[Mise à jour, 12 mars] Ajout du livre Homosexualités en Afrique

en finir avc eddy bellegueuleEn finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis, Seuil, 224 p., 17€. En finir avec Eddy Bellegueule pourrait presque être un Que sais-je? sur l’homophobie. Rarement a-t-on pu lire une description aussi précise, aussi vivace et pour tout dire, aussi effrayante du calvaire que peut vivre un jeune gay exposé à la haine homophobe lors de son enfance. On citera pêle-mêle: les sévices quasi-quotidiens au collège pendant plusieurs années, les pressions familiales permanentes qui incitent à se comporter en «vrai mec», en «dur» et au final, cette homophobie intériorisée qui pousse la victime à se transformer en bourreau d’elle-même… jusqu’à ce que le corps ne veuille plus jouer à la comédie. Eddy Bellegueule, c’est le nom de naissance d’Édouard Louis. Le livre dépeint son enfance dont, dit-il, il ne garde «aucun souvenir heureux», jusqu’à son entrée dans un lycée d’Amiens, où il pourra échapper à la misère de son village picard et à la violence des rapports humains qui y règne. Sur la couverture du livre, il est inscrit «roman», mais Édouard Louis en assume l’aspect autobiographique dans chacune de ses interviews. Certain.e.s lui reprochent son manque de recul, d’autres – à commencer par sa famille – de forcer et de noircir le trait. Peu importe au final: en tant que tel, En finir avec Eddy Bellegueule est un récit puissant sur l’enfance d’un enfant un peu différent des autres dans un milieu où la misère faits des ravages. Vous n’en sortirez pas indemne. Xavier Héraud

la volteLa Volte, Yann Fastier, Talents hauts, 208 p., 12,70€. À partir de 13 ans. Mink est une ado plutôt solitaire, elle ne ressemble pas à ses camarades de classe. Parce que son père est conducteur de volte? Ou parce qu’elle refuse les diktats de la mode des filles de son âge, quitte à se faire traiter de insulter? «Ceux qui ne m’aiment pas m’appellent plutôt « la fouine » et les plus méchants changent la première lettre.» Lorsque Dotchin, princesse du royaume de Gurban, arrive dans la même classe, Mink ne sait pas très bien à quoi s’en tenir. Dotchin n’est pas une princesse à frou-frous roses, loin de là, elle débarque en classe armée de son épée, mais découvre la scolarité. Entre les deux, l’amitié nait, grandit, prend corps. Lorsque Dotchin s’enfuit pour échapper à son frère, Mink n’a d’autre choix moral que de la suivre. Leur épopée, qui les mènera de surprises en dangers, se termine un peu en queue de poisson, et c’est le seul réel reproche qu’inspire ce «western steampunk dopé à l’ozone», comme le présente son auteur, qui recommande de le lire en écoutant Lesbians on Ecstasy. La maison d’édition, Talents hauts, s’est spécialisée dans les livres qui luttent contre le sexisme, pour l’égalité des sexes et contre les stéréotypes de genre. Judith Silberfeld

a dreyfus - histoireHistoire de ma sexualité, Arthur Dreyfus, Gallimard, 362 p., 21€. 27 ans, quatrième roman et toujours, il innove! Par quelle magie l’auteur fait-il de «l’histoire» de sa «sexualité» – de son homosexualité – celle de la nôtre? Le cœur du livre est rythmé par une soixantaine de courts chapitres qui – en termes directs, parfois crus, toujours vrais(emblables), souvent émouvants – nous ramènent à l’enfance, aux parents, copains, défis, gênes, mensonges naïfs: autant de miroirs de nos vies passées… «Je prends de moins en moins la parole dans ce livre», écrit l’auteur, qui la donne à une foule d’amis, d’amants, d’ex, d’écrivains, d’inconnus dont les mots, de près ou de loin, sont comme l’écho de l’histoire d’Arthur. Cette mosaïque sexuello-poétique nous aura installé.e.s au creux d’un conte quasi-universel qu’on quitte à regrets, enhardi.e.s à poursuivre, avec nos propres mots, cette histoire. Eric Garnier (En partenariat avec Homomicro).

