Quand la loi anti-gay ougandaise devient un argument contre les opposant.e.s au du président Yoweri Museveni… Depuis la mi-mars, l’ONG de défense et de protection des réfugié.e.s en Ouganda Refugee Law Project, hébergée par l’université de droit de Makere à Kampala, est visée par une enquête judiciaire à la demande du gouvernement ougandais pour «promotion de l’homosexualité et du lesbianisme», un crime au regard de la loi «anti-homosexualité» promulguée en février dernier, rapporte BuzzFeed.

L’ONG, qui se bat pour les droits de tou.te.s les réfugié.e.s en Ouganda, accueille notamment dans ses bureaux une coalition d’associations et d’organisations opposées à la loi anti-LGBT. Elle a récemment vu ses activités suspendues à la suite des allégations du cabinet du Premier ministre ougandais et de Simon Lodoko, ministre de la l‘Éthique et de l’Intégrité, dont les déclarations ont fait le tour des médias ougandais.

LA LOI ANTI-GAY, UNE ARME CONTRE LES OPPOSANT.E .S
Pour certain.e.s des militant.e.s des droits humains sur place, cette enquête est d’ailleurs le signe que ce qu’ils et elles craignaient est en train de se réaliser: un usage étendu de la loi «anti-homosexualité» comme une arme juridique contre celles et ceux qui adresseraient des critiques au gouvernement du président Museveni. Pour autant, ce n’est pas la première fois que Simon Lodoko s’en prend au Refugee Law Project, affirme son directeur Chris Dolan. En 2012, l’actuel ministre avait menacé de fermer une vingtaine d’ONG, dont RLP, qui font toutes parties de la coalition qui a attaqué la constitutionnalité de loi «anti-homosexualité».

«C’est presque comme s’il considérait que la loi anti-gay lui donnait tous les pouvoirs», explique Chris Dolan. Un certain nombre de mesures et de lois restreignant la liberté d’expression ont d’ailleurs été votées, et notamment la très floue loi anti-pornographie qui criminalise des propos, actes, œuvres etc. que les autorités jugent sexuelles. De quoi museler la société civile ougandaise sous couvert de la protéger. «L’usage courant qui est fait de la loi “anti-homosexualité” pour harceler les organisations montre que le gouvernement est de plus en plus intolérant à différents égards», commente pour sa part Maria Burnett de Human Rights Campaign à BuzzFeed.

Dans un communiqué sur son site et sa page Facebook, Refugee Law Project a dénoncé la désinformation autour de l’enquête en cours. De nombreux médias ougandais avaient notamment annoncé la suspension complète des activités de l’association, ce qui est incorrect puisque seules ses activités d’aide directe aux réfugié.e.s ont été suspendues. Human Rights Campaign a de son côté envoyé une lettre ouverte à l’administration Obama pour lui demander d’agir au plus vite en sanctionnant le gouvernement ougandais alors que les violences et les actions en justice se multiplient à l’égard des LGBT ougandais.

Photo via Facebook

Via The Advocate.