L’anthropologue Delphine Lance prépare actuellement un documentaire intitulé Paroles de femmes porteuses, dans le cadre de ses recherches pour sa thèse intitulée «La place de la femme et de son corps dans le processus de GPA en Ukraine et aux USA». Elle a rencontré plusieurs femmes, issues de milieux et de parcours différents, qui ont toutes en commun d’être ou d’avoir été mère porteuse: «Je me suis penchée sur la gestation pour autrui, notamment parce que c’est un sujet qui est très controversé au sein du milieu féministe, explique-t-elle à Yagg. On parle tour à tour d’instrumentalisation du corps, d’aliénation, de liberté. Il était important pour moi, en tant qu’anthropologue et non philosophe, de voir ce qu’il en retournait vraiment sur le terrain, de voir comment ces femmes percevaient leur corps et même quel point de vue elles avaient sur ces visions philosophiques françaises.»

Dans ses recherches, Delphine Lance s’est intéressée aux motivations de ces femmes: «Elles sont diverses, certaines femmes aiment être enceintes, d’autres se sentent valorisées, d’autre ont besoin d’argent. En Ukraine, ça les aide à mieux vivre et parfois à s’émanciper en tant qu’individus, prendre un appartement indépendamment de leurs parents, par exemple.» Elle s’est aussi penchée sur la manière «dont elles pensent leur démarche, la place qu’elles accordent à la parentalité et les liens qu’elles ont tissés avec les parents d’intention et l’enfant qu’elles ont porté».

Pour Delphine Lance, ce film peut être un bon moyen «de diffuser la parole des femmes porteuses, parole absente des débats sur la GPA»: «Les experts parlent souvent en leurs noms, l’idée ici était de leur laisser la parole.» Consciente de la sensibilité du sujet, elle souhaite aussi pouvoir faire évoluer les points de vue sur cette question en France: «J’espère qu’un documentaire filmé sobrement, qui laisse la parole intégrale à ces femmes, permettra de décrisper le débat, même si cela me semble difficile. Je suis tout de même curieuse de savoir ce que diront “les personnes anti” lorsqu’elles écouteront et surtout verront, car c’est important de les voir, ces femmes. Je ne souhaite pas faire de la propagande mais juste restituer humblement la parole de ces femmes qui ont décidé de devenir “surrogates” (terme anglais pour parler des mères porteuses) pour diverses raisons, de manière indépendante et réfléchie.» Elle-même affirme que son point de vue a évolué pendant ses recherches: «Je dirais que mon terrain m’a rendu pro-choix et pas l’inverse.»

Pour financer son documentaire, Delphine Lance a lancé une collecte de fonds.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Paroles de femmes porteuses – teaser