Pour la 25e année consécutive, le festival Cineffable propose une semaine de projections lesbiennes et féministes, des courts et des longs-métrages, des documentaires et des fictions, jamais diffusés ou déjà cultes. «Notre programmation est résolument tournée vers l’international, explique à Yagg l’une des organisatrices, Peggy. Nous souhaitons faire connaître et reconnaître les films de réalisatrices partout dans le monde, particulièrement celles de pays où la question des droits des femmes et/ou des lesbiennes est particulièrement délicate. Cette année nous avons sélectionné une centaine de films qui proviennent de 29 pays différents.» Le festival propose notamment une sélection d’œuvres cinématographiques du Moyen-Orient, avec un documentaire sur une revue érotique féministe au Liban, des premiers films de Gaza en Palestine et du Qatar, un court-métrage d’Israël, ainsi que des longs-métrages d’Iran et d’Irak.

2013, L’ANNÉE MARQUANTE?
Cette année, débats et échanges reviendront aussi sur des temps forts de l’année comme la première édition de l’Eurolesbopride: «L’événement a été important pour les lesbiennes, tant par la qualité de ses échanges que par sa mobilisation, commente Peggy. Mais on ne le doit qu’à ses organisatrices. En 2013, le contexte ne semble pas particulièrement meilleur pour les lesbiennes que les années précédentes. Si l’on veut prendre un exemple qui le montre bien, il suffit de penser à la PMA dont la discussion au Parlement vient d’être reportée aux calendes grecques. Globalement, la place des femmes n’avance pas vraiment et chaque jour nous rappelle que le sexisme englue toujours les esprits.»

DÉFENDRE LA NON-MIXITÉ
Pour les organisatrices, la non-mixité de Cineffable fait partie de ses fondements. «Le festival est un temps de rencontres, de culture et d’échanges féministe et lesbien. Cet entre-soi de cinq jours dans l’année permet à chaque participante de mieux vivre ce qu’elle est, de renforcer sa relation au monde et de conforter ses choix de vie. Le festival est un temps d’affirmation et l’on ressort plus forte de ces journées. Nous posons la non-mixité comme un principe qui favorise la mixité lesbienne, la diversité des femmes.» Mais encore aujourd’hui, Cineffable doit toujours justifier de ce parti-pris: «Dans la vie hétéronormée, la domination est « toujours » masculine et pourtant, il est rarissime qu’on interroge des hommes pour leur demander si cet état de fait inégalitaire ne les gêne pas ou s’ils ne le trouvent pas archaïque. Pour les femmes et, plus particulièrement, pour les lesbiennes, l’entre-soi demeure un passage nécessaire pour se construire, lutter et avancer vers l’égalité.»

RÉTICENTES… PUIS SÉDUITES
Peggy explique que l’image militante du festival peut parfois faire peur à certaines femmes qui ont des a priori sur ce qu’elles y trouveront, ou qui sont rebutées par le côté radical de la non-mixité: «Nous avons toutes l’expérience de spectatrices venues juste pour voir, avec réticence, parce qu’une amie les y poussait… et qui ont été séduites par l’ambiance bien différente de l’image qu’elles s’en faisaient. Parce que la vérité du festival est dans la pluralité des lesbiennes qui s’y retrouvent, dans la pluralité des images qu’on y voit et des idées qu’on y échange.»

Voir la programmation de Cineffable.

25e Festival international du film lesbien & féministe de Paris «Quand les lesbiennes se font du cinéma», du 30 octobre au 3 novembre, à l’espace EFCB, 23/25 rue Emile Zola, 93100 Montreuil.