Cleveland. Dimanche 6 octobre 2013, J-1 avant la désignation de la ville hôte des Gay Games 2018. L’oral successif des trois villes va être déterminant. Au tirage au sort, Paris passe en premier, suivi par Limerick et par Londres.

DES VIDÉOS ENTHOUSIASMANTES
Paris fait sensation. Sept personnes de l’équipe défilent en tenue de marin signée Jean Paul Gaultier jusqu’à la scène où les attendent la championne olympique Laura Flessel, la ministre des Sports Valérie Fourneyron et leur maître de cérémonie Alex Taylor, joker anglais des Français.es. Avec des vidéos enthousiasmantes, un message filmé de Bertrand Delanoë, deux interventions en anglais de la ministre, la présentation de ses domaines respectifs par chaque membre de l’équipe, appuyées par un diaporama dynamique, les délégué.e.s français.e.s rappellent les points de force essentiels de la candidature de la capitale de la France et son slogan «All equal» (Tous égaux!), digne d’une marche des fiertés. Chaque argument est illustré. À Paris, les jeux «hétéro friendly» seront ancrés dans le cœur de la ville avec son village central place de l’Hôtel de Ville et la plupart des sites à moins d’une demi-heure du centre.

Après Paris, toutes sérieuses qu’elles soient, les deux autres présentations apparaitront un peu plus fades. Mais les Irlandais.es savent y faire pour émouvoir les délégué.e.s par leur enthousiasme. C’est la candidature du cœur, et si les Gay Games n’allaient pas déjà en 2014 vers une ville moyenne où l’argument de l’impact local avait beaucoup joué sur le choix de Cleveland devant Boston et Washington, qui sait si la volonté de participer à l’évolution des mentalités en Irlande n’aurait pas prévalu. Les Anglais.es insistent plus sur leur potentiel d’amener les Gay Games plus loin, avec des liens plus forts avec le monde de l’entreprise ainsi qu’avec des pays en voie de développement. C’est un thème repris par leur devise: «Reach Further», sans doute aussi séduisante que l’engagement vers l’égalité des Français.es. Mais si les deux promesses sont attirantes, c’est à Paris, avec des soutiens plus importants et une expérience plus évidente, qu’elles semblent les plus réalisables.

Les vidéos des trois présentations reprennent les points forts des candidatures: pour Limerick, ce sont les habitant.e.s de la ville, accueillant.e.s et motivé.e.s, prêt.e.s à mettre la capacité reconnue de la ville en matière de sport au service d’une grande manifestation. Londres joue sur un humour british qui contraste avec le sérieux et le professionnalisme de sa présentation sobre et peut-être un peu terne. Les Français.es misent sur les valeurs, montrant une excellente compréhension des attentes de la FGG par rapport à l’impact des Gay Games.

Le dernier jour réserve son épreuve pour les villes candidates qui sont réunies sur scène. Deux représentant.e.s de chaque équipe doivent répondre tour à tour à une salve de questions posées par les délégué.e.s. L’exercice périlleux où la maîtrise de l’anglais est un atout n’a pas menacé Paris dont les porte-paroles, surentraîné.e.s, ont répondu avec aplomb à toutes les interrogations.

La sélection du site n’a prévu aucune séance de débat préliminaire au vote, à part la veille, où la salle principale de l’AG a été réservée pour de la «contemplation», selon le planning des réunions. Certain.e.s profitent d’une soirée improvisée de bowling pour discuter. Et dans les couloirs, les délégué.e.s et les représentant.e.s des villes se parlent, justifient, argumentent, séduisent. Le vote est réalisé sous forme d’un bulletin unique consistant à classer les trois villes. Si pour nous Français.es présent.e.s à l’AG le choix est évident, il faut raison garder: lors de ce scrutin, «la» FGG n’existe pas: le résultat du vote c’est le cumul de dizaines de choix individuels.

Tout le monde attend avec impatience le mot du maire de Cleveland. Il est 17 heures lorsque qu’il prononce le nom de la ville qui sera hôte des Gay Games 2018. Peu importe qu’il ait manqué de théâtralité en annonçant le résultat. Il a dit «Paris» et ça suffit.

COPRÉSIDENT.E.S CHARISMATIQUES
Paris a désormais cinq ans pour organiser les plus beaux jeux jamais réalisés par la communauté LGBT. Huit ans après un premier échec, le chemin parcouru sur les deux dernières années est remarquable. La candidature 2018 répond point par point à toutes les exigences, et même au-delà des attentes. Les deux coprésident.e.s charismatiques Chris Fanuel et Michel Geffroy démontrent leurs qualités de rassemblement, d’organisation et d’utopie. Le plus dur est à venir: concrétiser tous les projets de jeux de la diversité avec un programme culturel et sportif aussi riche que de qualité, des conférences pour réfléchir autour de l’événement, un accent sur le VIH et la mémoire, et surtout un message politique d’ouverture, d’acceptation de la différence, du mieux vivre ensemble et de lutte contre toutes les discriminations. Il faut maintenant réussir cet ambitieux pari et solidifier tous les soutiens obtenus quelles que soient les alternances politiques ou associatives possibles.

Si les Jeux olympiques sont nés au début du siècle dernier sous l’impulsion d’un Français, les Gay Games naissent en Californie à San Francisco en 1982. En 2018, ces jeux arrivent en France, pour la première fois dans un pays francophone et la troisième fois en Europe. Ils espèrent prendre un nouveau départ et donner à cet événement une aura universelle incontestable. Les volontaires sont bienvenu.e.s!

Photo: La délégation française avec Valérie Fourneyron (troisième rang, deuxième à partir de la droite), ministre des Sports, et Laura Flessel (assise au premier rang) marraine de Paris 2018.

Texte et photo: Manuel Picaud