[mise à jour, 3 juin] Ajout du rapport.

En 2012-2013, 307 personnes ont été accueillies durant les 106 jours de permanence du MAG (Mouvement d’affirmation des jeunes gais, lesbiennes, bi et trans) à Paris. Leur moyenne d’âge est de 20 ans. Ces jeunes viennent principalement pour trouver un espace sécurisé de convivialité et pour demander conseil à des personnes plus aguerries. Après 29 ans d’existence en région parisienne, le MAG fait des petits et a désormais une antenne à Strasbourg, le MAG Alsace. L’association est connue pour ses interventions en milieu scolaire, initiées il y a plus de dix ans. Les membres de l’association – souvent eux/elles-mêmes encore étudiant.e.s – vont à la rencontre des classes de collège et de lycée afin de sensibiliser les élèves à la violence homophobe, lesbophobe, biphobe, transphobe et sexiste. Pour leurs interventions, les bénévoles du MAG utilisent notamment un documentaire mettant en scène des jeunes qui parlent de leur coming-out, de leur famille et des problèmes qu’ils et elles ont pu rencontrer. Cette vidéo sert de support à la discussion avec les élèves. En 2012-2013, l’association estime qu’elle a sensibilisé près de 3400 élèves en étant accueillie dans 122 classes au sein de 22 établissements, collèges et lycées compris. Vingt-deux bénévoles ont assuré les interventions. Pour évaluer l’impact des rencontres sur les élèves, des questionnaires leur sont distribués avant et après les interventions. C’est sur cette base que le MAG a rédigé un rapport sur la perception de l’homosexualité, de la bisexualité et de la transidentité chez les jeunes d’Île-de-France. Décryptage.

ON A PEUR DE CE QU’ON NE CONNAÎT PAS
Au total, 45% des élèves interrogé.e.s disent «connaître une personne homosexuelle». Par le terme «connaître», il faut comprendre «personnellement», en opposition à une autre réponse possible: «Oui, j’ai déjà croisé une personne homosexuelle, mais je ne la connais pas vraiment» – un tiers des élèves interrogé.e.s. À noter, un écart significatif en fonction du sexe: 52% pour les filles, 35% pour les garçons. Par ailleurs, les élèves sont presque aussi nombreux/ses au collège (35%) que dans les lycées professionnels (39%) à connaître une personne LGBT – la moitié des élèves en lycées généraux déclare connaître une personne LGBT. À la deuxième question, «Si vous êtes amené.e à rencontrer une personne homosexuelle, quelle sera votre réaction vis-à-vis de cette personne?», l’écart entre les filles et les garçons se creuse fortement: plus de deux-tiers des filles répondent «Cela ne me dérange pas, je souhaite juste savoir si elle/il est sympa» contre seulement 39% des garçons; 20% d’entre eux ont coché la case «Je ne lui parle pas car cela me dégoûte».

Première surprise dans ces résultats: les collégien.ne.s sont plus ouvert.e.s dans leurs réponses que leurs aîné.e.s: 61% d’entre elles/eux répondent «Cela ne me dérange pas», plus que les élèves en lycées généraux qui l’affirment à 58%. Et à la question «Comment réagiriez-vous si votre meilleur.e ami.e vous annonçait son homosexualité?», 54% des collégien.ne.s répondent que le/la meilleur.e. ami.e en question le resterait, contre 46% des élèves en lycée général ou technologique et 37% en lycée professionnel.

En croisant ces données, l’idée simple selon laquelle on a peur de ce qu’on ne connaît pas se confirme aisément: 77% des élèves qui connaissent déjà une personne LGBT sont bien disposées à l’égard d’une nouvelle personne LGBT qu’elles rencontrent et «souhaitent juste savoir si elle/il est sympa». À l’inverse, 27% des élèves qui n’ont pas de personne LGBT dans leur entourage affichent une homophobie décomplexée en répondant: «Je ne lui parle pas car cela me dégoûte»; 16% «préfèrent l’éviter, car cela [les] met mal à l’aise» et 27% ignorent quelle serait leur réaction si elles/ils rencontraient une personne LGBT. Seul.e.s 30% des élèves qui ne connaissent pas déjà une personne LGBT ne seraient pas dérangé.e.s lors d’une première rencontre. La question est plus épineuse lorsqu’il s’agit du/de la meilleur.e ami.e: un quart des garçons déclarent qu’apprendre l’homosexualité de leur meilleur.e amie briserait leur amitié. Mais une fois encore, parmi celles et ceux qui connaissent déjà une personne LGBT, 63% répondent que l’homosexualité de leur meilleur.e ami.e ne changerait rien. Autre question intéressante: «L’homosexualité est-elle un sujet qui a déjà été abordé dans votre famille?» Le résultat global est édifiant: 56% des élèves n’ont jamais abordé le sujet avec leur famille; 6% déclarent qu’elles/ils en ont déjà parlé mais que le sujet crée un malaise; et 37% affirment qu’en parler ne pose pas de problème.

