«Tu devrais lui pardonner, tu irais mieux», «Tu n’es qu’une petite vicieuse!», «Il n’a pas dû le faire exprès… Il n’a pas dû s’en rendre compte »… Comme le dénonce la campagne Stop au déni, lancée par l’association Mémoire traumatique et Victimologie samedi 8 pars à l’occasion de la Journée internationale des droits des Femmes, il existe une culture du viol permanente qui rejette la culpabilité sur la victime au lieu de la reconnaître et de mieux la prendre en charge. Un sujet qui nous concerne tous et toutes car les lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’ ne sont pas épargné.e.s par les violences sexuelles au sein du couple ou en dehors.

À l’aide d’un clip vidéo intitulé Et pourtant, c’était un viol, qui met au centre de l’attention le «victim blaming», l’objectif principal de la campagne est selon Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute, responsable de l’antenne 92 de l’Institut de victimologie et présidente de l’association, de «mobiliser autour de la réalité des violences sexuelles, surtout sur le déni, la non reconnaissance des victimes et une culture du viol qui disqualifie leur propos, qui impose une loi du silence». Attention, contenu violent:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur STOP AU DENI | Et pourtant, c’était un viol.

Réalisée par Thibaut Oskian et la photographe Kasia Kozinski, la vidéo «un peu choc» met en scène une victime attaquée par des petites voix inquisitrices qui mettent en doute sa bonne foi. «L’idée était de voir ce qui se passe pour les victimes après un viol ou une tentative de viol, précise Muriel Salmona. On va très souvent remettre en cause leur parole. Déjà qu’elles sont peu à en parler, on va tout de suite leur demander des comptes sur la réalité du viol, ce qui insinue le doute dans leur tête.» «On s’est centré sur les émotions de la victime, explique Thibaut Oskian, réalisateur. Derrière, c’est quand même l’effet de culpabilisation qu’on a voulu montrer. Puis, la violence du viol en mélangeant des répliques et des flashbacks du viol de la victime pour montrer que ce sont deux types d’agression.»

DES CONSÉQUENCES TRAUMATIQUES PAREILLES À LA TORTURE
«Le viol fait partie des traumatismes les plus graves, au même titre que la torture», tient à souligner la psychiatre-psychothérapeute. Au cours d’un viol, la victime vit un moment de sidération. À gros traits, le stress ne peut plus être contrôlé par le cerveau et un mécanisme de sauvegarde fait sauter le système: les victimes subissent une dissociation psychique et ont beaucoup de mal à discerner ce qui se passe. À la suite de ce trouble de la mémoire traumatique, les victimes vont être susceptibles de revivre à l’identique l’événement. Et les conséquences sont nombreuses: augmentation des risques de maladies cardio-vasculaires, psychiatriques, neurologiques ou endocriniennes. Or, «on peut traiter cette mémoire traumatique et la résilier», poursuit Muriel Salmona. Elle ajoute:

«Le fait de ne pas écouter les victimes de viols, ça aggrave le traumatisme et cela peut entraîner de nombreux troubles sur la santé mentale et physique.»

Avec cette campagne Stop au déni, 10 propositions ont donc été émises pour améliorer le suivi et la prise en charge notamment sur la formation des professionnel.le.s de santé, de la police, des juges ou des magistrat.e.s et «pour que les parcours de justice soit beaucoup moins maltraitants»; mais aussi sur la prévention et le dépistage de ces violences sexuelles ou la mise en place de centres de santé pluri-disciplinaire pour toutes les violences.

En France, les statistiques officielles sur les violences sexuelles font froid dans le dos: 20,4% des femmes ont subi des violences sexuelles dans leur vie, 16% ont subi des viols et des tentatives de viols, soit 83 000 viols par an pour les 18-75 ans (26 000 au sein du couple) et 13 000 commis sur les hommes de 18 à 59 ans. Seulement 10% des victimes osent porter plainte: 3% de ces plaintes font l’objet de poursuites judiciaires et 1 à 2% conduisent à une condamnation selon les chiffres avancés par le dossier de presse de la campagne. Dans 80% des cas, l’agresseur/euse est connu.e de la victime, ce qui va à l’encontre des fausses idées de l’inconnu tapis dans un recoin d’une sombre ruelle.

Au sein des couples lesbiens ou gays, les violences conjugales et sexuelles sont également taboues. Peu de données statistiques existent mais des chercheurs/euses comme Vanessa Watremez à Toulouse, présidente de l’association AIR-Libre, travaillent sur ces questions. Et le viol en fait partie. «On pense que la santé physique et psychologique vont de pair. C’est encore plus difficile pour ces personnes-là d’en parler car il n’y a pas de lignes d’écoute ni de lieux d’accueil», commente Léa Lootgieter, vice-présidente de SOS homophobie.

Depuis samedi, un questionnaire anonyme a été mis en place, pour une durée d’un mois, afin d’inciter les victimes de violence sexuelles à témoigner et ainsi pouvoir évaluer leur prise en charge médicale et alerter les pouvoirs publics. Il prend notamment en compte l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Près d’une centaine ont déjà été rendus et confirment les hypothèses de l’association sur la causalité entre une situation de vulnérabilité (handicap, précarité, exclusion, discrimination, etc) et l’aggravation des risques de violences sexuelles.

Un rapport sur le questionnaire sera remis à la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences (MIPROF) et aux élu.e.s, et présenté aux alentours du 25 novembre 2014, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Une pétition du Manifeste violences et soins a également été mise en ligne lundi 10 mars par Mémoire traumatique et Victimologie pour une meilleure protection des victimes et un meilleur respect de leurs droits. Il est par ailleurs possible de suivre la campagne sur Twitter pendant un mois grâce au hashtag #stopaudéni.

Photo Capture

Merci à lorenzzo pour l’info.