Le 5 juin 2004, c’est lui qui a marié Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier. Dix ans après, le député-maire de Bègles ne regrette rien et c’est avec fierté qu’il évoque ses souvenirs de cette journée mémorable, mais aussi les obstacles auxquels il a été confronté afin de pouvoir faire avancer l’égalité des droits. Rencontre avec un «inconscient», pour qui agir en accord avec ses convictions valait bien la peine de prendre quelques risques…

«UN COMBAT DE TOUS LES JOURS»
Noël Mamère le sait mieux que quiconque, le mariage de Bègles ne peut se résumer à la journée du 5 juin, lui qui a été particulièrement attaqué pour son engagement: «Depuis le jour où j’ai annoncé que j’acceptais de marier les deux hommes qui se sont présentés à la mairie de Bègles et qui voulaient que je célèbre ce mariage, ça a été un combat de tous les jours, un combat contre le gouvernement, contre la justice, contre le personnel politique dans son ensemble, contre les journalistes qui étaient particulièrement faux-cul, si je puis dire, disant que je faisais du “people”, mais qui me couraient après, ou après les deux candidats au mariage pour les montrer ou essayer de les faire parler. Un combat contre une partie de la société, contre une partie de ma majorité. Le 5 juin n’a été que l’aboutissement de ça.»

«AVANT QUE LA VAGUE NE NOUS SUBMERGE»
Aujourd’hui, il n’hésite pas non plus à critiquer l’attitude du gouvernement en 2004, et la décision prise à l’époque par Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, de le suspendre pour un mois de ses fonctions de maire: «Avec le recul, cette suspension me semble complètement archaïque!», s’exclame-t-il. Mais le député-maire a finalement connu les raisons de cette sanction, comme il le raconte dans une anecdote: «Quelques mois plus tard, alors que je parcourais la rue de Rivoli pour me rendre à l’Assemblée en vélo, j’arrivais à un feu rouge et j’ai vu un jeune homme en costume sur son vélo lui aussi, s’approcher de moi. Il m’a dit son nom avant d’ajouter: “je suis au cabinet du président de la République, je voulais vous dire que j’ai apprécié ce que vous avez fait, mais nous avons décidé avec le Président de la République et le Premier ministre de cette conférence de presse et de menacer tout autre maire qui tenterait de faire la même chose que vous de révocation. On a voulu arrêter les choses avant que la vague ne nous submerge.” Voilà pourquoi Dominique de Villepin a fait cette déclaration aussi vite, pour casser toute velléité de mariage par d’autres maires, lui qui, quelques années plus tard, s’est prononcé pour le mariage, ce qui prouve qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.»

LAISSER LA PLACE
Moins visible que d’autres député.e.s lors des débats de 2013 sur le mariage pour tous, Noël Mamère s’est sciemment mis en retrait: «C’était une volonté de ma part, assure-t-il sans amertume. On m’a tellement accusé d’avoir organisé ce mariage, de l’avoir monté de toute pièce, de l’avoir fait pour plastronner devant les caméras. C’était pour dire, “j’ai fait ce mariage, on en a beaucoup parlé, je ne vais pas encore me mettre en avant car on va encore dire que Mamère tire la couverture à lui”. L’histoire avait déjà tranché. Et j’ai compris très vite que de la part des ministres chargées de cette affaire et de mes collègues socialistes, il n’y avait pas la volonté de me mettre en avant, ni même de me désigner comme rapporteur pour avis. Enfin, c’était aussi pour moi une manière de laisser une place aux plus jeunes et à ceux qui pouvaient dire des choses fortes comme Sergio Coronado.»

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