jeromeuh - garcon au poilUn garçon au poil, Jeromeuh, JUNGLE, 104 p., 13,95 €. De la simplicité, un humour vif et beaucoup d’amour. Voilà le cocktail frais et acidulé, concocté par Jeromeuh dans une nouvelle auto-fiction dessinée pleine de tendresse. Avec efficacité, le bédéblogueur parisien (que Yagg a rencontré pour le lancement de son livre) raconte le quotidien d’un trentenaire bourgeois-bohême, un peu poilu et hypocondriaque, mais surtout très amoureux, et de sa meilleure amie Alice, à la recherche de l’homme de sa vie. Les planches s’enchaînent autour d’anecdotes et de tranches de vie (de couple) qui font sourire sans être trop gnangnans. Une légèreté assumée dans laquelle on peut très vite s’identifier. En toile de fond, les débats sur le mariage pour tous. Un trait libre et rafraîchissant pour une lecture sans prise de tête. Comme quoi: pas besoin de faire compliqué pour être au poil. Florian Bardou

la ptite blan - pas un produit finiJe ne suis pas un produit fini, Galou & Blan, éditions Blandine Lacour, 96 p., 8,50€. La p’tite Blan n’est pas au top de sa forme: plongée dans un abîme de détresse affective après s’être fait larguer, mais déterminée à s’en sortir la tête haute, avec juste ce qu’il faut de rancoeur et de mauvaise foi! Sans oublier un brin de mauvais esprit pour notre plus grand plaisir. Préfacé par Océanerosemarie, cette «nouvelle version de la toute première auto-production confidentielle des éditions Blandine Lacour» parle de la rupture, et du processus de reconstruction qui va avec. Furieusement drôle, salutaire (pour quiconque sait ce que ça fait de se faire larguer, autrement dit à peu près tout le monde) et bien ficelé. Maëlle Le Corre

prince rouge
Le Prince Rouge
, Timothy Snyder, Gallimard, 350 p., 22,90€. Alors que l’Ukraine est depuis des semaines en pleine ébullition, ce livre est une aubaine. Après un survol indispensable et serré d’un siècle d’histoire de ce non-pays, l’auteur, prof à Yale, redonne vie aux innombrables convulsions d’empires finissants (allemand, ottoman, habsbourgeois) via Guillaume… de Habsbourg, archiduc anti-conformiste et homosexuel: pas d’hypocrisie, ici, sur les goûts du héros, comme dans tant d’autres livres d’histoire! Il sera plusieurs fois, au cours d’une vie en montagnes russes, proche de ceindre la potentielle couronne d’Ukraine. Un vrai «roman» d’aventures dramatiques qui en 1948 auront raison de son idéal, pas toujours pur et de lui, réduit à néant par Staline. Originalité: Timothy Snyder s’accorde une dose de liberté stylistique et quelques touches de poésie bienvenues dans ce monde de brutes. Reconnaissance, aussi, pour cet auteur qui (comme Claude Puzin dans Louis de Bourbon – livre épuisé –, fils bâtard et homo de Louis XIV) nous donne à connaitre des figures gays de l’ombre et qui méritaient la lumière. EG

martine gross- parent ou homoParent ou homo, faut-il choisir?, Martine Gross, Editions Le Cavalier Bleu, 224 p., 20€. La sociologue Martine Gross s’est une fois de plus intéressée au thème de l’homoparentalité, mais cette fois-ci à travers le prisme de la loi sur le mariage et l’adoption pour tous les couples et des débats qu’elle a suscités. En s’appuyant notamment sur une série d’affirmations péremptoires sur la capacité des couples gays ou lesbiens à élever des enfants (ou sur leur incapacité supposée à en avoir et/ou à les élever), Martine Gross déconstruit un par un les a priori, les préjugés et les jugements sur l’homoparentalité, entendus pour beaucoup dans la bouche des opposant.e.s à l’égalité des droits. MLC

vol au dessus dun nid de fachosVol au-dessus d’un nid de fachos, Frédéric Haziza, Editions Fayard, 184 p., 15€. Si Frédéric Haziza pense n’avoir fait que survoler un nid de fachos, alors les fachos en questions s’apparentent plus à des imbéciles qui caillassent un nid de frelons. Le journaliste politique de la chaîne parlementaire, insulté, menacé, harcelé, remet les pendules à l’heure. En un peu moins de 200 pages, il fait l’état des lieux très précis et effrayant d’une extrême droite fleurissante. Frédéric Haziza met en garde contre le danger qu’elle représente sur la toile, de la paranoïa d’Alain Soral aux cerbères du Front national proches de Serge Ayoub en passant par les lamentations sur la concurrence des souffrances des peuples et le «complot judéo-maçonnique» de Dieudonné M’bala M’bala. Dimitri Jean

 

 

