Tandis que les opposant.e.s à l’égalité des droits veulent contrôler les bibliothèques municipales et veillent à ce que Tomboy ne puisse pas être regardé par les plus jeunes, le professeur au Conservatoire national des arts et métiers et chercheur en droit du genre et du sexe Philippe Reigné rappelle que dans un roman écrit en 1941, la romancière Enid Blyton se jouait déjà des stéréotypes liés au genre grâce au personnage de Claude, née Claudine. «Je ne vous répondrai que si vous m’appelez [Claude], déclare ainsi la fillette dans un des romans de la série. Je déteste être une fille. Je ne veux pas en être une. Je n’aime pas les jeux de filles. Je n’aime que les jeux de garçons. Je sais grimper aux arbres mieux que n’importe quel garçon et je nage plus vite qu’aucun d’entre eux.»

Plus habile et douée que ses cousins, Claude se différencie de sa cousine Annie, douce et mesurée, par son tempérament emporté. À la fin du roman Le Club des Cinq et le Trésor de l’île, Claude est d’ailleurs félicitée et récompensée pour sa perspicacité et sa fougue. «Le roman opère, par cette fin heureuse, une révolution de valeurs, écrit Philippe Reigné, démontrant que l’on ne punit pas toujours celles et ceux qui n’arrivent pas à faire leur genre comme il le faut.» L’auteure a par la suite confié qu’elle avait mis beaucoup d’elle-même dans le personnage de Claude.

La saga du Club des Cinq, destinée aux enfants et présente dans la plupart des bibliothèques aurait-elle été oubliée par celles et ceux qui ont «grossi les rangs de la « Manif pour tous », du Printemps français, de Civitas et d’autres groupements de la même eau», demande Philippe Reigné. «Ces lectrices et lecteurs de Blyton sont malheureusement devenus, à l’âge adulte, des censeurs amnésiques, figés dans leurs certitudes», estime-t-il.

À lire sur Libération.

Photo Capture