Les socialistes slovaques vont-ils/elles à rebours de leurs homologues européen.ne.s? Hier, mercredi 4 juin, les député.e.s du Parlement slovaque ont adopté à 102 voix pour et 18 voix contre – soit trois voix au-dessus des deux tiers requis –, un amendement modifiant la Constitution afin d’y limiter le mariage «à l’union entre un homme et une femme». Soumis par le gouvernement social-démocrate (gauche) de Robert Fico, l’amendement était soutenu par les député.e.s de «gauche» du Smer-SD, qui fait partie du Parti socialiste européen, et par l’opposition chrétienne-démocrate (KDH) en échange de son soutien à une réforme judiciaire.

Le Premier ministre slovaque est même allé jusqu’à affirmer que «la modification sur le mariage n’apportera aucun changement radical. Elle n’introduit dans la Constitution que ce qui est déjà défini par la loi». Une assertion alambiquée alors que l’Intergroupe pour les droits LGBT au Parlement européen voit dans cet amendement une façon de mettre «en dehors de la loi toute forme d’union pour les couples de même sexe».

«Il est scandaleux que le Smer-SD ait soutenu cet amendement, allant ainsi contre la tendance de l’UE de traiter sur un pied d’égalité les différents types de famille», a par ailleurs déploré auprès de l’AFP Romana Schlesinger, responsable de Queer Leaders Forum. «Les deux partis ont intentionnellement cherché à éviter le débat public, poursuit le communiqué de l’Intergroupe LGBT. Les discussions entre le Smer-SD et le KDH se sont faites à huis-clos. Il n’y a eu aucune concertation publique, et les député.e.s des autres partis ont reçu une copie de l’amendement quelques heures avant sa discussion en commission le 27 mai».

Une forme de confiscation démocratique qui n’est pas non plus du goût de la députée européenne autrichienne Ulrike Lunacek, co-présidente de l’Intergroupe LGBT et auteure d’un rapport contre les discriminations LGBTphobes adopté au Parlement européen en février dernier. «Cet amendement ne défend pas le mariage. Son unique but est de limiter les droits des couples de femmes et d’hommes. Il aura des conséquences sur toutes les autres formes de famille, comme les parents célibataires ou les couples non mariés.» La députée verte a ensuite annoncé qu’elle prendrait part à la gay pride de Bratislava le 28 juin prochain en solidarité avec les LGBT slovaques.

En Slovaquie, aucune forme d’union n’est pour l’instant reconnue pour les couples homos. À l’inverse de ses voisins d’Europe centrale proches comme la République Tchèque, la Hongrie, où l’Autriche où il existe des partenariats civils.

Photo Marc Ryckaert