Mercredi 11 juin, la sociologue turque Piner Selek, réfugiée en France depuis 2010 a vu sa condamnation à perpétuité annulée par la justice turque. S’il s’agit d’un pas en avant, l’affaire va cependant être renvoyée devant la cour d’assises d’Istanbul à une date qui n’a pas encore été dévoilée. «Ce n’est pas une victoire après ce qu’on m’a fait subir, ces seize années de torture, a affirmée Pinar Selek auprès de l’AFP. J’ai besoin que cette torture s’arrête. Cette décision, c’est une petite chose qui donne une chance, un espoir pour la suite, pour ceux qui luttent actuellement en Turquie. C’était évident que je devais être acquittée. On m’avait fait condamner de façon illégale.»

UN HARCÈLEMENT JUDICIAIRE DE PLUS DE 15 ANS
Pinar Selek est accusée d’être responsable d’un attentat terroriste qui a causé la mort de sept personnes en 1998. Si elle a toujours nié être impliquée, elle a néanmoins été placée en détention et torturée. En 2003, une expertise a finalement apporté la preuve que le soi-disant attentat était en réalité une explosion due à une fuite de gaz. Acquittée à plusieurs reprises en 2006, 2008 et 2011, elle a cependant vu les jugements à chaque fois invalidés. Si la justice s’acharne à ce point sur cette sociologue féministe, anti-militariste et pro-LGBT, c’est parce que ses travaux dérangent. Pinar Selek a notamment fait des recherches et mené des entretiens auprès des membres du PKK, le parti travailleur kurde. Ayant fui la Turquie pour l’Allemagne en 2008,  elle réside aujourd’hui en France où elle bénéficie de l’asile politique. La dernière décision de justice contre Pinar Selek remonte à janvier 2013. Elle avait alors été condamnée à la perpétuité. Ce verdict avait une nouvelle fois déclenché une vague de soutiens, notamment en France.

«J’ESPÈRE QUE JE POURRAI REVENIR CHEZ MOI»
Pour Pinar Selek, l’espoir de pouvoir retourner en Turquie commence enfin à se faire sentir: «J’espère que je pourrai revenir chez moi pour mener ce combat, pas seulement pour moi, car il y a encore plein de personnes en prison, d’autres qui sont persécutées. Mais je ne peux pas aller en Turquie parce qu’il n’y a pas d’acquittement définitif.» Le Collectif de solidarité avec Pinar Selek en France a fait connaître sa satisfaction suite à cette nouvelle: «Tout le monde est fatigué de cet acharnement judiciaire, et rien n’est gagné. Pourtant, aujourd’hui, nous sourions et reprenons de la force.»

Yagg avait rencontré Pinar Selek lors de sa venue à Paris en 2012:

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Photo Collectif Solidarité Pinar Selek