Caroline Loeb, la célèbre interprète de C’est la ouate, fait de la mise en scène et des spectacles depuis plus de vingt ans.

Sa dernière création est un spectacle hybride composé de rire, d’émotion, de militantisme et de chansons. Une sorte d’autofiction, centrée sur la vie de l’auteure George Sand, qui aborde frontalement les questions de genre. Pourtant, Caroline Loeb a commencé à travailler sur le spectacle bien avant la soudaine vague d’indignation en France provoquée par la prétendue «théorie du genre»: «C’est un projet de longue haleine, cela fait cinq ans que je planche sur ce spectacle. Mon éditeur m’avait proposé d’écrire des chansons autour des Contes d’une grand-mère de George Sand, et j’ai découvert une femme fascinante. Avec Thierry Illouz, on a alors écrit une première chanson sur elle. À ce moment-là, les histoires de «théorie du genre» n’étaient absolument pas sur le devant de la scène, mais j’ai vite pris conscience que mon sujet était d’actualité».

HORS DE SON TEMPS
Pour créer ce spectacle, Caroline Loeb s’est beaucoup documentée: «George Sand n’a pas été élevée comme les autres petites filles. Et dans un sens, pendant ma jeunesse, quand je passais tout mon temps avec Jean Eustache et sa bande, les gens me disaient que je vivais comme un garçon. Les clichés ont la peau dure.»

Sur son blog, la comédienne raconte le premier mariage de celle qui deviendra George Sand: «Casimir, son mari, n’était pas un mauvais bougre, le pauvre. Il était juste con. Un gros con qui aimait tirer le gibier, puis les soubrettes. Pas marrant pour notre futur George. C’est que contrairement à ses contemporaines, on ne lui avait pas inculqué le goût de la soumission maritale et des taches ménagères; ce qu’elle voulait, c’était parler philosophie, littérature, peinture… Elle réussit donc à divorcer sous l’infâme code Napoléon, et retrouva sa liberté!»

«L’UNE ET L’AUTRE»
Le spectacle est ponctué de huit chansons originales. L’Une et l’autre raconte l’ambiguïté de la relation entre deux femmes, en l’occurrence George Sand et la comédienne Marie Dorval. «J’ai vécu ça de nombreuses fois aussi, confie Caroline Loeb. Dans le spectacle, j’interprète la chanson en sortant une nuisette rouge de mon pantalon, comme un désir inconscient. Car le désir n’a pas de sexe. Les barrières solides que la société construit entre le masculin et le féminin sont là pour « protéger » les gens qui ont peur. Et il faut dire que les hommes se sentent souvent beaucoup plus en danger que les femmes sur ces questions-là.» Caroline Loeb parle longuement de la rencontre entre George Sand et Marie Dorval: «George a découvert Marie Dorval sur scène. Elle venait au théâtre habillée en homme pour avoir des places moins chères et circuler plus librement. Elle a été fortement troublée par l’actrice, avant de lui écrire, puis de passer des nuits avec elle. L’un des textes que j’ai lus pour préparer ce spectacle est rempli de désir pour cette femme».

Pour Caroline Loeb, George Sand est l’image même d’une femme libre: «Son histoire avec Chopin [le compositeur, Frédéric], c’était autre chose qu’un plan cul! Au début, ils se jaugeaient sur leur masculinité et leur féminité. Et puis leur relation a mis en place des rapports inversés. Elle était à la fois très maternelle et assez virile. Les frontières entre le masculin et féminin n’étaient pas stéréotypées».

UN MANIFESTE FÉMINISTE?
Caroline Loeb explique que la convergence des luttes lui tient beaucoup à cœur: «Quand Harvey Milk a été élu, il avait beaucoup de lesbiennes autour de lui qui l’ont aidé à accéder au pouvoir. Et il ne faut pas oublier que les femmes et les homosexuel.le.s vivent le même genre d’oppression».

Dans son texte intitulé «George Sand, mauvais genre», on trouve aussi des opinions sur le féminisme, avec des prises de position sur la burqua et la prostitution: «En ces temps-là, les femmes s’évanouissaient beaucoup; pas parce qu’elles étaient trop sensibles, mais bien parce qu’elles étouffaient littéralement dans ces corsets qui les emprisonnaient et les entravaient, véritables prisons de tissu qui ne manquent pas de nous en rappeler d’autres, les niqabs et autres burquas».

Caroline Loeb explicite un peu à Yagg son parallèle entre corset et burqua: «Ce sont des prisons de tissu. On ne peut pas le nier. Dire que c’est leur liberté… c’est leur liberté d’être esclave, plutôt!» Pour l’artiste, il est important de ne pas se contenter des acquis des dernières années. «C’était il y a longtemps? écrit-elle. Les choses ont changé? Oui, elles ont changé, mais pas forcément en bien. Le terrorisme de la beauté est à son apogée (les chirurgiens esthétiques et les marchands de crèmes vous le confirmeront), le sexisme se porte bien merci, et il y a encore des hommes courageux pour défendre le bien fondé de la prostitution alors que l’on est bien loin de la pute au grand cœur, fantasme typiquement masculin et désuet des années 50!» Pour Caroline Loeb, «la prostitution comme la pornographie sont entre les mains de bandits».

À la mise en scène du spectacle, on retrouve Alex Lutz, qui incarne la Catherine de Catherine et Liliane sur Canal +: «Cet homme est féministe!, s’exclame Caroline Loeb. Plus que de nombreuses femmes». Pour mettre en scène ce show polymorphe, il était sur la même longueur d’onde qu’elle. Un spectacle qu’elle décrit comme «un ovni, à l’image de George Sand, d’Alex Lutz et de moi-même».

Si vous passez par Avignon entre le 4 et le 27 juillet, le spectacle est programmé en off durant le festival, au Coin de la lune.
À Paris, il vous reste encore une date: mardi 17 juin à 20h au théâtre du Gymnase.

Le teaser du spectacle:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur George Sand, ma vie, son oeuvre! bande annonce

Photo Adrien Naselli