oceane rose marie cheries cheris - photo Kael T Block pour le festivalJ’ai eu la chance cette année d’être jury pour les longs métrages du festival Chéries-Chéris, ce qui m’a permis de voir plein de films avec des beaux garçons qui s’embrassent (miam!), quelques lesbiennes qui s’envoient en l’air ou dépriment (tiens tiens ça faisait longtemps) et un être intersexe, ni homme ni femme mais juste BEAU (c’est lui qui dit qu’il veut qu’on dise «il» alors j’obéis) dans Noor, notre grand prix.

Et à vrai dire j’ai été frappée par une occurrence: selon le pays où le film a été fait, l’histoire raconte toujours «où on en est» en terme de maturité du pays, je parle de son degré d’intégration des problématiques gays.

Pas étonnant du coup que les films nord-américains soient tous «post coming-out» et se lancent sur des problématiques personnelles et singulières – la crise de la quarantaine dans Qui a peur de Vagina Woolf?, vraiment drôle et émouvant, l’ennui dans le couple dans Breathe, passionnant, la découverte d’un fétiche sexuel dans Gerontophilia, j’avoue j’ai adoré –.

Pour les films occidentaux européens, les réalisateurs sont allés chercher les derniers bastions où c’est encore tragique d’être gay: le milieu des CRS white trash en Allemagne dans Free Fall, les banlieues dures avec des héros issus de l’immigration égyptienne dans My Brother the Devil. Forcément, ça donne une puissance dramaturgique aux films÷ Parce que c’est sûr qu’un coming-out de bourgeois occidental, ça n’intéresserait pas grand monde, et tant mieux!

MANQUE DE SOUFFLE
Et bizarrement, à l’inverse des américains, les films européens qui tentent d’être post coming-out ne parviennent pas encore à trouver leur souffle, leurs enjeux. Les rencontres d’après minuit est une caricature de film français prétentieux, multi référentiel «comme les très grands mais en moins bien», misogyne à souhait et surtout affreusement ennuyeux, où la poésie ne prend jamais. À l’image de ses deux héros, le film pue la mort et ses personnages fantomatiques filmés en studio cheap nous laissent froids comme un vieux cadavre. Heureusement que Nicolas Maury est là pour nous faire sourire une ou deux fois, mais tant qu’à faire on préfère le voir ailleurs.

The Comedian, dans un autre genre, à la réalisation inspirée du Dogme (l’impro et les prises uniques c’est sympa, mais encore faut-il avoir des comédiens bien préparés à l’exercice et un scénario suffisamment construit au départ), nous raconte l’histoire d’un connard qui reste un connard et n’intéresse personne, avec un monologue pseudo-métaphysique sans fin dans un taxi en guise de «grande scène finale», ou comment se jeter sur son vieux tube de Xanax pour survivre, sans parler de l’hérésie d’une ambiguité PD/femme hétéro en coloc à 32 ans (sérieux, t’as 30 piges, t’es gay, ta coloc est hétéro, et vous avez une relation amoureuse ambiguë-platonique-impossible? Euh…) où la seule scène vivifiante est ce moment où, dans un bus de nuit, les héros se font interpeller par des petites racailles filles complètement homophobes, qui rappellent que dans certains milieux, il vaut mieux être un tueur en série que PD. Et là, forcément, comme dans les films cités plus haut, les enjeux forts fonctionnent à nouveau.

Two Mothers est aussi complètement raté et improbable dans son genre: en plus d’être absolument sordide (t’en connais toi des gouines de 38 piges qui ne savent pas que dans leur pays la PMA est interdite et qui ensuite tombent amoureuse du donneur parcequenfaitêtreenceinteçarendhétéro? eurk, je vais vomir et je reviens!), le film est aussi affreusement laid (on a beaucoup critiqué les scènes de cul dans le Kechiche, je propose à toutes les lesbiennes d’aller voir Two Mothers, qui, en plus de nous plonger dans une lumière froide et triste pire que dans Derrick, nous montre des actrices mal filmées et pas bandantes pour un sou en position des ciseaux, enfer sur terre!).

FORCE POÉTIQUE ET CINÉMATOGRAPHIQUE
Du coup clairement Noor et In the Name Of sortaient du lot parce qu’en plus de raconter leur pays (Pakistan et Pologne) où l’homosexualité ou l’intersexuation sont de vrais sujets, ils transcendent leur problématique par une force poétique et cinématographique hallucinante.

Pas étonnant que le héros gay de In the Name Of soit prêtre, dans un pays dévoré par l’Église catholique anti-gay. Le film est du coup très subversif mais d’autant plus subversif que le héros est d’une grande douceur et d’une grande bonté, que les responsables de l’Église sont tout sauf cons, juste faisant en sorte que «ça ne se voit pas», le film allant ainsi à l’encontre des préjugés ou des facilités d’écriture. Les héros sont tous plongés dans des drames profonds, existentiels, où ils doivent choisir leur destin qu’ils soient gays ou pas. In the Name Of a une telle puissance esthétique, avec des acteurs parfaits et parfaitement dirigés par la réalisatrice, qu’on reste simplement bouleversé par le parcours de ces personnages.

Tout ça pour dire que ce qui ressort de cette sélection, c’est que les films d’Europe occidentale riche (France, Angleterre, Allemagne) semblent être à un moment de transition et d’essoufflement: se débarrassant doucement de leur peur du grand méchant loup archaïque (le coming-out) mais pas encore assez adultes pour mettre en scène des problématiques universelles mais avec des héros homosexuel.le.s.

Et même si le cinéma LGBT gagne en maturité et en diversité, on regrette, encore, qu’il n’y ait pas plus de films sur les trans et les intersexes, et qu’il n’y ait pas autant de films de lesbiennes que de films de PD… Vivement l’an prochain pour voir comment tout ça avance!

Photos DR (In the Name Of) / Kael T Block pour Chéries-Chéris

Les intertitres sont de la rédaction.