Dans la bataille contre le VIH, l’arsenal thérapeutique s’est encore renforcé avec la mise à disposition de Stribild, le premier traitement en une prise quotidienne contenant une anti-intégrase. Une commercialisation annoncée par Gilead lors d’une conférence de presse jeudi 20 mars. Les anti-intégrases, développées par trois laboratoires différents (Merck, ViiV Healthcare et maintenant Gilead), sont très puissantes et leurs effets secondaires sont beaucoup moins fréquents que ceux observés avec d’autres classes de médicaments contre le VIH comme les antiprotéases ou les non-nucléosides. Le lancement de Stribild est l’occasion de faire le point sur cette classe qui tient ses promesses.

QU’EST-CE QUE LES ANTI-INTÉGRASES?
Les anti-intégrases bloquent une étape cruciale de la réplication du VIH dans les cellules infectées. Une fois entré dans la cellule, l’ADN viral a besoin d’une enzyme spécifique, l’intégrase, pour s’intégrer à l’ADN de la cellule infectée. C’est cette étape qui est bloquée, d’où le nom de la classe: inhibiteur d’intégrase ou anti-intégrase.

DEPUIS QUAND LES ANTI-INTÉGRASES SONT-ELLES DISPONIBLES?
Tout a commencé en 2007, avec la mise sur le marché en France d’Isentress, commercialisé par le laboratoire Merck (ou MSD). Aujourd’hui, les résultats obtenus avec ce médicament, pris en deux fois par jour, sont assez flatteurs. Une combinaison de traitement comprenant Isentress et Truvada est supérieur en terme de succès aux combinaisons comprenant une antiprotéase (Prezista ou Reyataz) associée à Truvada. La supériorité est due non seulement au succès virologique mais aussi au fait que moins de patient.e.s sous Isentress ont abandonné leur traitement pour cause d’effets secondaires. C’est ce qu’a montré une étude portant sur 1809 patient.e.s qui n’avaient jamais pris d’antirétroviraux avant et qui a été présentée lors de la dernière grande conférence sur le sida (Croi 2014).

COMBIEN D’ANTI-INTÉGRASES ONT ÉTÉ MIS SUR LE MARCHÉ?
Depuis le lancement d’Isentress par Merck il y a sept ans, d’autres laboratoires sont engagés dans la recherche sur les anti-intégrases. Gilead s’est lancé dans la course, mais il lance son anti-intégrase en associant à d’autres médicaments de la firme pour les patient.e.s naïfs/ves ou qui souhaitent changer de traitement mais sans avoir connu d’échec de celui-ci. Cela donne Stribild, qui est la première thérapie anti-VIH en une prise par jour comprenant une anti-intégrase. Cela est rendu possible par l’ajout d’un booster maison (cobicistat), qui augmente les concentrations de l’anti-intégrase. De son côté, ViiV Healthcare a obtenu une Autorisation de mise sur le marché de Tivicay (dolutegravir) en novembre 2013, mais la mise à disposition n’a pas encore commencé en Europe. Le laboratoire devrait commercialiser cette anti-intégrase courant 2014 en combinaison avec deux autres molécules produites par lui.

QUELLE PLACE POUR LES ANTI-INTÉGRASES?
Un des points forts des anti-intégrases est le peu d’effets secondaires qui y sont associés. Lors de la conférence de presse de Gilead, le Pr Jean Molina a rappelé que Stribild pouvait être une option thérapeutique de première ligne (pour les patient.e.s naïfs/ves de tout traitement) mais aussi de switch, lorsque le patient veut changer de traitement non pas parce qu’il ne fonctionne pas, mais parce que le nouveau présente une meilleure tolérance ou moins d’effets secondaires. Il existe d’autres traitements en une prise par jour, Atripla étant le leader sur ce créneau très convoité. Si les anti-intégrases présentent peu d’effets secondaires, rappelons que les molécules associées n’en sont pas exemptes.

QUELLE DISPONIBILITÉ DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT?
Si l’épidémie a d’abord été détectée dans les pays riches au début des années 80, c’est le Sud qui paye le plus lourd tribut au sida. Parmi les 35 millions de personnes séropositives dans le monde, 90% vivent dans le Sud. Les prix des médicaments y sont beaucoup moins élevés que dans le Nord, grâce à la mise sur le marché des génériques. Chaque laboratoire dispose également de son programme d’accès élargi. Gilead a signé un accord avec la fondation Medecines Patent Pool, une organisation à but non lucratif qui a pour mission d’améliorer l’accès à des traitements antirétroviraux de qualité et à faible coût. Selon Michel Joly, Directeur Général de Gilead France, 4,2 millions de personnes atteintes par le VIH dans les pays en développement reçoivent des médicaments de Gilead produits par des fabricants de génériques à très bas coût.

Photo Les publicités de médicaments anti-VIH dans la presse gay américaine