«Il est incroyable qu’au 21e siècle, certains pays tolèrent le mariage précoce et le viol conjugal et que d’autres interdisent l’avortement, les rapports sexuels en dehors du mariage et les relations homosexuelles» dénonce Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. C’est à partir du constat de ces graves atteintes aux droits sexuels et reproductifs qu’Amnesty International a lancé sa nouvelle campagne Mon corps, Mes droits. L’objectif est de briser le silence et les tabous autour des violences et des discriminations subies par des personnes dans le monde entier, en raison de leur genre, de leur orientation sexuelle ou de leur âge: mariage forcé, interdiction de la contraception et/ou de l’avortement, obligation pour les personnes trans’ d’être stérilisées pour obtenir le changement d’état civil, criminalisation des relations homosexuelles.

FAIRE RÉAGIR LES ÉTATS, SENSIBILISER LES JEUNES
Cette campagne a été conçue en direction des gouvernements et porte à leur attention trois grandes revendications. Pour l’ONG, les États doivent «cesser de recourir au droit pénal de manière discriminatoire pour règlementer la sexualité et la procréation et empêcher des tiers de prendre des décisions à la place des intéressé.e.s; supprimer les obstacles qui empêchent l’accès aux services, à l’éducation et aux informations en matière de santé sexuelle et reproductive, en luttant contre la discrimination en droit et en pratique; et donner à toute personne le pouvoir de revendiquer et d’exercer ses droits pour qu’elle puisse effectuer des choix libres et éclairés sur sa sexualité et sa vie procréative et exercer ses droits sexuels et reproductifs sans discrimination, sans violence ni contrainte.» Mon corps, Mes droits s’adresse aussi aux jeunes, une population particulièrement concernée par ces questions: «La campagne Mon corps, Mes droits incite les jeunes du monde entier à connaître et revendiquer leur droit de prendre les décisions concernant leur santé, leur corps, leur sexualité et leur reproduction sans subir de contrôle des autorités, sans peur, sans contrainte et sans discrimination.»

LUTTER CONTRE L’HOMOPHOBIE
C’est notamment les droits des LGBT que l’ONG entend défendre. Elle donne pour exemple la cas de Roger Jean-Claude Mbede, arrêté et emprisonné au Cameroun pour avoir envoyé un SMS amoureux à un autre homme, et rappelle qu’elle a été à ses côtés: «Amnesty International a soutenu le cas de Roger, l’a adopté comme prisonnier d’opinion, a encouragé des citoyens du monde entier à lui apporter leur soutien, et a demandé aux autorités camerounaises de le libérer sur le champ. Il a été relâché à l’été 2013 pour raisons médicales. D’après son avocat, sa famille, qui l’avait rejeté, a également rejeté son protocole de traitement médical. Roger est mort au mois de janvier. Quelle que soit la cause de sa mort à l’âge de 34 ans, la diffamation qu’a subie Roger de la part de la police, des autorités pénitentiaires, des voisins et de sa propre famille, l’a privé du traitement dont il avait désespérément besoin, en prison comme chez lui.»

ÉCHO AU RAPPORT ESTRELA
La campagne durera deux ans durant lesquels Amnesty International publiera des rapports sur les pays où les droits reproductifs et sexuels sont bafoués. Mon corps, Mes droits fait écho au rapport Estrela (rejeté par le Parlement européen fin 2013) contre lequel les député.e.s européen.ne.s conservateurs se sont opposé.e.s avec beaucoup de virulence. Ce rapport proposait une série de recommandations sur la promotion de l’égalité femme/homme, ainsi que sur l’accès à la contraception et à l’avortement sûr et légal, l’accès à l’information et à l’éducation à la sexualité pour les jeunes, la PMA, ou encore les droits des personnes trans’.