCPE, la Fep-CFDT, la Ferc-CGT, FSU, la Sgen-CFDT, Sud éducation, l’UNEF, la FIDL et l’UNL. Dans une tribune également signée par Muriel Salle, responsable de la mise en œuvre des ABCD de l’égalité dans l’académie du Rhône, et Françoise Vouillot du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, des voix se font entendre pour la généralisation du dispositif. «Nous voulons la généralisation des ABCD parce qu’ils sont efficaces!, plaident les signataires. Ils interrogent les enseignants et enseignantes sur leurs représentations et leurs pratiques. Ils questionnent les enfants sur leurs imaginaires et leurs projections, d’eux-mêmes et des autres. Et mettre en cause les stéréotypes de sexe, c’est enrayer la machine à inégalités! Les ABCD font vivre concrètement cet idéal d’égalité, fièrement affiché sur les frontons de nos écoles publiques.»

Un idéal qui doit toutefois souffrir la volonté du gouvernement de mettre en œuvre «l’apaisement». Mais c’est avec «colère et exaspération» que lui répond le collectif FièrEs dans un communiqué. «Les passionaria “anti-égalité” ont une fois de plus fait ployer le gouvernement à grand renfort de désinformation, contre un dispositif qui visait à transmettre des valeurs d’égalité entre femmes et hommes et à lutter contre les stéréotypes de genre dès l’école, s’insurge le collectif. On aura tout dit sur ces “ABCD de l’égalité”: “dénaturation de l’école”, “propagande LGBT”, “idéologie ou théorie du gender”, “fin de la civilisation”… Jamais ces affabulations n’ont rencontré une réponse ferme et claire de la part du gouvernement.»

Et dans le même temps, des flyers et des autocollants estampillés «Manif pour tous» refont leur apparition dans les rues, relèvent des membres d’un groupe Facebook. Pour Manuel Valls qui souhaitait incarner un gouvernement de combat lorsqu’il est devenu Premier ministre le 31 mars, ce nouveau recul sonne comme une amère défaite.

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