«Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?» On se souvient des quelques mots prononcés par le pape François à son retour des Journées mondiales de la jeunesse à Rio en juillet dernier. Une phrase largement commentée dans la presse mondiale et souvent interprétée comme un signe d’ouverture de l’Église catholique envers les personnes LGBT.

Dans une interview accordée le 22 mai dernier au O Globo, le quotidien le plus important du Brésil, Leonardo Ulrich Steiner, secrétaire général de la Conférence nationale des évêques du Brésil et porte-parole de l’Église catholique brésilienne, va même plus loin. Interrogé sur l’acceptation des fidèles homosexuel.le.s, l’évêque précise le catéchisme de l’Église invoqué par le pape: «Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. Évitez toute marque de discrimination injuste à leur égard». Des déclarations similaires à celle de l’archevêque de São Paulo, Odilo Pedro Scherer, qui à la veille de la gay pride, fin avril, avait déclaré:

«Nous ne pouvons nous taire devant les réalités affrontées par cette population qui est la cible des discriminations et victime de la violation systématique de leurs droits fondamentaux. […] Personnes de bonne volonté, et en particulier chrétiennes, méditez sur cette injuste réalité pour les personnes LGBT et engagez-vous à la combattre, guidées par le principe suprême de la dignité humaine.»

Pour Leonardo Ulrich Steiner, l’Église doit même suivre son temps. «L’Église est en constante évolution, en mutation, commente-t-il. Elle n’est pas la même à travers les âges (…). Elle n’est plus la même à travers les temps (…) l’Église cherche toujours à lire les signes des temps, pour voir ce qu’il faut qu’elle change ou non».

L’UNION CIVILE D’ACCORD, MAIS PAS LE MARIAGE
Mais pour autant, peut-on parler de révolution copernicienne à la tête de la hiérarchie catholique brésilienne? Pas si sûr. Car, en réalité, si le porte-parole de l’Église brésilienne affirme qu’«il faut dialoguer sur les droits de vie commune entre les personnes du même sexe, qui décident de vivre ensemble» et qu’«elles ont besoin d’un soutien légal de la société», on est loin d’un soutien au mariage et à l’adoption pour les couples homos.

Contacté par La Croix, Antonio Dias Duarte, évêque auxiliaire à Rio, est d’ailleurs catégorique. Leonardo Ulrich Steiner «ne s’est pas prononcé en faveur du mariage gay [sic]. L’Église brésilienne, comme l’Église du monde entier, y est opposée. Il a rappelé que les personnes de même sexe qui décident de vivre ensemble doivent être protégées par l’État, comme n’importe quels autres citoyens; mais cette union ne doit pas être assimilée à un mariage». Impossible de faire plus clair.

Rue 89 parle même d’«un contexte paradoxal» pour cette interview. «Alors que le mariage est reconnu dans 15 États brésiliens depuis le 15 mai 2013, les crimes homophobes sont en hausse constante, de 14% depuis 2011, avec 312 morts recensés en 2013». Et de poursuivre: «Dans son encyclique Lumen Fidei, le pape François stipulait en toutes lettres qu’il considérait le mariage comme “l’union stable d’un homme et d’une femme”, avec “l’acceptation de ce bien qu’est la différence sexuelle par laquelle les conjoints peuvent s’unir en une seule chair et sont capables d’engendrer une nouvelle vie”, ce qui sonne comme un rejet du mariage [pour les couples de personnes de même sexe]. En tant que chef de l’Eglise, le pape définit le dogme de celle-ci dans son ensemble».

Mais l’intérêt porté aux personnes LGBT par l’Église catholique brésilienne, et plus globalement par les Églises catholiques sudaméricaines, est tout de même flagrant. La semaine dernière, après l’Église argentine, c’est au tour de l’Église mexicaine d’avoir célébré le baptême de la fille d’un couple de lesbiennes. Et La Croix de citer Marcelo Cerqueira, président du Groupe gay de Bahia : «La déclaration de Dom Steiner et celle du pape vont dans le bon sens. Elles ouvrent un nouvel espace d’acceptation. (…) Ce siècle sera celui de l’intégration».

Photos Javier Gil et Marcello Casal Jr/ABr (pour Leonardo Ulrich Steiner)