Coca-Cola a lancé sur le net le site sud-africain la campagne Share A Coke («Partagez un coca») qui permet de partager virtuellement une canette sur les réseaux sociaux, canette que chacun.e peut personnaliser comme il l’entend. Ou presque. Car tous les messages ne peuvent pas figurer sur la boîte rouge et blanche. Lorsque vous essayez d’écrire le mot «gay», «lesbian» ou «homosexual», un message vous avertit d’une drôle de manière que ces termes-là ne passent pas chez Coca Cola: «Oups, faisons comme si vous n’aviez pas tapé ça».

Notons qu’il est aussi impossible d’écrire «fag» (pédé) ou «dyke» (gouine), mais que l’application étant sud-africaine, tous les mots en français passent entre les mailles du filet. Le problème réside néanmoins plutôt dans le fait que Coca-Cola ne voit aucun inconvénient à ce que vous écriviez «hetero» ou «straight» sur la boîte. Les lois qui cherchent à invisibiliser les homosexuel.le.s en Russie auraient-elles déteint sur la marque? En signe de protestation, plusieurs personnes se sont servies de Share A Coke pour faire passer un autre message:

«Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien», citation d’Edmund Burke.

«Donnez leur de l’espoir. Harvey Milk.»

COCA-COLA JOUE LA CARTE DE L’INDIFFÉRENCE
La colère des militant.e.s LGBT a aussi attisée par le fait que Coca-Cola ait délibérément supprimé leurs messages de protestations sur les réseaux sociaux. Comme McDonald’s la semaine dernière avec son hashtag piraté, le sponsor olympique fait l’autruche… mais aggrave aussi son cas. Difficile en effet de garder son image bienveillante après une telle erreur de communication. Heureusement une partie des messages postés sur Facebook ont été compilés par la blogueuse Melanie Nathan. De son côté l’organisation new-yorkaise Queer Nation a lancé une vidéo pour protester contre l’hypocrisie de Coca-Cola et son silence face aux abus du gouvernement russe, dans laquelle elle détourne une des publicités de la marque. Une façon de symboliser le double langage de l’entreprise en alternant des images de la communication de Coca-Cola et celles qui montrent la répression policière des militant.e.s LGBT russes:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur #CheersToSochi Coca-Cola ad for #LGBT Russians

COMPLICE DE LA RÉPRESSION RUSSE?
Les réactions très vives à l’encontre de Coca-Cola s’expliquent aussi par la prise de position particulièrement frileuse de la marque après l’arrestation de Pavel Lebedev le 18 janvier à Voronej. Lors du passage de la flamme olympique, ce jeune militant avait commencé à brandir un drapeau arc-en-ciel, ce qui lui a valu d’être plaqué au sol sans ménagement par le service de sécurité, dont les uniformes portent le logo Coca-Cola, et arrêté par la police. Coca-Cola a réagi par une lettre officielle dans laquelle elle maintient soutenir l’égalité des droits et la diversité: «Nous n’acceptons pas les abus des droits humains, l’intolérance ou les discriminations quels qu’ils soient dans le monde.»

Mais la suite montre une détermination bien moindre à défendre Pavel Lebedev:

«En tant que partenaire du parcours de la flamme olympique, notre logo apparaît sur tous les uniformes de l’équipe assignée au Comité d’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi (Cojos) pour soutenir le relais de la flamme. Le Cojos a rapporté qu’un spectateur a été empêché d’enfreindre le périmètre de sécurité autour du porteur de la flamme. Il a été détenu brièvement par la police et a reçu une amende.»

Des militant.e.s assurent cependant que la détention de Pavel Lebedev n’a été motivée que par des raisons politiques.

Photo DEClark