Près de deux tiers des élèves de collège et lycée n’ont donc jamais abordé le sujet avec leurs proches. Et là encore, le croisement de données révèle que 22% des élèves qui n’ont jamais parlé d’homosexualité avec leur famille sont «dégoûté.e.s» par les personnes homosexuelles, contre seulement 3% pour les élèves qui abordent le sujet sereinement avec leur famille.

82% des élèves qui ont déjà parlé d’homosexualité avec leurs parents ont une réaction bienveillante lorsqu’ils/elles rencontrent une personne homosexuelle. Nul besoin de grands discours pour analyser ces résultats. Dans son rapport, le MAG écrit: «Nous pouvons noter que la connaissance d’une personne homosexuelle favorise les rapports amicaux avec des personnes homosexuelles quand ils/elles sont amené.e.s à en rencontrer une et qu’à l’inverse, ne pas connaître de personne homosexuelle favorise le dégoût des personnes homosexuelles.» Ceci dit, pour Amandine, la vice-présidente du MAG Jeunes LGBT, «la période de déchaînement médiatique autour du mariage pour tous, bien que très difficile, a permis aux jeunes d’entendre parler d’homosexualité. Avant, au début de la séance, un ou deux élèves levaient timidement la main. Aujourd’hui ils sont 50 à vouloir répondre en même temps.»

«EST-CE QUE POUR VOUS VOUS ÊTES NORMAL?»
Le rapport du MAG donne accès à une large sélection de commentaires, laissés de manière anonyme par les élèves au pied de leurs questionnaires. Petit florilège, avant la rencontre: «J’aime pas les PD. Pourquoi? Pourquoi cette bêtise? S’il-vous-plaît… Arrêtez!!! STOP!!! OH!!!», «Certains scientifiques ont dit que l’homosexualité était une maladie. Est-ce que ça a été prouvé?», «Comment votre famille a réagi?», «Croyez-vous en Dieu?», «Comment les homosexuels ont des rapports sexuels??? (les femmes surtout) Merci!!!» La liste est longue. La plupart des commentaires sont interrogatifs, et «peuvent parfois contenir également un message hostile aux personnes LGBT», analyse l’association. Mais il y a aussi, déjà, des phrases de soutien et même des réflexions philosophiques à la Montesquieu: «Si nous étions nés sur la Lune, les habitants de la Terre nous imagineraient de toute sorte! Eux seraient différents de nous, et nous d’eux.»

On peut constater une grande évolution entre les commentaires laissés avant et après la rencontre: les questions laissent souvent la place aux affirmations, et pour les trois quarts celles-ci sont «plutôt positives», écrit le MAG:

«Il faut continuer à lutter», «J’ai été éduquée dans une famille homophobe. J’ai pensé que cela pouvait être mauvais pour l’éducation de mon futur enfant mais j’ai reçu les réponses que j’attendais et désormais je saurai expliquer l’homosexualité à mon enfant», «C’est la vie», «Merci beaucoup <3 », «Je pense que chacun est libre de choisir son identité sexuelle. Même si avant j’étais contre maintenant je suis pour!!!! Merci!! Vous êtes trop sympas.»

Mais il y a encore de nombreuses insultes et commentaires homophobes: «Je trouve ça sale et inaturel», «Je suis homophobe malheureusement pour vous!!!», «Je n’aime pas les gays. Non je ne veux pas parler de l’homophobie, je suis homophobe et fier de l’être», «Moi, je m’en fiche j’insulterai toujours les homos et les rejetterai, tandis que moi, je serai toujours hétéro». Le MAG a en tout cas de quoi se féliciter pour ses interventions en milieu scolaire car 85% des élèves répondent que le débat les a rendu.e.s plus tolérant.e.s envers les LGBT. Seule ombre au tableau: dans les lycées professionnels, 17% estiment ne pas avoir changé d’avis, c’est-à-dire, dans une grande majorité des cas, prêcher l’intolérance.

