Son rôle n’est que très limité voire figuratif, mais c’est tout un (mauvais) symbole. Mercredi 11 juin, Sam Kutesa, ministre des Affaires étrangères de l’Ouganda et unique candidat au poste, sur proposition de l’Union africaine, est en passe d’être investi en tant que président de la 69e session de l’Assemblée générale des Nation unies.

Oui, mais voilà. L’Ouganda a promulgué une loi «anti-homosexualité» des plus homophobes en février dernier, et l’homme était justement chargé d’en faire la promotion internationale en tant que ministre des Affaires étrangères. «La majorité des Africains déteste cette pratique», a-t-il, par exemple, déclaré au sujet de l’homosexualité, indique The Guardian. Moins virulent que le président Yoweri Museveni, il avait également ajouté: «Nous ne devons pas accepter la promotion et l’exposition [de l’homosexualité] parce que nous pensons que c’est mauvais pour notre peuple et que cela offense notre culture».

UNE ÉLECTION VIVEMENT CRITIQUÉE
Une pluie de critiques n’a d’ailleurs pas tardé à s’abattre sur cette élection, notamment aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et en particulier à New York où se trouve le siège de l’Organisation des Nations unies. Pour la sénatrice new-yorkaise Kirsten Gillibrand, «ce serait dérangeant de voir le ministre des Affaires étrangères d’un pays qui a promulgué une loi dure, injuste et discriminatoire fondée sur l’orientation sexuelle présider l’Assemblée générale des Nations unies».

Au Royaume-Uni, Peter Tatchell, militant des droits humains, a de son côté appelé le gouvernement britannique à intervenir: «David Cameron et William Hague devraient faire pression sur les Nations unies pour bloquer l’investiture de Kutesa en raison d’un engagement politique contradictoire avec les principes des Nations unies». «Human Rights First pense que le choix de M. Kutesa est pitoyable en raison de sa position et de ses liens avec les lois et les pratiques qui violent les droits humains, particulièrement la plus récente loi anti-gay en Ouganda», déplore pour sa part Shawn Gaylord, consultant en droit pour l’organisation Human Rights First située à Washington DC.

Une pétition via Change.org demande d’ailleurs à John Kerry et aux représentant.e.s nationaux/ales des Nations unies de s’opposer à l’élection de Sam Ketusa et de lui retirer son visa américain. Elle a recueilli près de 13000 signatures à ce jour. Contactée par The Guardian, la mission ougandaise aux Nations unies a précisé que personne n’était disponible pour commenter la polémique.

DES ACCUSATIONS DE CORRUPTION
Mais au-delà des critiques pour sa position anti-homosexualité, Sam Kutesa est également accusé de corruption. L’homme, avocat de formation, est extrêmement riche et possède plusieurs villas de luxe à Kampala, la capitale ougandaise. Et le quotidien britannique de relayer les soupçons de corruption: «En 1999, il a été censuré par le Parlement ougandais pour des abus présumés dans l’exercice de ses fonctions. En 2009, il a été nommé dans un câble diplomatique américain confidentiel, révélé par Wikileaks, comme l’un des trois plus âgés ministres du gouvernement que Museveni a échoué à tenir pour responsables de corruption». Et plus encore.

Interrogé par le quotidien, Cissy Kagaba de la coalition anti-corruption Ouganda à Kampala voit dans cette élection un signal négatif: «Cela montre que les gens qui ont été accusés de corruption peuvent toujours représenter leur pays, et cela rend le combat contre [la corruption] encore plus difficile». Avec cette élection, la tant attendue dépénalisation universelle de l’homosexualité est donc jetée aux plus profondes oubliettes…

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