C’est une Storm Large épuisée par une nuit d’insomnie et un concert époustouflant au Bataclan le dimanche 13 octobre qui s’est confiée à Yagg il y a quelques jours. La fatigue ne l’a toutefois pas empêchée d’être enjouée et l’a même rendue plus volubile qu’à l’ordinaire. Elle a ainsi évoqué quelques anecdotes qui ont marqué ses séjours parisiens, notamment le fait qu’elle trouve les Français.es extrêmement poli.e.s et agréables alors que les Américain.e.s les dépeignent comme des personnes rudes et froides.

«LOVER»
D’après elle, cette différence de point de vue est liée à la façon dont elle débute chacune de ses phrases en français: «Désolée si je ne comprends pas bien, mais je suis blonde et Américaine, donc stupide». Forcément, ça fait sourire. Moins à l’aise dans la langue de Molière que China Forbes, l’autre chanteuse de Pink Martini, elle garde en mémoire une gaffe qui la suit encore aujourd’hui. Lors d’une interview, elle a qualifié Thomas M. Lauderdale, le leader ouvertement homo du groupe, de «connard» alors qu’elle tentait maladroitement – accent oblige – de le dépeindre comme un «canard».

Souriante à la ville comme à la scène, elle arbore dans le dos un large tatouage: «LOVER». «J’ai fait de la boxe pour me détendre, explique-t-elle, et je les voyais tou.te.s avec leurs tatouages aux messages durs, comme « boucher », « tueur », « hermano » ou « sang ».» L’idée d’afficher un mot qui combine à la fois force et tendresse l’a conduite à choisir le terme «amoureuse» qu’elle exhibe fièrement en concert dès qu’elle peut montrer ses omoplates. Amie de longue date avec China Forbes, elle lui a naturellement succédé au sein de Pink Martini lorsque celle-ci a perdu sa voix. Et c’est avec plaisir et complicité qu’elles partagent désormais la scène dès que les circonstances le permettent.

«SEXUELLEMENT OMNIVORE»
Storm Large s’est par ailleurs livrée sur l’intrigante façon dont elle évoque son orientation sexuelle. Elle refuse de se considérer comme bisexuelle, car elle a le sentiment que ce serait réducteur. Elle préfère parler d’elle-même comme étant «sexuellement omnivore» pour mieux embrasser le fait que sa sexualité n’est pas déterminée à l’avance et qu’elle ne rentre pas dans des cases prédéfinies. Militante des droits LGBT, elle se montre foncièrement optimiste, persuadée qu’à terme, «l’amour l’emportera». Et c’est avec une profonde conviction qu’elle fait sien le titre phare du dernier album de Pink Martini: Get Happy.