À l’approche du deuxième tour des municipales, un sentiment d’inquiétude plane sur les associations LGBT de la ville de Caen qui voient d’un mauvais œil les rapprochements de certain.e.s candidat.e.s en lice. Dans un communiqué de presse, le centre LGBT de Normandie a fait part de ses craintes.

DEUX RESPONSABLES DE LA «MANIF POUR TOUS»
Arrivé en tête du scrutin avec 30,79% des voix dimanche, le candidat UMP Joël Bruneau est un soutien notoire de la «Manif pour tous». Dans sa liste se trouvent notamment Patricia Nodet-Zaragoza, qui fut coordinatrice des départements bas-normands du mouvement opposé à l’égalité des droits, ainsi que Anne-Sophie de Valicourt, chargée de communication du mouvement local. À l’annonce de sa liste en février, Joël Bruneau avait nié toute polémique: «Ce sont surtout deux femmes qui agissent pour des associations familiales. Leur présence n’est pas une complète surprise compte tenu de mes positions.» Favorable à une union civile pour les couples de même sexe, il s’est opposé au mariage pour tous, qui précéderait selon lui l’ouverture de la PMA et de la GPA. Le Centre LGBT de Normandie avait par ailleurs réagi à la présence de ces deux femmes sur la liste UMP.

OUVERTURE OU HOSTILITÉ?
En vue de battre la gauche, et plus précisément Philippe Duron, candidat de la liste Divers gauche à sa propre succession, qui est arrivé deuxième avec 26,21%, le candidat UMP a été rejoint par Sonia de la Provôté (UDI-Modem). Or, cette dernière soutient officiellement le travail du centre LGBT, comme elle l’a rappelé dans un courrier au printemps dernier, après que des fonds ont été attribués par le département: «Je me réjouis de cette décision et de ce soutien financier qui, je n’en doute pas, sera utilisé à bon escient». Cette alliance interroge profondément les militant.e.s LGBT caennais.es, qui exigent désormais de savoir ce que l’avenir leur réserve dans le cas où la droite arriverait en tête dimanche prochain:

«Ouverture ou hostilité? Par un courriel envoyé dans la soirée d’hier, nous avons interpellé les deux têtes de liste pour connaître laquelle de ces deux lignes politiques serait la leur en cas de victoire ce dimanche. En effet, la survie du Centre LGBT de Normandie dépend en grande partie de l’accompagnement matériel et financier des collectivités, au premier rang desquelles se trouve la Ville de Caen.»

UNE LETTRE POUR CLARIFIER LA POSITION DE LA DROITE
La lettre envoyée à Joël Bruneau et à Sonia de la Provôté tend à rappeler le rôle primordial de ce lieu, le seul des deux régions normandes, que les associations occupent depuis septembre 2012: «Vous comprendrez donc que le maintien de nos activités, voire la survie du Centre LGBT de Normandie elle-même, dépend de votre décision de maintenir (ou de supprimer) ces soutiens matériels. La perte du local aurait pour effet immédiat de mettre un terme aux permanences hebdomadaires de dépistage gratuit du VIH que nous proposons en lien avec le CHU de Caen, l’Agence Régionale de Santé et Sida Info Service.

«Nous avons les plus vives inquiétudes sur ce point dans la mesure où des membres de la « Manif Pour Tous », association notoirement et viscéralement opposée à la nôtre, est largement représentée dans l’équipe de Monsieur Bruneau et (de façon plus discrète) dans celle de Madame de la Provôté. […] De telles contradictions nous interpellent. Et sont de nature à nous faire craindre le pire pour la survie de notre association.

«Aussi, nous sollicitons une clarification de la position de votre équipe. Maintiendrez-vous les actuels soutiens municipaux nous permettant à notre association de fonctionner? Ou les supprimerez-vous, au risque de faire disparaître le Centre LGBT de Normandie?»

Pour l’instant, ni Joël Bruneau, ni Sonia de la Provôté n’ont communiqué leur réponse au Centre LGBT de Normandie.

Photo Centre LGBT de Normandie