L’homophobie d’État est-elle en train de gagner le Paraguay? La question peut surprendre tant l’Amérique latine a progressé en matière d’égalité des droits depuis 10 ans (Argentine, Uruguay et Brésil en tête). Mais quelques – mauvaises – exceptions demeurent, et notamment dans l’État guarani gouverné depuis la destitution du président de centre-gauche Fernando Lugo en 2012 par les conservateurs du Parti Colorado.

Lundi 2 juin dans la soirée, une manifestation pro-LGBT aux alentours de la Fédération sudaméricaine de football (CONMEBOL), dans la banlieue d’Asunción, a été durement réprimée par les forces de police paraguayennes. Au total, 10 personnes ont été blessées dont deux journalistes qui couvraient la marche, Enrique Dávalos et Noelia Díaz. Malgré les tentatives de la police de détruire les enregistrements et les preuves de toute répression, des militant.e.s du collectif SomosGay ont publié une vidéo qui montre la charge et les coups de matraque:

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Le Paraguay, qui accueille actuellement la 44e Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA) du 3 au 5 juin, refuse de soutenir une déclaration présentée par la présidente brésilienne Dilma Rousseff contre les discriminations homophobes et transphobes. Une position dénoncée par les militant.e.s LGBT qui manifestaient lundi et revendiquée par le gouvernement qui va même jusqu’à affirmer, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Eladio Loizaga, que l’homophobie n’existe pas au Paraguay…

«JE HAIS LES HOMOSEXUELS»
Quelques jours avant ces déclarations, le Sénat paraguayen, où était débattue une proposition de résolution sur la déclaration contre les discrimination, a été le théâtre de propos homophobes virulents de la part des sénateurs conservateurs. Et notamment, Carlos Nuñez du Parti Colorado qui a déclaré, avec fierté: «Moi j’aime les femmes, j’aime ma dame et je hais les homosexuels». Et le sénateur de poursuivre sur l’homoparentalité: «C’est un désastre, que va dire cette petite créature? Elle va se demander où sont sa maman et son papa (…) Ces gens qui s’appellent homosexuels ou gays, ou travestis détruisent la société».

Au lieu de soutenir la déclaration brésilienne, le Sénat paraguayen a préféré voter une déclaration qui «presse le pouvoir exécutif de promouvoir le droit à la vie». Au grand désarroi du collectif SomosGay qui a désapprouvé et demandé le retrait de cette contre-déclaration du Sénat dans un communiqué du 29 mai dernier. Le collectif a par ailleurs apporté son soutien aux journalistes blessé.e.s lundi soir et a condamné «toutes les formes de violence».

«L’attitude de la police nationale du gouvernement d’Horacio Cartes, avec ses pratiques, nous rappelle les épisodes les plus sombres de notre histoire, déplorent les militant.e.s dans la description de leur vidéo YouTube (…) Comme aujourd’hui, nous continuerons à nous exprimer et à lutter tous les jours pour construire une société paraguayenne libre et égalitaire pour toutes et tous. Non au retour de la DICTATURE, Oui à la démocratie et à l’égalité!» Au Paraguay, il n’existe aucun droit pour les personnes LGBT, rappelle une infographie publiée le 17 mai dernier dans The Guardian.

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