Les principales revendications portées par les différentes Marches des Fiertés en France sont unanimes en 2014: ouverture de la PMA à tous les couples et législation pour les droits des trans’. Mais la Lesbian & Gay Pride Lyon (LGP Lyon) se démarque nettement avec le mot d’ordre suivant: «Droits des trans, PMA, IVG, GPA, prostitution: nos corps, nos choix!».

«LE MONDE QUE NOUS VOULONS»
L’inclusion de la GPA et de la prostitution dans la liste des revendications a fortement déplu à Osez le féminisme 69 (OLF 69), qui annonce dans un communiqué son «profond désaccord avec le mot d’ordre de la Marche des Fiertés»:

«Nous tenons à dénoncer clairement la confusion induite par ce mot d’ordre, entre les luttes contre les LGBTphobies, celles pour les droits reproductifs et sexuels des femmes ET la défense de deux des pires produits des systèmes patriarcal et capitaliste: la Gestation Pour Autrui (GPA) et la prostitution».

OLF tient une position «abolitionniste» sur la prostitution, c’est-à-dire qu’elle souhaite la voir disparaître. En ce qui concerne la GPA, l’association estime qu’elle conduirait à rendre légale la marchandisation du corps des femmes précaires. OLF avance également un autre argument lié aux débats sur le mariage pour tous: «Nous déplorons que les débats concernant la PMA et la GPA soient insidieusement mis sur le même plan, entraînant une confusion pernicieuse». À l’Assemblée nationale, les député.e.s de l’opposition accusaient le gouvernement de vouloir instaurer la GPA en même temps que la PMA.

Résultat: Osez le féminisme 69 ne gonflera pas les rangs de la Lesbian & Gay Pride Lyon samedi 14 juin. «On veut remettre la question philosophique au centre du débat, et réfléchir au monde que nous voulons, précise à Yagg Fanny Théveny, la co-présidente. Dans quelle mesure la prostitution et la GPA peuvent être un choix quand on prend en compte la réalité matérielle, c’est-à-dire le contexte économique et social? Nous ne sommes pas des pudibondes moralisatrices. La PMA concerne le corps des femmes elles-mêmes, la GPA le corps d’autres femmes. Ce mot d’ordre est extrêmement maladroit».

«DIRE TOUT HAUT CE QUE LES AUTRES PENSENT TOUT BAS»
Une vision de femmes contre une vision d’hommes? La Coordination lesbienne en France s’est il y a peu retirée de l’Inter-LGBT, l’accusant de maintenir l’ambiguïté autour de la GPA et de la prostitution. Une manière d’imputer aux gays – surreprésentés par rapport aux lesbiennes dans le milieu associatif – d’être pro-GPA. Non, puisque la Lesbian & Gay Pride Lyon a une présidente, Edwige Marty. «Eh oui, une femme féministe, et très fière de ce mot d’ordre! répond-elle, enthousiaste. Il y a 4 ans, je n’aurais peut-être pas adhéré à ce mot d’ordre. Mais j’ai rencontré des femmes, qui ont porté des enfants pour autrui de manière tout à fait altruiste, ainsi que des travailleuses du sexe qui m’ont fait évoluer. Il s’agit quand même du droit fondamental à disposer de son corps!» Edwige Marty raconte que le mot d’ordre a été adopté au vote, «de manière tout à fait démocratique» et qu’OLF n’était pas présent au conseil d’administration. La LGP a appris la désolidarisation par communiqué de presse, avec les signatures de 39 autres organisations. «De toute façon, difficile pour toutes les autres associations de se désolidariser puisque seuls la LMDE et l’UNEF faisaient réellement partie du conseil d’administration de la Marche», répond Edwige. Elle déploie son argumentaire pour défendre le mot d’ordre: «On dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ai-je le droit d’interdire à une femme qui voudrait porter un enfant pour quelqu’un d’autre de le faire? Ou d’interdire à une femme ou un homme qui se prostituerait de le faire? C’est imposer un autre carcan.»

«Mais nous ne voulons absolument pas légiférer sur la GPA aujourd’hui. Nous voulons un débat serein avec toutes les personnes concernées, en regardant ce qui se passe ailleurs et en cessant cette politique de l’autruche malhonnête. Il faut interroger les mères porteuses, les personnes qui voudraient en bénéficier. Il s’agit juste d’en parler sur la place publique.»

En ce qui concerne la prostitution, Edwige Marty rappelle que la LGP «n’est absolument pas pour la traite des personnes. En revanche, ce n’est pas en précarisant les prostitué.e.s qu’on règle le problème. Pénaliser le client augmente les risques de transmission d’IST, du VIH et d’agressions sexuelles.»

CECI N’EST PAS UN BOYCOTT
Marie Da Fonseca, la porte-parole d’OLF 69, déplore les accusations d’homophobie et de «putophobie» qu’OLF reçoit depuis la publication du communiqué: «Nous ne pouvons tout simplement pas déployer nos drapeaux ou faire rouler notre char sous ce mot d’ordre. Mais nous n’appelons pas au boycott, que les gens aillent marcher! Il est très important de défendre les droits LGBT. Nous irons manifester dans d’autres villes. Mais on ne tirerait aucune gloire à ce qu’il y ait moins de participation à Lyon. Nous souhaitions juste mettre en garde contre ce mot d’ordre, et notre désolidarisation est idéologique.»

Photo Mathieu Delmestre (Osez le féminisme 69 à la Lesbian & gay pride Lyon en 2013)