Après Jane Lynch et Laverne Cox, mais aussi Jason Collins ainsi que Tegan et Sara, c’est au tour de George Takei de livrer son témoignage devant les caméras du projet It Got Better où des célébrités ouvertement lesbiennes, gays, bi.e.s ou trans’ racontent la façon dont leur vie s’est améliorée au cours des dernières années.

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Après avoir raconté comment lui et sa famille d’origine japonaise furent internés dans un camp après l’attaque nippone sur Pearl Harbor, l’acteur a expliqué comment il a peu à peu pris conscience de son homosexualité.

«J’avais dix ans environ lorsque les garçons autour de moi se sont mis à dire des choses comme: “Sally est mignonne” ou “Monica est sexy”, mais moi je me disais juste que Sally et Monica sont bien. La personne qui m’intéressait vraiment, c’était Bobby. Aucun des garçons n’avait l’air de penser ainsi. Alors j’ai fait semblant et j’ai dit: “Oui, Monica est sexy!” J’ai fini par me demander: est-ce que ce sera comme ça toute ma vie? Devoir faire semblant d’être quelqu’un que je ne suis pas? En grandissant, on découvre qu’il y a d’autres personnes dans le même cas.»

En 1955, en consultant les revues d’un kiosque international sur Hollywood Boulevard, il découvre l’existence de la Mattachine Society, l’une des premières associations américaines regroupant des personnes ouvertement homosexuelles. «Ça m’a ouvert les yeux, indique George Takei. Dans les années 60, on ne pouvait pas faire carrière au cinéma tout en étant ouvertement homo. Ç’aurait été suicidaire. J’ai travaillé à la télévision dans Star Trek pendant trois ans et à l’été 69, un bar gay, le Stonewall Inn, a subi un raid policier. Les bars gays de l’époque étaient très différents de ceux d’aujourd’hui.»

«La première fois que je suis allé dans un bar gay, c’était à la fois effrayant et rassurant. J’ai par la suite appris que parfois, la police faisait des descentes. Même dans les bars homos, il fallait être sur ses gardes. Mais à ce moment-là, les client.e.s du Stonewall Inn en ont eu marre et quand la police est entrée, ces personnes ont lancé des objets sur la police et l’ont forcée à reculer. Je me se suis senti stimulé et inspiré, mais je voulais être acteur et je devais protéger ma carrière. Cette tension dans ma vie a continué pendant très, très, très longtemps.»

«Sortir du placard, ce n’est pas juste ouvrir une porte et faire un pas en avant, c’est un processus qui s’étale dans le temps. Et quand on franchit finalement le pas, on se rend compte que ce n’est pas si grave, parce qu’on a des ami.e.s et des opportunités s’ouvrent. Mon père était mort quand j’ai fait mon coming-out, mais ma mère m’a accepté et c’est quelque chose d’important.»

George Takei a ensuite raconté sa rencontre avec son mari: «J’ai fait de la course et Brad était un coureur admirable. Je me suis dit: “Tiens, comment faire pour le rencontrer?” Je lui ai demandé de m’entraîner pour mon premier marathon et il est devenu plus que mon entraîneur… Ce sont des choses qui arrivent. J’étais discrètement hors du placard et de plus en plus de gens savaient que j’étais gay, mais je ne l’avais jamais dit publiquement.»

«En 2005, les deux chambres de Californie ont adopté la loi ouvrant le mariage et tout ce qui manquait, c’était la signature du gouverneur, Arnold Schwarzenegger. Mais il a mis son veto sur cette loi. Ce soir-là, on a vu des milliers de jeunes se rendre dans la rue, sur le boulevard Santa Monica crier leur colère contre Arnold Schwarzenegger, tandis que Brad et moi regardions ça à la télévision. C’était bien des années après Stonewall, mais j’ai été inspiré de la même façon. Brad et moi avons décidé qu’il fallait prendre la parole haut et fort, et c’est la première fois que j’ai parlé aux médias en tant qu’homme gay. Les réactions ont été extrêmement positives. J’ai commencé à apparaître dans des rôles de guest star en tant que George Takei, l’homme gay. Ma carrière, que je voulais protéger en vivant une double vie, a bondi.»

«Finalement, l’égalité entre les couples en Californie a été accomplie grâce à la justice. Brad et moi nous sommes mariés et ce fut l’un des moments les plus heureux de ma vie. Je pense que le jeune moi, quelque part, espérait devenir un jour ce que je suis aujourd’hui. Je pensais grandir dans un monde plein de barrières, mais j’ai découvert qu’il y avait des possibilités pour chacun.e et le jeune George de l’époque a pu trouver de la force. Et je crois que nous avons tous de la force et qu’il faut la trouver en nous-mêmes quand l’avenir semble sombre. Des gens vous aimeront pour cette force. Ça ira mieux. Et j’en suis la preuve vivante.»