LES LESBIENNES INVISIBLES
Le rapport du MAG apporte des analyses plus poussées des discussions des intervant.e.s avec des classes au collège et au lycée. Tout d’abord, les élèves ne comprennent souvent pas le lien entre l’homophobie et le sexisme: «Lors de nos interventions, très riches en notions, les intervenant.e.s tentent de faire réfléchir les élèves sur les stéréotypes de genre, qui nourrissent le sexisme et implicitement les LGBTphobies. Cela passe également par une déconstruction des insultes lesbophobes et gayphobes fondamentalement basées sur le sexisme».

Seul.e.s 54% des élèves affirment avoir été amené.e.s à réfléchir aux rapports femmes/hommes au cours du débat. Onze commentaires en tout affichent une violente transphobie, toujours sous couvert de tolérance envers les lesbiennes, gays et bi.e.s. Dans une grande majorité des cas, les lesbiennes sont également oubliées, les élèves ayant l’air de penser immédiatement à l’homosexualité masculine. Enfin, nombre des commentaires négatifs ou insultants font référence à la religion, souvent à travers l’évocation de Dieu. Le MAG explique en outre que l’origine géographique des lycées n’a aucune incidence:

«Au delà des clichés, les intervenant.e.s se sont rendu.e.s compte qu’il n’est pas forcément plus facile de vivre son orientation sexuelle ou identité de genre à Paris qu’en banlieue. Les LGBTphobies ne sont pas dépendantes d’un lieu géographique, d’un niveau ou d’un âge mais bien de la méconnaissance, des préjugés (notamment sexistes) et des croyances personnelles de chacun.e».

«Un.e jeune LGBT aura besoin pour s’épanouir complètement d’un environnement bienveillant, c’est-à-dire une famille et des proches qui accepteront leur orientation sexuelle ou leur identité de genre sans réelle difficulté et qui leur apporteront tout leur soutien. Il est donc possible de trouver un entourage bienveillant à Paris comme en banlieue ou ailleurs.»

ÉDUQUER LES PARENTS, FORMER LES ÉTABLISSEMENTS
En conclusion de son rapport, le MAG dresse une liste de recommandations. Il propose de sensibiliser les parents à la lutte contre l’homophobie, le rapport surlignant bien le fait que l’ignorance des adultes est la cause de nombreux drames. Pour le MAG, il faut également afficher clairement la liste des sanctions encourues pour discrimination dans les écoles, afin que les élèves victimes aient consciences que la loi est de leur côté.

En lycée professionnel, là où les manifestations de LGBTphobies sont exprimées le plus directement («elles sont tout aussi violentes mais beaucoup plus dissimulées dans les lycées généraux», expliquent des intervenant.e.s), le MAG recommande la mise en place de cours mixtes, où filles et garçons pourraient avoir cours ensemble. L’association explique que dans les classes composées uniquement de garçons, la vision des femmes est très éloignée de la réalité: on parle d’elles comme d’objets sexuels à dominer. Cette séparation des sexes, en plus de produire un système sexiste, donne libre cours à une forte gayphobie car toute entorse au modèle de virilité est immédiatement relevée par le groupe de garçons.

Le MAG incite enfin les pouvoirs publics à favoriser les interventions en milieu scolaire en luttant contre les «réticences individuelles» du corps enseignant ou des directeurs/trices d’établissement. «Nous avons traversé une année difficile, confie Marine Souffrin, la responsable éducation du MAG. Une vingtaine d’annulations à cause de la désinformation sur la “théorie du genre”. Ce rapport est un moyen de mettre en avant les bienfaits de notre action. Surtout que 85% des élèves disent comprendre la différence entre identité de genre et orientation sexuelle à la fin de nos interventions. C’est mon chiffre préféré! blague-t-elle. Après les deux années que nous venons de traverser, c’est très réjouissant».

Rapport IMS Du MAG Jeunes LGBT 2014 by YaggOfficiel

Photo MAG Jeunes LGBT