 

homosexualites en afriqueHomosexualités en Afrique, sous la direction d’Anne Crémieux Africultures 96, éditions L’Harmattan, 200 p., 22€. En ouverture du numéro, Louis-George Tin, fondateur de la journée internationale contre l’homophobie et président du Cran, explore les liens entre racisme et homophobie et permet de dresser le portrait d’une Afrique homophobe très influencée par la colonisation. Un premier ensemble de textes interroge la place des homosexuel.le.s sur le continent mais aussi l’impact de l’ouverture du mariage sur les couples de femmes d’origine africaine dans l’État de New York ou l’influence des sites de rencontre sur la communauté des «branchés» en Côte d’Ivoire. Ensuite, des auteur.e.s analysent les représentations de l’homosexualité, notamment au cinéma. Une série d’entretiens permet alors de donner un visage à la lutte contre l’homophobie et à celles et ceux qui se battent. À l’instar de l’avocate camerounaise Alice N’Kom qui dit dans un entretien avec Anne Crémieux: «La culture de l’excision, moi, en tant qu’Africaine, je ne la reconnais pas […] La culture de la polygamie non plus. L’homophobie ne fait pas partie d’une quelconque culture africaine.» Fred Eboko, spécialiste des questions de santé et Patrick Awondo, spécialiste sur les questions de migration, ont étudié les phénomènes migratoires des homos camerounais vers la France et donnent la parole à des réfugiés. Selon l’Office français des réfugiés, le nombre de celles et ceux qui fuient l’Afrique en raison de l’orientation sexuelle et/ou d’identité de genre s’est accru ces dernières années. La dernière partie du numéro s’intéresse à deux événements culturels majeurs, le Festival de Cannes et le festival d’Avignon, et comment ils contribuent, depuis quelques années, à sortir de l’ombre cinéastes et dramaturges africains. À l’heure où le continent semble gagner par une fièvre homophobe sans précédent, où l’homosexualité devient un enjeu politique, il est urgent de lire Homosexualités en Afrique, afin de mieux aborder cette réalité de l’homosexualité, qui dérange encore tant dans la plupart des pays africains. Christophe Martet

l_amour_texto_EBOOK_mL’@mour texto, suivi de Tanger à tout prix, Michel Bellin, Editions GAP, 104 p., 21€ (et en version Kindle). Oscar est un peu l’Ulysse de ce trio amoureux et Julius, le narrateur, un(e) Pénélope qui, lassé de ne plus trop rien voir venir, tombe amoureux d’Omar… rencontré sur internet: un classique! Se noue sous nos yeux ce qui est peut-être le premier roman gay purement composé de sms! Entre Omar, assez laconique (on comprendra pourquoi en toute fin),et Julius, poète du 06, lyrique et impatient, séducteur par les mots, s’engage une idylle qui aboutira à…? Un texte/texto original, touchant et, comme dans chacun de ses livres, magnifiquement écrit par Michel Julius Bellin. EG

 

 

EJouvet-CouvertureEJouvet-CouvertureEJouvet-CouvertureÉmilie Jouvet – The Book, Émilie Jouvet, Womart, 170 pages, 39,90€. Disponible en librairie et en ligne. Le premier livre de photographies d’Émilie Jouvet recouvre 15 ans de portraits d’ami.e.s, de rencontres, d’instants pris sur le vif entre l’intime et le politique, à la frontière des genres (voir l’interview de Yagg). MLC

 

 

 

 

 

adoption guide pratique 2014Adoption, le guide pratique (13e édition), dirigé par Anne-Laure Marie, Prat Editions, 224 p., 19€. Un indispensable pour répondre à toutes les questions sur l’adoption, mais aussi connaître les démarches à suivre pour obtenir l’agrément, ses droits et et ses devoirs en tant qu’adoptant.e, ainsi que des informations pratiques sur les documents à fournir. MLC

 

 

 

 

 

declaration droits des fillesLa déclaration des droits des filles et La déclaration des droits des garçons, d’Élisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol, Talents hauts, 32 pages, 11,90€.
Expliquer aux petites filles qu’elles ont le droit de ne pas être des princesses, d’avoir les cheveux courts et d’être bonnes en math, ou aux petits garçons qu’ils ne sont pas obligés d’être des super-héros, d’être bagarreurs et bricoleurs, ça peut paraître un peu simpliste, mais en cette époque de désinformation sur les stéréotypes de genre, il n’est pas inutile de rappeler des évidences. Les éditions Talents hauts publient donc La déclaration des droits des filles et La déclaration des droits des garçons, deux petits albums destinés aux enfants, avec des dessins sympas, en partenariat avec Amnesty International. Et rappellent au passage que chacun.a a le droit d’aimer qui elle ou il veut. JS

Photo Mo Riza