«Vous est-il déjà arrivé de vous faire jeter des toilettes parce qu’on vous a pris pour un homme qui s’introduit dans les toilettes des femmes? Tous les jours si, comme moi, votre expression de genre plutôt masculine jure avec la signalétique de la porte que vous venez de pousser.» C’est ainsi que débute la tribune de la sociologue Marie-Hélène Bourcier sur Slate. Un sujet trivial, les toilettes? Loin de là, puisque comme elle l’explique, elles peuvent être «un lieu de violence et de harcèlement», pour les personnes trans’ ou tout.e.s ceux et celles dont l’apparence ne rentre pas dans le moule normatif binaire féminin ou masculin.

DE NOMBREUX EXEMPLES
Depuis quelques temps, l’idée des toilettes neutres, qui permettraient donc à ces personnes de ne pas subir de brimades ou de rejets dans les lieux d’aisance publiques, commence à faire son chemin. La sociologue cite même plusieurs exemples à travers le monde: «En Thaïlande, dans la province de Chiang Mai, on trouve des toilettes pour les étudiants katoey (ladyboy) et Rio de Janeiro compte des toilettes pour travestis. Les étudiants des universités de Washington Northwestern et Columbia pour ne citer qu’elles aux Etats-Unis et des universités de Sussex et de Manchester en Angleterre ont exigé et obtenu le remplacement des toilettes séparées hommes/femmes par des toilettes neutres (gender neutral) accessibles à tous et à toutes. Une variante consiste à proposer des toilettes “tous sexes/tous genres”. Aux logotypes traditionnels homme/femme, pantalon/jupe vient s’ajouter une silhouette mi-pantalon mi-robe ou tout autre chose. L’université de York au Canada a choisi d’imbriquer les signes astrologiques masculins et féminins.» Autant d’initiatives qui permettent aux personnes queer ou trans’ d’aller dans des toilettes où elles seront en sécurité.

signaletique mutinerie toilettes non genrees
(signalétique mise en place dans les toilettes à La Mutinerie)

PAS DE «TOILETS STUDIES» EN FRANCE
Et en France? A part dans le bar parisien La Mutinerie, où des toilettes neutres ont été mises en place, il ne semble pas exister de telles initiatives. Et le contexte actuel particulièrement tendu, lorsqu’il s’agit de parler de la diversité des genres ne risque pas de faciliter l’émergence de tels lieux. Marie-Hélène Bourcier poursuit: «Cette utopie peine à trouver traduction en France. Non que les gender variants de tout poil, les personnes trans et handis n’y rencontrent pas les mêmes difficultés et ne soient pas exposées aux mêmes discriminations. Dans mon université, le premier “plan handicap” avait certes construit des rampes d’accès, mais elles conduisaient toutes direct aux toilettes pour femmes.

Mais quand on voit l’hystérie qu’ont déclenché le mariage gay et l’épouvantail de la “théorie du genre”, il y a fort à parier qu’il serait mal venu de lancer les toilet studies dans l’Hexagone. Dans un pays qui est devenu le musée de la différence sexuelle et dont le conservatisme en matière de culture sexuelle est patent, on voit mal comment les toilettes françaises ne resteraient pas un puissant opérateur de genre au service de sa protection et de la police des genres, au même titre que le sport ou les salons de coiffure.»

A lire sur Slate.

Photo Morag Riddell