Quelques jours avant la publication, Yagg vous a dévoilé deux textes de Nina Bouraoui et de Philippe Besson issus du recueil Les Lucioles, livre choral coordonné par l’auteur Olivier Steiner sur une idée de Jérémy Patinier, le créateur des éditions Des ailes sur un tracteur. Le livre, au bénéfice du Refuge, est dorénavant en vente. Il est soutenu par de nombreuses personnalités, comme en témoignait la foule de chanteurs/euses, comédien.ne.s et auteur.e.s qui s’est pressée à sa soirée de lancement le vendredi 13 juin à la mairie du IVe arrondissement de Paris, animée par le journaliste Alex Taylor. Chanteurs/euses et comédien.ne.s ont sagement attendu leur tour de passage avec une volonté évidente de bien faire. Certain.e.s avaient le trac. Au programme: lectures de textes d’auteur.e.s publiés dans l’ouvrage, lectures de textes des jeunes du Refuge, et aussi des chansons.

DES FRAGMENTS BRUTS
Adam, Julien, Gildas, Jemysson, Yasmine, Ernest, Mehdi, Gilles, Lazlo, Javanshir, Marco, Laure, Samuel, Hadjar, Kevin, Sitan, Adriano, Marie, Michel, Amine, Yann, Nicolas, Ahmed, Anthony, Charlie, Guillaume, Adriano, Justine, Achraf, Fiona, Ufuk, Arthur, Valère, Jacky, Damien. Parmi ces jeunes, qui signent chacun.e un texte dans Les Lucioles, combien avaient lu Olivier Steiner? L’auteur de Bohème, un roman qui montre la riche correspondance de deux hommes, a reçu l’invitation de Jérémy Patinier avec appréhension. Il allait mener des ateliers d’écriture avec les jeunes. Et il confirme: personne ne le connaissait. Les jeunes n’ont d’ailleurs pas tou.te.s vu d’un très bon œil le projet de livre qu’il leur a présenté lors de la première rencontre, au local du Refuge – sauf deux ou trois enthousiastes. Pourtant Olivier Steiner tenait à les faire participer au projet afin de ne pas produire un objet trop éloigné de leurs réalités: «Je me suis retrouvé avec 12 jeunes en face de moi, avec une diversité folle, des parcours de vie très différents, des musulmans, des juifs, des gays, des lesbiennes, des trans’».

«Ils m’ont dit: “On sait pas écrire”. Or ils sont en permanence connecté.e.s sur Facebook, GrindR, Twitter, ce que je leur ai fait remarquer. “Oui mais là, on écrit sans faire exprès”, m’ont-ils répondu. J’ai apprécié leur côté cash. Ils ont été confrontés à tellement de problèmes qu’ils se contre-foutent des conventions sociales».

Olivier Steiner est allé à leur rencontre une vingtaine de fois. Les mercredis et samedis après-midi, tou.te.s les jeunes ont pour obligation de se réunir au local de l’association, qui invite régulièrement des personnalités politiques ou du spectacle pour échanger avec eux/elles. «D’habitude ils ont Jenifer [la marraine de l’association], et là ils m’ont eu moi. C’est sûr que c’est moins sexy.» Alors l’auteur venait à chaque fois accompagné d’une personnalité différente pour échanger – certaines figurent parmi les auteur.e.s du recueil–, et leur laissait une demi-heure à la fin pour écrire un texte en rapport avec le thème. Ils et elles ont entre autres rencontré les auteur.e.s Laurence Tardieu, Édouard Louis, Philippe Besson, Abdellah Taïa, le réalisateur Mehdi Ben Attia. Olivier Steiner raconte la rencontre avec Édouard Louis: «C’était la première fois que j’invitais quelqu’un de leur âge. Il leur a parlé de l’école qui lui a ouvert des horizons. Un jeune, pas convaincu, lui a dit avec un peu d’agressivité: “Je comprends pas, on a tous été à l’école, et on publie pas de livres”. Édouard a eu une belle réponse: “Il y a un autre paramètre qui entre en compte, c’est la chance de faire des rencontres”. C’était très bien de répondre ça, car leur parler juste de méritocratie aurait été une manière de les culpabiliser, de leur dire qu’ils n’ont pas su se saisir de l’école. La plupart l’ont quittée à 16 ans, parfois plus jeune. Damien s’est fait chasser de chez sa mère à l’âge de 14 ans, il a arrêté l’école en même temps.» Après l’échange avec Édouard Louis, Olivier Steiner a invité les jeunes à écrire sur un moment de violence. La violence des autres, ou la leur. «Ensuite on lisait les textes ensemble, je les récoltais, et j’en ai sélectionné plusieurs pour Les Lucioles.» Certain.e.s jeunes ont souhaité rester anonymes car ils et elles sont menacé.e.s par leurs familles, par d’ancien.ne.s «ami.e.s» ou même par un groupe de jeunes entier.

Les chanteurs/euses ont ponctué la soirée de moments légers – ou moins – avec notamment Amandine Bourgeois et la très jeune Loïs, qui participait l’an dernier à The Voice – et qui travaille d’arrache-pied sur son premier album. Avant de commencer sa chanson, elle a déclaré humblement: «Ça aurait pu être mon histoire, alors je suis contente d’être là». Parmi les lectures, quelques textes marquants sont à retrouver dans le livre: une lettre de réconciliation d’Abdellah Taïa à sa mère; un texte humoristique de Camille Laurens qui parle du genre de sa fille, lu à la perfection par la comédienne Dominique Blanc qui a de nombreuses fois travaillé avec Patrice Chéreau. Et les textes des jeunes, brefs, resserrés, intenses, lus par la journaliste et marraine du Refuge Françoise Laborde, ainsi que par la comédienne Nathalie Feyt. Pendant ces lectures, pas un mot dans l’assemblée. Les gorges étaient trop serrées.

Vous pouvez commander le livre ici. Pour les Parisien.ne.s, il est également en vente dans les librairies Violette & co et Les Mots à la bouche.

Photos Couverture des Lucioles / Adrien Naselli